«Le marbre Missisquoi est central au projet de revitalisation de la Gare Union. Il est entre autres utilisé dans le salon Panorama qui vient d'être dévoilé et dans la salle des pas perdus où arrivent les passagers des trains», explique Dima Cook, architecte du cabinet FGMDA qui supervise une partie des travaux de la majestueuse gare torontoise.
L'architecte a offert à La Voix de l'Est un tour guidé du chantier en cours et présenté les premiers résultats des travaux. Le marbre Missisquoi est entre autres la vedette d'une nouvelle aire de repos dédiée à la clientèle de Via Rail. Si la pierre prestigieuse orne aujourd'hui planchers, colonnes et murs, tout un travail a été nécessaire pour redonner au marbre la place qui lui revenait.
Sans égard à sa noblesse, le marbre présent dans cette pièce avait été recouvert de papier peint et de carreaux de bois. La longue hibernation du marbre Missisquoi aurait été de plus de 60 ans. Une hypothèse alimentée par une publicité retrouvée derrière les murs annonçant un plat de boeuf bourguignon au prix dérisoire de... 30 sous.
«La Gare Union est un monument historique national et il était important de remettre le marbre Missisquoi au premier plan. C'est un produit qui reflète tout un pan de l'histoire du pays», insiste Mme Cook.
Lorsque cela a été possible, le marbre original a été restauré, après l'avoir soigneusement retiré et numéroté pour pouvoir ensuite le replacer à son emplacement original de 1927. Dans le cas contraire, de nouveaux morceaux devaient être trouvés. Coup de chance pour les architectes du projet: la carrière Missisquoi reprend lentement du service, après une très longue pause.
Le retour d'un géant?
La carrière de Saint-Armand a été pendant un demi-siècle le plus important site d'extraction de marbre au pays. Dans les années soixante, tout s'est écroulé. «À son apogée, il y avait 400hommes sur le site et on y faisait la pluie et le beau temps. Mais toute l'industrie a disparu avec l'arrivée de nouveaux matériaux, comme le ciment, et de nouvelles techniques de construction», explique Jean-Nil Bouchard, responsable de l'exploration et du développement chez Polycor.
Cette entreprise de Québec s'est entendue il y a trois ans avec le propriétaire de la carrière pour en louer une partie et relancer l'extraction du marbre. «Le marbre Missisquoi a été utilisé dans des centaines de bâtiments au début du siècle, comme le Parlement à Ottawa. Pour rénover ces édifices, qui sont aujourd'hui patrimoniaux, les architectes doivent trouver un produit identique. Il y a donc un marché et ça devient intéressant de relancer la carrière», informe M.Bouchard.
L'utilisation de marbre Missisquoi dans la plus grande gare du pays est très symbolique, considérant le rôle qu'a joué le chemin de fer dans cette partie des Cantons-de-l'Est. Le train, exploité à l'époque par la Philipsburg Junction Railway, a en effet permis à la carrière d'exporter à travers le pays son marbre et d'accroître du même coup la prospérité de toute la région. Prochainement, cent tonnes de marbre devront être extraites pour répondre aux besoins du projet de la Gare Union, où l'on souhaite créer un nouvel espace commercial. Une quantité qui s'ajoute aux 45 tonnes déjà traitées pour les travaux.
Le projet de la Gare Union est une occasion unique pour redonner au marbre Missisquoi ses lettres de noblesse et soutenir la relance des activités de la carrière, estime Jean-Nil Bouchard. «Le marbre est maintenant utilisé énormément dans le placage et il a fait un retour dans l'industrie de la construction. Et le marbre qui a remplacé le Missisquoi est en voie d'extinction, donc il y a une ouverture. Notre objectif est de faire connaître le marbre Missisquoi pour que les architectes le mettent à leur table à dessin et qu'il redevienne un produit de choix», dit l'expert, qui indique qu'une infime partie du gisement de marbre épais de 180 mètres a jusqu'à maintenant été exploité.