Depuis le 18 mai dernier, une quinzaine de patients ont souffert de colites à C. difficile et trois patients sont décédés, confirme le directeur des services professionnels, le Dr Michel Poirier. Mardi, huit patients toujours hospitalisés en étaient atteints, plusieurs personnes ayant obtenu leur congé.
Un train de mesures a été mis en place par l'établissement pour mettre fin à cette éclosion. Une grande désinfection a été faite au troisième étage et dans une partie du cinquième étage lundi et mardi, à la demande de la Direction de la santé publique de la Montérégie. C'est sur ces unités que les personnes atteintes ont été confinées.
Des agents de sécurité postés près de l'entrée principale et à l'urgence invitent les gens à se laver les mains avec un gel alcoolisé. Aux 3e et 5e étages, du personnel recommande aux gens de ne pas visiter des malades en ce moment. Mais l'hôpital n'a pas décidé d'interdire les visites.
«On pense que dans la majorité des cas, les visiteurs auraient tout avantage à limiter leurs visites, indique le Dr Michel Poirier. Mais au 5e étage, on a des soins palliatifs. On ne peut pas empêcher des personnes en phase terminale de recevoir de la famille proche», fait-il valoir.
Depuis le début de l'éclosion, le nombre de personnes atteintes varie beaucoup d'une journée à l'autre. S'il y a eu cinq jours sans que de nouveaux cas soient déclarés, depuis le week-end dernier, on dénombre quatre nouveaux cas en quatre jours.
«C'est sûr que ça nous fait redoubler d'ardeur. Mais on ne peut pas dire que c'est hors de contrôle», assure le médecin.
Pas nouveau
Les infections à la bactérie Clostridium difficile sont courantes dans les hôpitaux et les centres de soins de longue durée. Dans les centres de santé, ces cas sont surveillés de près et colligés: on en compte entre aucun et deux par période au CSSS de la Haute-Yamaska (il y a 13 périodes par année).
Elles se manifestent le plus souvent chez des personnes qui ont pris des antibiotiques pour traiter une infection, ce qui tue en plus des mauvaises bactéries celles dont l'intestin a besoin. Si cette personne entre en contact avec un voisin de chambre atteint de C. difficile, par exemple, il y a un plus grand risque que l'infection s'installe dans son gros intestin, se multiplie et provoque la colite à C. difficile, explique le Dr Poirier. Comme les hôpitaux et les centres d'hébergement accueillent des personnes souvent très malades et extrêmement vulnérables, ce sont des lieux propices à la propagation de ce type d'infection.
«La bactérie C. difficile est la cause la plus fréquente de diarrhée infectieuse dans les hôpitaux et les établissements de soins de longue durée, tant au Canada que dans d'autres pays industrialisés», peut-on lire sur le site internet de l'Agence de la santé publique du Canada.
Un train de mesures
Depuis que le centre de santé a noté une augmentation de cas, une flopée de mesures ont été mises en place. «On prend la situation très au sérieux. On fait vraiment tout ce qu'il faut», assure le Dr Poirier. On a insisté sur le lavage des mains, une des mesures les plus importantes pour prévenir l'infection. Les personnes atteintes de C. difficile ont été mises en isolement. Les employés portent des blouses et des gants spéciaux lorsqu'ils doivent intervenir auprès de ces patients. Du personnel a été spécialement dédié à cette clientèle.
Les personnes atteintes de C. difficile ont été placées dans une même unité de l'hôpital. Les malades qui ont été en contact avec un patient atteint ont aussi été regroupés dans un autre secteur. Le personnel de l'hygiène et de la salubrité a été augmenté. On a accru aussi le nombre d'analyses de laboratoire pour diagnostiquer plus rapidement les infections à Clostridium difficile. Une équipe comprenant un microbiologiste, les infirmières-chefs des unités et des membres de la direction se réunit chaque jour pour faire le point.
Pour pouvoir désinfecter entièrement deux étages en 48 heures, soit l'unité de médecine située au 5e ouest qui compte 47 lits et la gériatrie qui compte 28 lits au 3e étage, on a cessé les admissions sur ces étages, question de pouvoir disposer de chambres libres pour déplacer les patients.
Des décès
Trois personnes qui ont été atteintes de C. difficile sont décédées depuis le début de l'éclosion à l'hôpital de Granby. C'est le même nombre de décès liés à cette infection survenus en un an à ce même établissement, du 1er avril 2010 au 31 mars 2011.
«Ça nous attriste beaucoup. Ça va à l'encontre de ce pour quoi on travaille», indique le Dr Poirier. Le médecin précise toutefois qu'il s'agissait de gens déjà très malades. Une des personnes décédées était aussi atteinte d'un cancer avec des métastases. Les deux autres avaient été traitées pour cette infection, elles n'avaient plus de diarrhée et étaient retournées à domicile, puis sont décédées d'une complication liée à une autre maladie. «Seraient-elles décédées si elles n'avaient pas été affaiblies par le C. difficile?», questionne le Dr Poirier. La question demeure entière. Dans les établissements de santé, on inclut dans les statistiques de décès liés au C. difficile, les patients qui sont morts dans un délai de 10 ou de 30 jours suivant un diagnostic, sans savoir dans quelle mesure cette infection a véritablement contribué au décès.