Pour un chien bien élevé

Karine Blanchard

Karine Blanchard
La Voix de l'Est

(Roxton Pond) Depuis plus de 30 ans, Joanne Charest et son conjoint sont éleveurs de bergers anglais. Michelle Giguère, elle, élève des bergers allemands depuis 10 ans. Le bien-être et la santé de leurs animaux sont au coeur de leurs préoccupations. Et les deux femmes sont formelles: les usines à chiots doivent disparaître.

«Ça ne devrait pas exister. Ce sont des manufactures de chiens. Production, production, production et production, peu importent l'intérêt et l'âge de l'animal, sans moment de répit et ça, jusqu'à probablement la fin de ses jours... Pauvres chiens», déplore Mme Charest, qui a ouvert les portes de son élevage sans la moindre hésitation à La Voix de l'Est.

«Un bon éleveur va prioriser le bien-être et la santé de ses chiens», renchérit Mme Giguère, qui a aussi reçu le journal à bras ouverts à son chenil de Saint-Valérien-de-Milton. «Il va s'assurer que tous les géniteurs de son élevage sont des chiens aptes à apporter quelque chose à la race, à l'améliorer. Et il aura des tests de santé certifiés.»

Joanne Charest est établie à Roxton Pond et exploite l'Élevage Bagatelle. Elle garde huit bergers anglais, certains à poil long, d'autres à poil court, dans un chenil en constante évolution.

Propriétaire de l'élevage les Anges Gardiens, Michelle Giguère a transformé une porcherie où elle accueille actuellement 18 chiens, principalement des bergers allemands et quelques représentants de la race Cairn terrier.

Son élevage ne lui permet pas à Mme Charest de gagner sa vie. À l'opposé, Michelle Giguère, elle, en a fait son gagne-pain. Les deux femmes participent à différents concours ou expositions avec leurs animaux et ont remporté plusieurs prix au fil du temps.

Critères d'élevage

Les deux éleveuses sont membres d'un club canin - de bergers anglais pour Mme Charest, allemands pour Mme Giguère - qui impose des critères stricts, notamment en ce qui a trait à l'élevage et la reproduction. «Quand on a une race ou deux, j'appelle ça un éleveur. Au-dessus de ça, c'est un manufacturier de chiens. Quand tu as une race, tu fais partie d'un club qui est spécialisé dans ta race et qui est reconnu», souligne Joanne Charest.

Par exemple, le club impose l'âge d'accouplement pour la femelle et le mâle. L'éleveur membre doit s'assurer d'optimiser la race en réduisant au minimum les risques de problèmes de santé, notamment ceux qui sont héréditaires. Il possède aussi tout le pedigree génétique de ses chiens, et ce, pour plusieurs générations.

«On a des lignes de conduite établies par le fondateur de la race pour la préserver», dit Michelle Giguère, en précisant que ses chiens ont un profil ADN. Et lorsqu'ils proviennent d'outre-mer, ils possèdent leur passeport.

Les deux chenils visités par La Voix de l'Est étaient propres. Très propres, même. L'odeur des chiens était à peine perceptible. Les bâtiments sont munis de grands enclos permettant aux animaux de bouger sans problème, et d'aires de jeux intérieures et extérieures. Chauffage et ventilation sont aussi intégrés.

«La salubrité est très importante. Quand tu en as trop (à faire), ça prend des employés qui s'en occupent, affirme Mme Charest. Les murs, les plafonds et les planchers sont lavés plus souvent que dans ma maison.»

Dans les usines à chiots, des économies sont réalisées notamment en offrant de la nourriture de moins bonne qualité, les chiens ne sont pas pur sang et n'ont aucun pedigree, donc aucun profil génétique. «Le bon éleveur peut avoir un cas de dysplasie (anomalie dans le développement biologique de tissus, d'organes, entraînant des difformités) aux cinq ans. Le puppy mill peut avoir sur une portée de huit et sept chiots qui auront de la dysplasie grave avant l'âge d'un an. C'est ça, la différence», mentionne Mme Charest.

«Dans la manufacture, le chien n'est pas enregistré. Si l'éleveur dit que ça va coûter 300$, 400$ ou 500$ pour enregistrer votre chien, ce n'est pas vrai», dit Mme Charest, en précisant que ce document coûte moins de 100$.

«S'il demande ça, il n'est pas pur sang et ne sera pas enregistré», dit Mme Charest.

Ne pas tomber dans le piège

Puisqu'il n'existe pas de permis certifiant qu'on fait affaire avec un éleveur en bonne et due forme, le consommateur doit faire preuve de prudence. La première règle? Se rendre chez l'éleveur, indiquent en choeur Mmes Charest et Giguère.

«Si on veut éviter de faire affaire avec une usine à chiots, la première chose à faire est de demander à rencontrer les parents, les géniteurs, de voir leur environnement, de voir leur relation avec l'éleveur», affirme Mme Giguère.

Les deux femmes estiment que l'éleveur consciencieux ouvre les portes de son chenil et permet au consommateur de voir ses animaux. Même qu'il devrait exiger une rencontre avec la famille adoptive potentielle. «Je veux voir mon client, savoir où il s'en va mon chiot et je peux refuser la personne», dit Mme Charest, qui, comme Mme Giguère, fait signer un contrat à ses clients établissant certaines règles. Celles-ci peuvent aller de l'interdiction de reproduction à un droit de reprise de l'animal si la famille veut s'en départir.

Les consommateurs vont payer entre 800$ et 2000$ pour un chien de race enregistré au Club canin canadien, l'organisme mandaté pour l'enregistrement des animaux de compagnie. Et pour pouvoir le faire, ils doivent posséder le pedigree sur trois générations de ses ancêtres.

«Si tu paies moins cher, tu vas payer plus cher pour le vétérinaire parce que tu auras plus de problèmes de santé et d'hérédité. Je ne dis pas que nous, éleveurs consciencieux, on n'en a pas. Ce n'est pas vrai. L'éleveur qui va dire qu'il n'a rien, ce n'est pas vrai», dit Mme Charest.

Pour éliminer les usines à chiots, une série de mesures sera nécessaire, et pas seulement de nouvelles lois, croient les éleveuses. Une partie de la solution, selon elles, se trouve dans la sensibilisation du public.

«Il faut le dire et le redire de ne pas faire affaire avec une usine à chiots, estime Mme Charest. Si vous êtes sérieux, vous allez payer le prix et aller voir un éleveur consciencieux. On fait des recherches et on se déplace chez l'éleveur pour voir les conditions de salubrité, le tempérament. Une manufacture ne fait pas ça.»

«Ce n'est pas une chaise. C'est un chien et tu en es responsable. Il ne faut pas que ce soit un choix émotif. C'est comme avoir un enfant. C'est un plan de vie, c'est quelque chose que tu prépares», dit Mme Giguère, en ajoutant que le consommateur a le pouvoir de décider de ne pas faire affaire avec une usine à chiots.

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