Paradis a eu «des problèmes de conscience»

«Quand les jeunes manifestent de façon pacifique, quand... (photo Stéphanie Mantha)

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«Quand les jeunes manifestent de façon pacifique, quand ils manifestent un intérêt à la chose publique et qu'ils se regroupent, je pense que nous avons une obligation de les écouter et nous avons parfois même une obligation de les entendre», a déclaré le député Pierre Paradis devant quelque 200 personnes, hier matin, au brunch annuel de l'Association libérale provinciale de Brome-Missisquoi.

photo Stéphanie Mantha

 

Dominique Talbot
La Voix de l'Est

(Bromont) Pour la première fois depuis l'adoption dans la controverse de la loi 78 par l'Assemblée nationale le 18 mai dernier, Pierre Paradis s'est expliqué publiquement quant aux raisons de son départ de la Chambre au moment du vote. Dans une critique à peine voilée sur le volet de la loi qui encadre le droit de manifester, M. Paradis a également livré un plaidoyer en faveur d'une meilleure écoute des aspirations des étudiants en grève.

Si le député libéral de Brome-Missisquoi s'est soudainement rappelé qu'il avait un train à prendre, quelques minutes avant l'adoption du projet de loi spéciale, c'est que sa dimension qui touche la sécurité publique lui causait des problèmes de conscience, selon ses propres mots. «Ne pas participer à un vote sur un projet de loi que j'endossais en partie a été difficile. Toute la partie qui faisait en sorte que les étudiants doivent étudier et que les enseignants doivent enseigner, en plus du réaménagement de la session, était une approche intelligente du gouvernement. L'autre partie de la loi me causait des problèmes de conscience (...) Cette partie m'apparaissait moins bien inspirée», a confié M. Paradis devant les quelque 200 personnes qui se sont déplacées, hier matin, pour le brunch annuel de l'Association libérale provinciale de Brome-Missisquoi.

Selon lui, son départ du Salon bleu était d'abord et avant tout une recherche de solution plutôt qu'une critique de son gouvernement. «C'est ma signature et celle des gens que je représente. Je les ai consultés», se contente-t-il de dire. Cependant, pour avoir le fond de sa pensée quant à la tournure des événements et la gestion de la crise par son gouvernement, M. Paradis dira, sourire en coin, qu'il faudra attendre ses mémoires, ajoutant qu'il ne veut pas jeter de l'huile sur le feu.

Mais dans les faits, Pierre Paradis ne semble jamais avoir été à l'aise à l'idée d'endosser une législation difficilement applicable, qui restreint le droit de manifester et qui, en fin de compte, ne s'est pas révélée un bon moyen de rétablir la paix sociale.

«Pour un projet de loi spéciale, il faut s'assurer à chaque fois que lorsque l'on met le gouvernement et l'institution qu'est l'Assemblée nationale à contribution, que c'est applicable et que le contexte permet que ce soit applicable (...) Là-dessus, je peux vous référer à ce qui s'est passé depuis ce temps-là et aux corps policiers qui ont émis des commentaires à cet effet», dit le député, qui ajoute également que le bâtonnier du Québec, des professeurs d'université et des juristes éminents se sont clairement prononcés en défaveur de la loi 78.

Savoir écouter

Sans jamais le dire aussi directement, M. Paradis laisse entendre également que le gouvernement a peut-être manqué d'écoute envers le mouvement étudiant et la jeunesse en général. Drôle de paradoxe, selon lui, puisqu'il y a un an à peine, plusieurs critiquaient la jeunesse pour son inaction et son désintéressement envers la chose politique, en plus de la qualifier d'individualiste.

«Ils (les jeunes) ont décidé de s'intéresser à la chose publique et de s'afficher. Cela s'est fait parfois dans l'ordre, parfois dans le désordre. Ce désordre a été condamné par la classe politique (...) Quand les jeunes manifestent de façon pacifique, quand ils manifestent un intérêt à la chose publique et qu'ils se regroupent, je pense que nous avons une obligation de les écouter et nous avons parfois même une obligation de les entendre (...) Vous êtes tous passés par l'adolescence. Quand on se replace à cette époque, on a aussi été turbulents. Je n'en connais pas beaucoup qui ne l'ont pas été. Lorsque l'on comprend nos jeunes, nous pouvons décider de les accompagner», exprime Pierre Paradis.

M. Paradis dit avoir gardé les portes de son bureau ouvertes aux jeunes de sa circonscription depuis le début du conflit afin de mieux les comprendre. «J'ai maintenu le dialogue et en faisant ainsi, j'ai maintenu la paix sociale dans le comté.»

Mode sortie de crise

Maintenant que le conflit prend des dimensions que personne n'aurait imaginées il y a peine quelques semaines de cela, le député de Brome-Missisquoi espère que tout le monde se place en mode écoute. Selon lui, le dossier a été pollué de part et d'autre depuis ses débuts, il y a plus de trois mois.

«Ce qu'il faut comprendre, c'est que les débats vont reprendre la semaine prochaine dans un meilleur climat. La violence a laissé sa place au tintamarre des casseroles. C'est un bond dans la bonne direction. Que l'on parle de discuter ou de négocier, au moins nous allons nous parler. En nous parlant, nous pouvons dégager un consensus», avance-t-il.

«La base de ce conflit où il y a eu plus de 2500 arrestations depuis le début, cinq fois plus que la crise d'Octobre, c'est une hausse que mon collègue ministre des Finances évalue à 50 cents par jour. Si nous mettons des personnes de bonne volonté autour d'une table et que l'on replace le problème dans sa conjoncture, que l'on prend le temps de s'expliquer, moi j'ai l'impression que nous aurons une solution négociée qui fera en sorte que l'accessibilité et la qualité de l'enseignement vont demeurer à la fine pointe de ce qui se fait en Amérique du Nord.»

Alors, il est temps que tout le monde y mette le meilleur de soi-même pour sortir de cette crise, qui reprend continuellement un second souffle. «Pour le moment, nous allons mettre tout notre coeur, toute notre sagesse, toutes nos actions dans la même direction: sortir de cette crise, dit Pierre Paradis. Une entente négociée au profit de la jeunesse québécoise, parce que cette jeunesse, nous l'aimons.»

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