IBM Bromont au coeur de Watson

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La direction de l'usine avait invité les 200 employés de l'équipe du soir à visionner en direct les performances de Watson sur écrans géants, pop-corn inclus.

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Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est

(BROMONT) L'intelligence artificielle surpassera-t-elle un jour l'intelligence humaine? IBM en est bien près. Watson, l'un de ses superordinateurs, livre depuis lundi un combat historique contre l'Homme, dans le cadre de l'émission Jeopardy! Et l'usine de Bromont a plus que son mot à dire dans cette spectaculaire avancée technologique.

Au coeur de Watson, on retrouve pas moins de 2000 pièces bâties à Bromont. Principalement des puces assemblées sur des modules qui sont ensuite intégrés dans ses serveurs. La plupart des principales composantes sont passées par IBM Bromont.

Hier, le directeur en chef de l'usine, Raymond Leduc, avait invité les 200 employés de l'équipe du soir à visionner en direct les performances de Watson sur écrans géants, pop-corn inclus. «C'est comme un match de hockey pour nous ce soir. Et c'est IBM Bromont qui joue!», a-t-il lancé juste avant la diffusion.

Lui et quelques membres de son équipe technique attendaient avec fébrilité le second affrontement de ce défi de trois jours, où Watson affronte les deux plus grands champions de l'histoire de Jeopardy! , Ken Jennings et Brad Rutter. L'ordinateur a battu à plate couture ses concurrents avec des gains de 35 734$. Les deux hommes ont terminé avec 4800$ et 10 000$.

Ironiquement, Watson a failli sur la question finale, en répondant «Toronto» au lieu de «Chicago» aux indices suivants: «Son principal aéroport porte le nom d'un héros de la Seconde Guerre mondiale» et «Son deuxième aéroport porte le nom d'une bataille de la Seconde Guerre mondiale. La catégorie était pourtant «Villes des États-Unis»...

Un défi colossal

En 2007, une équipe de chercheurs d'IBM s'est mise au travail pour créer Watson. Le défi: inventer une machine capable de comprendre les questions du jeu télévisé, trouver les réponses le plus rapidement possible (sans avoir recours à l'internet!), appuyer sur un témoin, répondre de la façon appropriée avec une voix quasi humaine et choisir la prochaine question du questionnaire.

Ce qu'on voit de Watson à la télévision n'est bien sûr qu'une petite partie de l'énorme équipement qui le soutient. Derrière son avatar (le dessin qui le représente) se cachent 90 serveurs Power 7, contenus dans 10 «casiers», chacun de la taille d'un réfrigérateur. Sa capacité? 15 000 GO de mémoire vive ou, si vous préférez, 200 millions de pages de contenu et 600 millions de règles élémentaires lui permettant de raisonner et de saisir les subtilités, comme le fait le cerveau humain!

On vous épargne les dizaines d'algorithmes et les milliers d'heures de travail qu'il a fallu pour atteindre ce résultat. Disons seulement que Watson devient meilleur à l'usage, a expliqué l'informaticien en chef d'IBM Bromont, Éric Paradis.

Ce dernier en a aussi profité pour nous en dire un peu plus sur Watson. Sachez qu'il est sourd: il n'entend pas les questions posées par l'animateur Alex Trebek, il les lit. Watson passe également des heures à s'entraîner, d'où ses performances de plus en plus impressionnantes. Et comme vous l'avez peut-être constaté, le superordinateur est capable d'autoévaluer son niveau de confiance et de juger s'il doit risquer ou non une réponse.

La suite

Selon Raymond Leduc, la technologie développée sur Watson pourrait éventuellement servir à une foule de nouvelles applications. Le programme pourrait notamment être utilisé dans le domaine de la santé pour poser des diagnostics, à partir des symptômes dictés par le médecin.

Mais tout cela ne s'arrêtera pas là. Les chercheurs d'IBM se pencheraient déjà sur l'Exaflop Computing, capable de générer 1 milliard de milliards d'opérations à la seconde. On devrait voir cette nouvelle percée entre 2018 et 2020, confient les spécialistes de Bromont.

D'ici là, Watson n'a pas fini d'étonner. À l'issue de l'émission, les employés d'IBM Bromont semblaient drôlement impressionnés par son «intelligence». «C'est une grande fierté. C'est nous, l'ensemble des travailleurs, qui ont participé à ça. C'est très impressionnant de voir ça... C'est quand même juste une machine!», a lancé Marc Godbout. Son collègue Michel Charest avait encore de la difficulté à saisir la complexité du système. «Je n'ai pas tout compris la logistique de tout ça. Je suis surpris par l'ampleur de la machine.»

La grande finale du défi Jeopardy! a lieu ce soir sur les ondes de NBC, à 19h ou 19h30, selon votre câblodistributeur. À regarder sans faute pour savoir si la machine vaincra l'Homme et pour avoir une preuve concrète que la science-fiction ne se trouve plus seulement qu'au cinéma...

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