À Granby, Martine Gautier, propriétaire du restaurant Le Balzac, derrière lequel la nouvelle tour de 50 mètres de hauteur sera aménagée, a décidé de rapidement prendre les choses en main. En une seule journée, elle a recueilli une quarantaine de signatures pour une pétition qui s'oppose non seulement à ce projet, mais également à l'aménagement de toute nouvelle tour à moins de 300 mètres d'une résidence.
«La première raison pour laquelle je m'y oppose, c'est qu'il s'agit d'une pollution visuelle énorme, indique-t-elle. J'habite le logement au-dessus du restaurant et la vue va devenir tout simplement épouvantable.»
Mais au-delà de l'aspect visuel, la restauratrice s'inquiète également pour sa santé et celle de toute personne qui serait condamnée à vivre près de telles antennes. «La concentration d'ondes électromagnétiques est tellement grande, que c'est un gros danger pour la santé et on le sait, souligne-t-elle. Je sais que tout le monde n'a pas le même degré de sensibilité à ces ondes, mais moi, je suis hypersensible. Quand je passe sous une ligne à haute tension, c'est comme si ça me rentrait dans tout le corps et que j'entendais les ondes. La tour ne sera pas assez loin de chez moi pour que je ne l'entende pas. Je ne pourrai jamais dormir avec ça. Mais de toute manière, je crois que de telles concentrations sont néfastes à long terme pour n'importe qui.»
C'est pour cette raison qu'elle a décidé d'élargir le combat lorsqu'elle a formulé le libellé de la pétition. «C'est certain que je ne la veux pas ici, car je n'ai pas envie de faire partie d'un recours collectif dans 15 ans parce qu'on a découvert les problèmes, fait valoir Mme Gautier. Mais je me sentirais mal de l'envoyer chez quelqu'un d'autre, parce que je sais que ça peut être dangereux. C'est pour ça que je demande à ce que les tours ne soient pas installées à moins de 300 mètres des résidences. Et je suis partie faire du porte-à-porte hier, et dans toutes les maisons les gens étaient vraiment d'accord avec ça.»
Hier soir, à l'assemblée du conseil municipal de Granby, il a été question de la tour projetée de Vidétron. Des citoyens ont d'ailleurs déposé des plaintes à la Ville et le maire Richard Goulet s'y est montré sensible.
Même si celui-ci est contre le projet de tour, il a tenu à préciser que la décision finale appartient au gouvernement fédéral. La Ville de Granby communiquera tout de même sa position à Vidéotron.
Consultation publique
Toutefois, pour bloquer le projet, il faudra faire vite, puisque Vidéotron est actuellement en période de consultation publique, une période qui se termine le 31 mai dans le cas du projet de Granby. C'est donc l'occasion ou jamais pour les gens qui demeurent dans un périmètre équivalant à trois fois la hauteur projetée de la tour, qui ont reçu par la poste les documents de consultation, de se manifester.
«Pendant la période consultation de 30 jours, on recueille les commentaires et les questions, explique Isabelle Dessureault, vice-présidente aux affaires corporatives chez Vidéotron. S'il y a des commentaires qui sont formulés, Vidéotron dispose de 30 jours pour répondre, puis les gens ont 21 jours pour répliquer. Mais s'il n'y a pas de commentaires, on va de l'avant avec la construction.»
Mme Dessureault explique toutefois que les projets, avant d'être soumis à la consultation publique, font l'objet d'évaluations rigoureuses. «Tout est étudié, la localisation, la façon dont le tout sera disposé, afin de s'assurer une performance optimale dans un contexte de réseau, souligne-t-elle. Et les ingénieurs sont sensibilisés à l'utilisation de sites qui comportent moins d'enjeux pour les citoyens et je pense que les sites choisis dans ces cas-là répondent bien à ces critères.» La vice-présidente assure malgré tout qu'il est déjà arrivé que des tours soient déplacées à la suite de commentaires du public.
Déjà des commentaires à Bromont
Dans le cas de Bromont, où le projet consiste à remplacer trois tours temporaires par des installations permanentes, qui seront un peu plus hautes, la période de consultation publique s'achève le 10 mai. Toutefois, Vidéotron a déjà reçu une demande d'informations de même qu'un commentaire d'un citoyen corporatif - qui oeuvre dans les mêmes domaines que Vidéotron, précise d'ailleurs la vice-présidente aux affaires corporatives. L'entreprise devra donc y répondre dans un délai de 30 jours.
Un groupe de citoyens se mobilisent également sur Facebook pour forcer Vidéotron à réviser ses plans. La page, qui comptait hier 176 membres, invite les gens à remplir un formulaire pour se faire entendre et réclamer une audience auprès d'Industrie Canada sur ce projet.
Les trois tours visées sont situées à l'intersection de la route 241 et de l'autoroute 10, près du 2000, boulevard Pierre-Laporte, et près du 150, Champlain, sur le mont Brome. Des installations temporaires y sont déjà aménagées, mais les tours permanentes mesureront respectivement 50 mètres, 65 mètres et 81 mètres. Les «citoyens inquiets» à l'origine de la page veulent éviter de «polluer le panorama de Bromont et des environs» et croient que «les tours existantes dans la région peuvent combler les besoins de Vidéotron».