Même si les cégépiens d'ici ont voté contre la grève: la hausse ne passe pas!

Les manifestants ont sorti pancartes et parapluies, hier,... (photo Janick Marois)

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Les manifestants ont sorti pancartes et parapluies, hier, pour défiler dans les rues de Granby.

photo Janick Marois

 

Dominique Talbot
La Voix de l'Est

(Granby) Au 56e jour de la grève étudiante qui mobilise encore 179 000 étudiants, ces derniers ont défilé dans les rues de Granby pour une rare fois, accompagnés d'enseignants, de représentants syndicaux et de jeunes familles. Et si les étudiants du cégep de Granby ont voté contre la grève en mars dernier, ils étaient des centaines à manifester leur désaccord envers la hausse des droits de scolarité.

Au total, ils étaient environ 200, selon les policiers - mais plus de 300, selon nos estimés - à «prendre la rue», pour reprendre un de leurs slogans. Une manifestation survenue un peu tard selon certains, mais qui a tout de même fourni l'occasion aux contestataires d'exprimer leur opinion. «On a décidé de donner une voix à ceux qui sont contre (la hausse). C'est une occasion pour les gens de la région de s'exprimer sur la question. Granby, à l'habitude, n'est pas un centre de contestation», dit Tristan Rivard, étudiant du cégep de Granby, et président du comité contre la hausse.

«On est déçus de ne pas être en grève. Mais le vote a été bien fait et nous le respectons. Beaucoup étaient contre la hausse, mais n'étaient pas prêts à perdre des semaines de cours», renchérit Marc-Antoine Parent, également organisateur de la marche.

Les participants s'étaient donné rendez-vous dans le stationnement du cégep, pour un parcours d'environ un kilomètre qui s'est terminé dans l'enthousiasme au parc Victoria, au son de la célèbre chanson Débarrassez-nous des libéraux, du groupe Loco Locass. Tout au long de la marche, différents slogans se sont succédé, dont «On avance, on avance, on ne recule pas», et «Un peuple instruit ne sera jamais vaincu».

Des chants à forte connotation politique qui ont plu à Yvon Dubois, vice-président du Conseil régional de la FTQ Haute-Yamaska. Ce dernier, qui préconise la gratuité scolaire, s'est dit heureux de voir les jeunes entreprendre une telle démarche. «Le mouvement syndical admire les étudiants. On a tendance à croire que nous vivons dans une société de me, myself and I. Lorsque nous assistons à une manifestation comme celle-ci, on voit que les jeunes ont encore beaucoup à coeur l'intérêt collectif. Nous sommes ici pour représenter les étudiants. C'est un dossier de société. Ce gouvernement a tendance à favoriser les entreprises par rapport aux étudiants. Il ne faut pas favoriser l'endettement, au contraire. C'est pour cela que nous allons beaucoup plus loin que le gel et préconisons la gratuité», insiste-t-il.

Des profs et des familles

Si les étudiants se sont présentés en grand nombre, de jeunes familles et des professeurs ont également tenu à se joindre à la contestation. Parmi eux, Carole Landry, ex-employée d'une université québécoise et mère d'un étudiant fréquentant l'Université du Québec à Montréal. «Je trouve que le gouvernement devrait d'abord viser les dépenses des universités. Pour y avoir travaillé, je sais très bien qu'il y a beaucoup d'argent qui n'est pas toujours dépensé à bon escient», commente-t-elle.

Diplômée de HEC Montréal, Julie Bourdon tenait à peu près le même discours. Jeune mère d'un enfant qui vient tout juste de voir le jour et d'un autre un plus âgé, Mme Bourdon a choisi de marcher sous la pluie pour l'avenir de ses enfants. «Je viens tout juste de donner naissance à un petit garçon et j'en ai un autre. C'est pour eux que je suis ici. J'ai terminé l'université il y a sept ans et je considère important que les prochaines générations y aient aussi accès», amorce-t-elle.

Pour cette mère de famille, les universités devront montrer un peu plus de sérieux dans leur gestion, en plus de cesser de se concurrencer inutilement. «Il faudrait d'abord regarder la gestion des universités. On n'a qu'à penser à l'Îlot voyageur ou à l'Université de Sherbrooke, qui ouvre un campus à Longueuil pour concurrencer les universités montréalaises», explique-t-elle, avant d'ajouter que l'argument voulant que les riches doivent payer plus ne tenait pas, puisqu'ils paieront plus d'impôts une fois sur le marché du travail. «On oublie souvent cela dans le discours pour la hausse», note-t-elle.

Professeur en électronique au cégep de Granby, Étienne Gevry a pris part à la manifestation pour dénoncer une foule de ce qu'il considère être de petits changements dans la société. «De plus en plus de clauses orphelines font leur apparition, comme la retraite à 67 ans dernièrement. Plein de petites choses qui font que nos enfants vont souffrir d'inégalités par rapport à nous. Une hausse partielle reliée à l'inflation, peut-être, mais une hausse aussi drastique, ça n'a pas de sens», tranche-t-il.

Organisateurs satisfaits

Une fois tout ce beau monde rassemblé sous le chapiteau du parc Victoria, les organisateurs se sont dits heureux du déroulement de la manifestation. «Considérant les conditions météorologiques, je suis très content. Je suis fier que l'on ait réussi cela à Granby», dit Marc-Antoine Parent, coorganisateur.

Tristan Rivard avait ces mots avant que le tout ne se termine: «L'accessibilité à l'éducation est un acquis de la Révolution tranquille. L'héritage qui nous a été légué doit être préservé... Nous devons tout faire pour éviter une régression tranquille.»

La manifestation s'est déroulée dans le calme et aucun incident n'a été rapporté par la police de Granby.

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