Lancé hier lors de la campagne hivernale de sécurité routière du ministère des Transports, Cool taxi est l'idée originale de trois pères, Michel Méthot, François Rozon et Nicola Di Iorio. Les trois hommes ont failli perdre chacun une fille, l'été dernier, dans un accident causé par l'ivresse au volant. Elles revenaient d'une soirée et ont accepté de monter à bord d'une automobile conduite par un jeune homme de 18 ans sous l'influence de l'alcool.
Les coupons de Cool taxi, croient les trois pères, donneront une option aux jeunes pour rentrer à la maison sains et saufs après une fête, réduisant ainsi le nombre de victimes d'accidents de la route. Les coupons permettront aux jeunes éméchés de ne pas prendre le volant. Ils pourront aussi servir à ceux qui veulent rentrer, mais qui n'en ont pas les moyens. Plusieurs acceptent alors de monter à bord d'un véhicule dont le conducteur est ivre.
«Les enfants qui reçoivent de l'argent de leurs parents pour prendre un taxi peuvent le dépenser sur autre chose, a souligné Nicola Di Iorio au moment du lancement. Les Cool taxis ne sont pas monnayables et peuvent être utilisés sur tout le territoire du Québec.»
Les parents et aussi les jeunes pourront acheter ces coupons prépayés par tranche de 5 et de 10 dollars. Ils n'auront aucune date de péremption.
Jusqu'ici, 48 compagnies de taxi ont accepté de vendre et d'honorer ces coupons. Elles se feront rembourser les billets en les acheminant au Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi (CPCDIT). Les coupons seront en vente graduellement à compter de jeudi.
«Un très bon système»
Guy Lagimonière applaudit le concept. Propriétaire de Taxi Granby DR, il est persuadé que la mesure diminuera le nombre de victimes liées à l'alcool au volant. «L'idée est superbe, lance-t-il d'emblée. Ça va éviter aux jeunes de se fier à d'autres, peut-être en état d'ébriété, pour rentrer chez eux», a-t-il dit en entrevue hier soir. «On est prêts à les faire monter dans nos taxis.»
En 12 années de métier comme chauffeur de taxi, M. Lagimonière a vu plusieurs personnes conduire avec les facultés affaiblies, dont des jeunes. Il importe donc, soutient-il, de leur offrir des façons de voyager en toute sécurité. Le système des coupons est un bon moyen, estime-t-il.
Denis Jean est également heureux du système proposé. Le président de Taxi 3000 aurait même aimé qu'il soit lancé bien avant, surtout que le phénomène des jeunes qui conduisent après avoir bu n'est pas nouveau. Il n'a pu s'empêcher de lancer une flèche à «certains» tenanciers de bars et de discothèques. «Ils attendent que les jeunes aient les poches vides et après ils les mettent dehors et appellent un taxi.»
Taxi AB de Cowansville entend également offrir ce service à ses clients, a confirmé hier soir Éric Gélineau, copropriétaire de l'entreprise.
Le concept de coupons n'a rien de nouveau, fait remarquer M. Jean. De grosses entreprises, comme Bell et Hydro Québec, et des ministères en remettent à leurs employés appelés à se déplacer en taxi. Les compagnies renvoient les coupons à l'entreprise concernée pour se faire payer les courses de leurs employés. «C'est un très bon système», de résumer M. Jean.
Reste à voir si certains ne seront pas tentés de fabriquer des copies de ces coupons, signale-t-il. «Il y en a qui sont capables de faire des imitations de cartes de crédit. Donc pour des coupons... J'espère que non.»
La vente des coupons pose aussi problème, indique M. Lagimonière. Qui les vendra?, se demande-t-il. Pour l'instant, seules les compagnies de taxi pourront en offrir aux gens, selon le CPCDIT. C'est insuffisant, pense M. Lagimonière. Il suggère de rendre les coupons plus accessibles. «Les gens pourraient aller les acheter dans des dépanneurs, par exemple. Ils y vont pour leurs cartes d'appel et pour plusieurs autres choses. Ça serait un bon endroit, selon moi.»
Les trois instigateurs des coupons, MM. Méthot, Rozon et Di Iorio ont manifesté le même souhait hier. Ils aimeraient que les coupons prépayés soient disponibles dans les pharmacies, les stations-services et les succursales de la SAQ.