France Royer est déménagée le 13 juin. Cinq jours avant, la dame a reçu un coup de fil des Habitations Duchesneau lui annonçant qu'elle n'aurait pas le courant.
Impossible pour Mme Royer de retarder son déménagement. Sa maison est vendue et l'arrivée des nouveaux occupants est fixée au 14 juin. Onze autres familles se retrouvent, cette semaine, dans le même pétrin. Et d'autres proprios prennent possession de leur résidence ce week-end.
Mme Royer et son fils doivent se rendre chez des amis pour prendre leur douche. Une génératrice, qui lui coûte 200 $ par semaine en location, permet d'avoir un peu de lumière lorsque le soleil se couche. "On ne vit pas, on ne fait que dormir là", lance la propriétaire.
En essence, la génératrice coûte 15 $ par jour. "C'est moi qui assume tous les frais", insiste Mme Royer, en précisant que la facture de restaurants grimpe au même rythme, puisqu'elle ne peut brancher son réfrigérateur.
Alain et sa conjointe vivent aussi avec le bruit constant de la génératrice depuis le 18 juin, jour de leur déménagement. Le couple achète quotidiennement des blocs de glace pour garder au frais des aliments dans le frigo. Pour laver les vêtements, il se rend à la buanderie.
Un autre couple, lui, fait du camping dans son ancienne maison. Tous ses meubles sont rendus à sa résidence des Faubourgs depuis le 19 juin. Par chance, dans la propriété qu'il devait quitter, l'électricité y est encore.
Une résidence aux Faubourgs du séminaire se vend entre 140 000 $ et 200 000 $.
La faute de Bell
L'entrepreneur Michel Duchesneau jette la faute sur Bell Canada. L'entreprise de téléphonie est propriétaire des poteaux dans le secteur. C'est donc elle qui a la responsabilité de les poser et de transmettre ses plans à Hydro-Québec. La Société d'État envoie ensuite ses monteurs de lignes.
M. Duchesneau, documents en mains, montre qu'il a adressé sa demande pour l'installation des poteaux le 5 novembre 2008. La même date, il a acheminé une demande à Hydro-Québec. Une entente a été signée en janvier entre les trois parties.
En mai, Bell a commencé l'installation des poteaux. Une quarantaine sur un total de 90 ont été plantés. L'opération a été interrompue en raison de la présence de murets de pierre. Michel Duchesneau admet avoir songé à la création de ces murets après la réalisation des plans de Bell.
L'entrepreneur a fait cet ajout en raison des terrains en pente. "Les terrains n'arrivent pas tous à la même hauteur, explique-t-il. Un propriétaire qui regarde son voisin derrière peut voir que le terrain est plus bas. Pour que ce soit plus harmonieux, j'ai fait construire, à mes frais, des murets. Des fois, la générosité peut entraîner des problèmes."
Ces murets ont forcé Bell a retourner à sa table à dessin. "Nous n'étions pas au courant de la présence de ces murets lorsque nous avons fait les plans initiaux", mentionne Jacques Bouchard, responsable des relations avec les médias chez Bell.
Bell devrait compléter les nouveaux plans cette semaine. Hydro-Québec devra ensuite réviser les siens. "Ça prendra assurément trois semaines à un mois pour brancher tout le monde, vu l'importance du développement", souligne Hélène Perreault, agente de relation avec le milieu chez Hydro-Québec. Mme Perreault indique qu'une modification des plans, demandée par M. Duchesneau le 3 juin, explique le retard. "Au début juin, tout était prêt de notre côté, mentionne-t-elle. Des modifications nous sont parvenues par la suite."
Aucune responsabilité
Michel Duchesneau insiste. "Je n'ai pas de responsabilité dans cette histoire." L'entrepreneur a tout de même annoncé qu'il versait 25 $ par jour à chacun des propriétaires pour les aider. Or, les propriétaires rencontrés par La Voix de l'Est n'ont jamais entendu parler de cette compensation. "La décision a été prise il y a deux semaines, relève M. Duchesneau. Nous n'avons peut-être pas eu le temps d'aviser tout le monde."
L'homme d'affaires a remis à La Voix de l'Est un extrait du contrat qu'il fait signer à ses clients. Une clause prévoit que "l'entrepreneur ne sera pas responsable du retard dans la délivrance du bâtiment dans les cas de défaut de tout fournisseur de matériaux ou de services et enfin toute autre cause indépendante de la volonté de l'entrepreneur."
"Nous ne sommes pas obligés de donner quoi que ce soit comme compensation", signale Michel Duchesneau.