Pas de travail pour ces infirmières

En appliquant un décret gouvernemental, l'hôpital de Granby... (photo Janick Marois)

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En appliquant un décret gouvernemental, l'hôpital de Granby pourrait perdre des infirmières expérimentées, ce qu'il espère éviter en période de pénurie.

photo Janick Marois

Chantal Vallée
Chantal Vallée
La Voix de l'Est

Julie, Johanne et Nancy (noms fictifs) n'en reviennent tout simplement pas. Ces infirmières d'expérience ont appris par lettre cette semaine qu'elles étaient mi-ses à la porte de l'hôpital de Granby.

Ce qu'on leur reproche? Elles ont refusé de soumettre leur candidature à un poste, car elles préfèrent rester sur la liste de rappel pour faire du dépannage certains week-ends, la nuit, l'été et dans le temps des Fêtes, des périodes pendant lesquelles il manque beaucoup d'infirmières.

 

Ces employées avaient jusqu'au 24 mars pour se décider. «La salariée qui refuse de présenter sa candidature à un poste est réputée avoir démissionné», pouvait-on lire dans la lettre qu'elles ont reçue.

En entreprenant cette démarche, le centre de santé ne faisait toutefois qu'appliquer le décret gouvernemental auquel doivent se conformer tous les établissements. Cet exercice de «titularisation» vise à attribuer des postes aux infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes.

Si cette mesure a la qualité de réduire la précarité des travailleuses et de stabiliser les équipes, elle entraînera la disparition de la liste de rappel, du moins dans sa forme actuelle.

Perte d'une expertise

Les infirmières rencontrées par La Voix de l'Est voulaient continuer à travailler de façon occasionnelle à l'hôpital par passion, ou pour subvenir à leurs besoin entre deux contrats. Certaines enseignantes voyaient dans cette pratique une façon de conserver leur expertise sur le terrain afin de pouvoir mieux traduire la réalité du marché du travail à leurs élèves.

«Les périodes pendant lesquelles il manque le plus de personnel, c'est l'été et les week-ends», indique Julie, une infirmière spécialisée passionnée par son travail.

«Cette nouvelle règle pénalise la population et les employées sur place. Les gens sont épuisés. Pour la population, c'est quasiment un sacrilège de laisser aller cette expertise», ajoute-t-elle.

«C'est pratiquement incroyable d'être rendus là dans une période de pénurie», renchérit Johanne.

«L'hôpital va sans doute être obligé de recourir à des infirmières qui travaillent pour des agences pour le double de notre salaire. Est-ce que c'est bien gérer, ça?» s'interroge-t-elle.

Après avoir travaillé de nombreuses années à l'hôpital de Granby, ces infirmières sont bien tristes de voir leur carrière prendre fin abruptement à cause d'une nouvelle règle administrative.

Pas fini

À l'hôpital de Granby, on n'a toutefois pas envie de se priver d'infirmières expérimentées en appliquant le décret.

«Personne n'est intéressé à ce qu'il y ait des démissions», indique le porte-parole de l'établissement Michel Lapointe. Le centre de santé se donne un mois pour tenter de trouver une solution, ce que M. Lapointe qualifie de défi. «Même si ça ne touche pas beaucoup de personnes, on n'a pas envie de perdre des ressources», fait-il valoir.

Pour le reste, l'exercice se déroule plutôt bien parce qu'il y a plus de postes que de candidates.

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins infirmiers et respiratoires de la Haute-Yamaska, Sophie Séguin, voit mal comment l'établissement pourrait garder ces travailleuses tout en respectant le décret.

«Il y a des infirmières et des infirmières auxiliaires qui ne sont pas nécessairement d'accord avec ça, mais on ne peut pas enfreindre la loi», souligne la présidente du syndicat qui compte environ 640 membres.

«On est conscientes qu'il y a des heures précieuses travaillées l'été par des enseignantes. Si l'employeur veut nous rencontrer, on va s'asseoir avec lui et évaluer les impacts pour la collectivité. Je ne dis pas que c'est impossible de trouver une solution, mais je ne veux pas faire miroiter aux gens qu'on va trouver une solution. Il faut vérifier ce qui peut être fait», souligne-t-elle.

 

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