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«Tout le monde sort perdant de ce conflit»

Selon François Bonnardel, «personne n'est fier d'avoir été... (photo archives de La Voix de l'Est)

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Selon François Bonnardel, «personne n'est fier d'avoir été jusque-là. Tout le monde est perdant. J'espère qu'on va ainsi ramener la paix sociale et que tout le monde pourra passer des semaines plus tranquilles et que les cours reprennent».

photo archives de La Voix de l'Est

 

Dominique Talbot
La Voix de l'Est

(Granby) Qu'ils soient pour ou contre la nouvelle loi 78, les députés de la région sont sortis très amers du marathon parlementaire auquel le gouvernement libéral les a conviés jeudi et hier. Cette loi spéciale, qui suspend la session en cours et restreint les dispositions du droit fondamental d'association et de manifester, est le résultat d'un manque important de leadership de la part du gouvernement, selon Étienne-Alexis Boucher du PQ et François Bonnardel de la CAQ. De son côté, le député libéral Pierre Paradis s'est absenté au moment du vote final.

Ce qui fut d'abord une grève étudiante comme le Québec a souvent connu au cours de son histoire prend maintenant des proportions qui dépassent largement la question de départ, soit la hausse des droits de scolarité, disent Étienne-Alexis Boucher et François Bonnardel, qui se désolent de ce qui prend de plus en plus des allures de crise sociale.

«Depuis au moins deux mois, toute cette histoire est le résultat d'un gros manque de leadership du gouvernement. Après la manifestation du 22 mars à Montréal, si le gouvernement avait pris cela sérieusement, on n'en serait pas là aujourd'hui. Et oui, si le bâillon n'avait pas été imposé, on aurait pu travailler plus longuement pour améliorer le projet de loi», dit François Bonnardel, député de Shefford, qui malgré son appui à la loi spéciale, cache difficilement son mécontentement envers le gouvernement Charest.

De son côté, le député péquiste de la circonscription de Johnson, Étienne-Alexis Boucher, qui a voté contre la loi spéciale, n'hésite pas à qualifier cette dernière de «loi matraque». Et cette loi, selon lui, aurait pu facilement être évitée.

«Un moratoire sur l'application de la hausse décrétée par le gouvernement couplée d'une promesse de tenir un sommet sur l'éducation auraient été deux engagements suffisants pour voir les étudiants retourner en classe. Cela bien avant que le conflit dégénère, avant que le gouvernement adopte une loi spéciale, selon lui pour rétablir l'ordre. Si le premier ministre avait pris cinq minutes pour rencontrer les étudiants, dans la pire crise depuis octobre 1970, la finalité aurait été différente».

Amertume et occasion manquée

Tout comme son homologue de la circonscription de Shefford, Étienne-Alexis Boucher croit que la grande manifestation du 22 mars dernier, qui s'est déroulée sans heurt, aurait dû être considérée par le gouvernement comme le bon signal pour entamer des négociations. Si son mutisme a peut-être favorisé l'enlisement du conflit, son attitude à la suite de l'entente survenue le 4 mai dernier a très certainement contribué à attiser la grogne, selon M. Boucher.

«Ils auraient pu agir comme un gouvernement responsable et, du moment qu'une entente avait été signée avec les associations étudiantes, ne pas tout faire pour mettre la hache dans le bateau de l'entente. L'encre n'était pas encore sèche sur le papier de l'entente que Mme Beauchamp et M. Charest clamaient à qui voulait bien l'entendre qu'aucune concession n'avait été faite et que la hausse était maintenue dans sa totalité. Ils auraient voulu mettre fin à l'entente qu'ils n'auraient pu faire mieux», se désole le péquiste, qui accuse Michelle Courchesne et Jean Charest d'avoir manqué de courage.

Priorité à l'éducation

François Bonnardel, pour qui le bâillon d'hier était son cinquième, a trouvé difficile la session extraordinaire qui a mené au vote final. «Tout le monde sort perdant de ce conflit qui dure depuis trop longtemps, insiste-t-il. C'est une loi qui n'est pas parfaite. Maintenant, en tant que parti nous avions une décision à prendre. S'élever au-dessus de la partisanerie et essayer de trouver des façons de l'améliorer ou d'y aller contre comme tous les partis de l'opposition et s'y opposer», illustre-t-il.

Pour lui, c'est le droit à l'éducation qui primait. «Je crois que nous avons garanti la qualité des diplômes pour les étudiants. Qu'ils n'aient pas de diplômes à rabais. Nos propositions ont fait passer de 50% à 75% la durée d'une session pour qu'elle soit validée. Donc au moins douze semaines de cours», explique-t-il.

Paix sociale, vraiment?

Bien que les deux députés ne s'entendent pas quant à l'adoption de la loi spéciale, tous deux semblent s'inquiéter de sa portée et surtout du pari du gouvernement de calmer le jeu en restreignant certaines libertés. À ce jeu, les étudiants paient pour les casseurs, dit Étienne-Alexis Boucher.

«Pensez-vous vraiment que ceux qui agissent dans l'illégalité vont soudainement respecter cette nouvelle loi? On peut donc penser que la violence ne se résorbera pas totalement. Pour atteindre un objectif, on pile sur des libertés fondamentales. J'espère que les gens ne subiront pas les foudres d'un gouvernement en dérive.»

«Personne n'est fier d'avoir été jusque-là. Tout le monde est perdant. J'espère qu'on va ainsi ramener la paix sociale et que tout le monde pourra passer des semaines plus tranquilles et que les cours reprennent. Nous n'étions pas pour l'imposition d'une loi bâillon aussi rapidement. On aurait pu attendre encore une semaine, dix jours, pour l'amender ou la bonifier... J'espère que les radicaux ne se radicaliseront pas. Le droit de manifester au Québec, pacifiquement et librement, c'est très important. La liberté d'expression aussi. Mais on n'a pas le droit de flancher derrière des casseurs», fait valoir François Bonnardel.

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Commentaire (1)
    • Qui a tordu le bras à ce M.Bonnardel pour qu'il endosse une loi digne de la grande noirceur. On est pour ou contre ce genre de loi, on veut la dictature ou une vraie démocratie. Pas question de fierté ou d'honneur de la part e gens qui ne savent pas de quoi il s'agit.

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