C'est le cas d'Air Terre Équipement de Granby, qui s'est tourné vers les Philippines pour y dénicher des machinistes. Actuellement, quatre Philippins y complètent leur deuxième contrat d'un an, indique le directeur des ressources humaines, François Gaudreau. Les machinistes composent la majorité des effectifs - 50 des 70 employés - de l'entreprise spécialisée dans l'usinage de pièces aérospatiales complexes.
Pourquoi les Philippines? «Parce que ces travailleurs sont reconnus pour leur expérience. Ils ont souvent travaillé dans d'autres pays», dit M. Gaudreau. Autre avantage: ils acceptent également de travailler durant la nuit, un quart de travail plus difficile à combler.
Le cas d'Air Terre n'est pas isolé. NSE Automatech, de Granby, a également dû se résoudre à se tourner vers l'étranger pour combler ses besoins de main-d'oeuvre. La PME compte un Philippin dans ses rangs et devrait en accueillir un autre au cours des prochains mois. «S'il y avait des machinistes disponibles demain matin, j'en prendrais quatre ou cinq parce que nous sommes en expansion. On recrute à travers la province et à l'international», affirme Patrick Demers, directeur des ressources humaines.
Pénurie
Cela fait maintenant plusieurs années que les soudeurs, machinistes et autres techniciens en usinage sont très recherchés. Le hic, c'est que la problématique s'est accentuée au fil des ans, confirme le conseiller aux entreprises au Centre local d'emploi de la Haute-Yamaska, Nelson Tremblay. «On ne parle même plus de rareté, il n'y en a pratiquement plus», dit-il.
Une information que confirme Carmy Hayes, directeur de projet au Comité sectoriel de main-d'oeuvre en aérospatiale (CAMAQ). «Ça touche l'ensemble du Québec. Au début de l'année, on cherchait 210 machinistes et 50 opérateurs de machines-outils à commande numérique. On a à peu près réussi à recruter ce nombre-là. Mais selon nos perspectives, on s'en va vers une pénurie», explique M. Hayes. Une situation qui occasionne notamment «des délais de fabrication et une perte de productivité» dans les entreprises, déplore-t-il.
Le directeur de projet au CAMAQ affirme que le recrutement à l'étranger est «long et coûteux». Mais il a l'avantage de permettre d'embaucher des candidats qui ont déjà de l'expérience. Un plus pour les entreprises, car les jeunes qui terminent une formation professionnelle dans le domaine doivent ensuite être formés en entreprise; un processus qui peut parfois s'étirer sur deux ans, souligne Patrick Demers de NSE Automatech. La PME du boulevard Industriel oeuvre dans un marché de niche. Elle fabrique des pièces, souvent en petite série, pour les secteurs de haute technologie (aéronautique, médical, équipement industriel, etc.).
Formation boudée
De l'avis des personnes interrogées par La Voix de l'Est, la formation professionnelle est boudée par les jeunes, souvent par méconnaissance du métier et des conditions de travail. «C'est un milieu inconnu du monde adulte qui oriente les jeunes dans leur choix de carrière», avance Patrick Demers. «Historiquement, les formations professionnelles étaient dédiées à ceux qui avaient plus de misère à l'école. Mais les meilleurs machinistes que nous embauchons sont ceux qui ont une bonne base mathématique, qui ont une bonne vision des pièces en 3D», ajoute-t-il.
Et le salaire? Le taux horaire varie entre 13$ et 22$, selon François Gaudreau, d'Air Terre Équipement. Son homologue chez NSE Automatech précise que la question salariale n'est pas un frein à la carrière de machiniste. Les pièces qui sortent de son usine sont parfois uniques et de petites oeuvres d'art en elles-mêmes. «On ne peut pas payer des joailliers au salaire minimum. Avec le temps supplémentaire, il y a des machinistes ici qui gagnent plus que moi qui ai un bac», dit Patrick Demers.
Pour combler leurs besoins, les entreprises recrutent directement dans les écoles. Emploi-Québec offre également différents programmes pour faciliter les choses, dont le programme d'apprentissage en milieu de travail ou l'achat de formation pour les sans-emploi.
Malgré la forte demande, les inscriptions pour la formation professionnelle, offerte au Centre régional intégré de formation à Granby et au Campus Brome-Missisquoi à Cowansville, sont en baisse depuis trois ans. Alors que les deux contingents totalisaient 87 étudiants en 2008-2009, ils n'étaient plus que de 65 en 2010-2011, selon Jacynthe Boisvert, conseillère cadre à la commission scolaire du Val-des-Cerfs. Une situation qu'elle n'était cependant pas en mesure d'expliquer.
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