Lorsque la direction de l'usine a convoqué les employés jeudi dans la salle communautaire, plusieurs croyaient plutôt recevoir une bonne nouvelle de la part de leurs patrons. En fait, nombreux étaient-ils à espérer que Bombardier Produits Récréatifs (BRP) annonce l'achat de l'usine de son sous-traitant Camoplast.
Au lieu de cette bonne nouvelle, c'est la délocalisation des usines d'assemblage de BRP de Valcourt et Sherbrooke - qui touche plus de 500 travailleurs - qui leur a été annoncée. Quelque 360 employés de Camoplast s'ajoutent donc à ce nombre, faisant grimper à 860 le nombre d'emplois qui disparaîtront dans la région d'ici juillet 2013.
«Le climat est très bas ici. Ça va toucher beaucoup de monde. Même les emplois pour Kawasaki ne sont pas tout à fait garantis. Il y a beaucoup d'incertitude en ce moment», dit Stéphane Durocher, trésorier de l'Association des employés de Camoplast.
Pour M. Durocher, le coup est encore plus dur puisqu'il venait tout juste de faire l'achat d'une maison lundi. «Je peux dire que je ne l'ai pas vu venir», dit-il dans un mélange d'ironie et d'amertume.
Le personnel-cadre de l'usine a déjà commencé à rencontrer les travailleurs pour évaluer les différentes possibilités qui pourront se présenter à eux l'année prochaine. De l'aide psychologique a également été offerte.
Mais pour plusieurs d'entre eux, tout recommencer sera un processus difficile, selon Pascale Delage, qui est à l'emploi de l'usine depuis seulement un an. «Il y a beaucoup de gens ici qui ont plus de 25 ans de service. Mais surtout, il y a beaucoup de familles. L'autre problème, c'est que beaucoup d'employés n'ont pas leur secondaire 5. Ce n'était pas nécessaire pour travailler ici», dit-elle.
Mme Delage en est à sa deuxième expérience du genre en moins de quatre ans. En 2008, elle avait perdu son gagne-pain à la suite de la fermeture de l'usine de textile Beaulieu Canada, située à Wickham. «Je trouve ça difficile de voir que tant d'usines ferment au Québec. Il y a moins d'emplois de journaliers dans la région et au Québec en général, commente-t-elle. Je ne crois pas que la prochaine année va être bonne.»
Craintes partagées
Pour la directrice générale par intérim du Centre local de développement (CLD) de la région d'Acton, Lucie Marchessault, le phénomène de la délocalisation est toujours de plus en plus difficile à contenir. «Le nombre d'emplois dans le secteur industriel a beaucoup baissé ces dernières années au profit des pays en émergence», constate-t-elle.
Cela est encore plus difficile à accepter lorsqu'une entreprise comme BRP, qui a grandi et prospéré dans la région, quitte pour des questions de main-d'oeuvre à coût moindre. «Il y a un lien d'appartenance plus fort pour les entreprises qui viennent du coin que de l'extérieur. Ça ébranle, car cela défait le tissu industriel de la région. Nul doute que les gens seront émotifs, car c'est une entreprise qui fait partie de leur quotidien», dit Mme Marchessault.
Bien que tout n'est pas perdu puisque l'entreprise Kawasaki ne semble pas avoir signifié un quelconque désir de mettre un terme à son association avec Camoplast, Lucie Marchessault reste prudente. «Il me semble que ces 50 emplois sont sécurisés. Mais il y a aussi une possibilité que ça cesse», s'inquiète-t-elle.
C'est ce que croit Luc Cusson, qui est l'emploi de Camoplast depuis 24 ans. Pour lui, qui agit à titre de chef d'équipe, il était clair que la convocation d'hier n'était pas une bonne nouvelle. «Quand ils nous ont convoqués, je savais que c'était pour une mauvaise nouvelle. Si ça avait été pour l'annonce de l'achat de l'usine par Bombardier, nous en aurions entendu parler avant», assure-t-il.
Il ne pense d'ailleurs pas que Kawasaki a un grand avenir à Roxton Falls. «Même s'ils gardent la production de cette marque, cela amènera du travail pendant seulement trois ou quatre mois par année. Difficile de rester ouvert dans cette perspective», souligne-t-il.
«On est sur le choc. Pourtant, c'était notre meilleure année depuis longtemps», tient à ajouter M. Cusson.
«Ils vont nous offrir des possibilités pour nous replacer. Mais dans mon cas, à deux ans de la retraite, ça va être plus difficile», dit Yvon Fortin, qui y travaille depuis 10 ans. «On est une bonne gang ici. Ça fait drôle de penser qu'on ne sera plus ensemble pour travailler. Malgré tout, je trouve la compagnie correcte à venir jusqu'à maintenant. Surtout en le disant un an à l'avance.»
«Tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir», préfère croire Stéphane Durocher. «Rien ne dit que l'usine ne retrouvera pas d'autres contrats», espère-t-il encore.
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