Accros au cellulaire

Les élèves du secondaire comme les étudiants du... (photo Janick Marois)

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Les élèves du secondaire comme les étudiants du cégep sont de plus en plus nombreux à posséder un téléphone cellulaire et ils ne se gênent pas pour l'utiliser, même en classe.

photo Janick Marois

Cynthia St-Hilaire
La Voix de l'Est

(Granby) Une majorité d'étudiants au secondaire et au collégial possèdent un téléphone cellulaire, au grand dam de leurs enseignants. C'est que les jeunes utilisent leur téléphone en classe pour s'échanger des messages texte et même des réponses d'examen.

« C'est une peste incroyable, lance sans détour Jean Striganuk, directeur de l'école secondaire privée du Verbe divin. On confisque à peu près deux téléphones par jour. Avant, on le redonnait au jeune à la fin de la journée, mais maintenant on demande aux parents de venir le récupérer. «

 

Le Verbe divin interdit l'utilisation du portable entre ses murs. Cette règle n'est toutefois pas facile à appliquer. « Les jeunes s'envoient des textos en classe, ils s'échangent des réponses d'examen, souligne M. Striganuk. Certains demandent même d'aller aux toilettes pour pouvoir prendre un appel qu'ils reçoivent. «

Jean Striganuk note que la plupart des cellulaires sont achetés par les parents. « J'ai même vu un parent venir à l'école et faire sortir son jeune de la classe pour lui demander si le cellulaire qu'il a acheté était de la couleur qu'il souhaitait, relate-t-il, sans comprendre pourquoi les parents tiennent à ce que leur progéniture ait un cellulaire. Les parents sont capables de joindre leur enfant en appelant au secrétariat. «

Le directeur du Verbe divin s'est informé de la possibilité de brouiller les ondes cellulaires sur le terrain de l'école pour décourager les jeunes de l'utiliser. « C'est illégal, regrette-t-il. La solution est d'avoir l'appui des parents. Peut-être vont-ils se tanner de venir récupérer le cellulaire de leur jeune à l'école. «

Paresse sociale

Éric Archambault, animateur à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire à l'école secondaire J.-H.-Leclerc, est tout aussi découragé par l'usage que les jeunes font de leur portable. « Ça engendre une forme de paresse sociale, soutient-il. Les jeunes préfèrent envoyer un message texte à leur ami qui est à deux rangées de casiers plutôt que d'aller lui parler. «

M. Archambault a même vu des jeunes qui, plutôt que de rire de vive voix, se contentent de dire « lol « (laughing out loud), une expression souvent employée dans les messages texte. « Ils importent le langage internet dans leur quotidien, observe-t-il. C'est inquiétant pour la qualité du français. C'est difficile d'apprendre à bien s'exprimer lorsqu'on utilise toujours des abréviations. «

L'animateur révèle aussi que le cellulaire entraîne des conséquences fâcheuses pour certains étudiants. « Une photo peut circuler très rapidement puisqu'une majorité de jeunes ont un cellulaire, déplore-t-il. Je reprends toujours l'exemple du jeune qui s'est filmé lui-même pendant qu'il jouait avec une épée laser. Cette vidéo s'est retrouvée sur YouTube et le jeune a dû changer d'école. Avec le cellulaire, une histoire peut devenir énorme rapidement. «

Éric Archambault a également insisté sur le coût mensuel associé à la possession d'un cellulaire. « La plupart du temps, ce sont les élèves qui paient leur facture «, fait-il valoir.

Au cégep de Granby, plusieurs enseignants ont inscrit sur leur plan de cours l'interdiction d'utiliser un cellulaire en classe. « Si ça se retrouve dans un plan de cours, c'est que c'est un problème majeur «, admet Nathalie Savard, directrice adjointe à la direction des études.

Mme Savard est toutefois convaincue que cette situation changera au cours des prochaines années. « Les jeunes enseignants tolèrent davantage l'envoi de messages texte en classe. Ils ont grandi avec cet outil technologique, explique-t-elle. Dans un avenir rapproché, ça deviendra un outil pédagogique. «

Essentiel pour les uns, pas pour les autres

Les élèves interrogés aux abords de l'école secondaire J.-H.-Leclerc, à l'heure du dîner hier, ont des avis partagés sur l'utilité du cellulaire. « Ça sert à organiser des choses à distance et quand tu as une job, c'est très important, considère Dominique Hervieu un étudiant de quatrième secondaire. Si je n'avais pas mon cellulaire, je me traînerais une poignée de 25 ¢. «

Nicolas, un étudiant en troisième secondaire rêve du jour où il aura son portable. Cet été, il compte travailler pour amasser l'argent nécessaire pour cet achat. Émilie Desjardins, une étudiante en troisième secondaire, a réalisé il y a un mois son souhait de posséder un cellulaire. « Tous mes amis en avaient un, explique-t-elle. Maintenant que j'en ai un, je me rends compte que c'est une dépense inutile. J'ai acheté des minutes pour 20 $ il y a deux semaines et il ne m'en reste déjà plus. «

Pour Victor Vigiola, aussi étudiant en troisième secondaire, vivre sans portable est impossible. « Je me suis fait voler le mien, il y a une semaine. C'est difficile, j'avais plein de contacts, confie-t-il. Je vais m'en racheter un cette semaine. Ce sont mes parents qui paient. «

Chanel Adams, étudiante en quatrième secondaire, a reçu un cellulaire de ses parents à 13 ans. « Chaque fois que je sors, mes parents me demandent si j'ai mon téléphone. Autrement, je n'aurais pas la permission de sortir, dit-elle. C'est moi qui paie, ça me coûte environ 10 $ par mois. «

Catherine, une étudiante en troisième secondaire, a aussi reçu un cellulaire alors qu'elle avait dix ans pour que sa mère puisse la rejoindre. La jeune fille investit 20 $ par mois pour acquitter la facture de son portable. « J'habite à deux endroits, alors c'est plus simple pour mes amis de me joindre «, dit-elle.

 

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