L'homme-grenouille des clubs de golf

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Karine Blanchard
Karine Blanchard
La Voix de l'Est

(Granby) Yanick Tétrault passe plus de six mois par année sous l'eau. Ses sorties sous-marines n'ont toutefois rien d'exotique. Son travail: fouiller les profondeurs des lacs des clubs de golf pour récupérer les balles des joueurs. Et ses récoltes sont plutôt fructueuses. Chaque saison, son équipe et lui peuvent en ramasser plus d'un million!

À l'adolescence, alors qu'il réalise des travaux de paysagement, son employeur lui propose de gagner quelques dollars de plus en travaillant dans un club de golf. Le jeune homme n'a alors aucune idée du boulot qui l'attendait.

«Je n'étais jamais allé dans un club de golf. Je m'étais habillé chic, mais quand je suis arrivé là, on m'a demandé de me changer. Mon travail était de fouiller avec mes pieds les lacs pour ramasser les balles!», se remémore-t-il aujourd'hui en riant.

À ce moment-là, il récupère les balles dans des lacs peu profonds, qui ne nécessitent pas d'équipement de plongée sous-marine. En balayant le fond avec ses pieds, il arrive à les sortir de l'eau, puis les lave.

Un peu plus tard, il suit son cours de plongeur et obtient les certifications nécessaires pour explorer les lacs des terrains de golf comme un véritable homme-grenouille. «En moyenne, ils ont une profondeur de six, huit ou dix pieds, mais ça peut aller jusqu'à 25!», explique-t-il.

Depuis près de 20 ans, Yanick Tétrault gagne ainsi sa vie. Il est sous-traitant pour l'entreprise Distribution Golf FPC de Beloeil, qui le paie en fonction de son butin.

Chaque saison, on lui fournit une liste des clubs de golf - avec qui la compagnie a établi des ententes - où il doit se présenter pour récupérer les balles.

Le plongeur se rend notamment aux clubs de golf les Cèdres de Granby - où La Voix de l'Est l'a rencontré - , Rougemont, Waterloo, Lac-Brome, Bromont et Magog. Il se déplace même jusqu'en Ontario, notamment à Toronto, Ottawa et Niagara Falls.

Ses plus impressionnantes sorties sous-marines, il les a réalisées aux États-Unis. «Je suis allé en Floride cinq hivers pour faire ça. J'ai plongé avec des alligators, des serpents! J'ai pas mal tout vu», raconte l'homme-grenouille.

Des balles par milliers

Yanick Tétrault amorce sa saison entre le 1er et le 15 avril. Il la termine à la fin novembre, parfois en décembre. C'est d'ailleurs le froid qui lui cause le plus de difficultés dans son travail. Il doit revêtir une combinaison isothermique pour se protéger de la température glaciale de l'eau.

Environ une fois par mois, il se rend à chacun des terrains de golf qui lui ont été assignés. Sur place, il monte à bord de son petit véhicule utilitaire Gator qu'il transporte d'un club à l'autre pour se promener sur le terrain et trimbaler tout son équipement.

Vêtu de sa combinaison de plongée sous-marine, ses palmes, son tuba, son masque et son cylindre d'oxygène, il est prêt à explorer les plans d'eau. Il accroche un grand filet autour de son cou pour y déposer les balles, puis il plonge. «Il y a des lacs où je peux en ramasser 200 ou 300 et il y en a d'autres où ça peut être 1500 ou 2000», explique l'homme âgé de 34 ans.

Tout est affaire de positionnement, dit-il. «Ça dépend de la façon dont les lacs sont placés. S'ils sont proches du green (vert), c'est toujours meilleur. Dans les côtés du fairway (l'allée), ça tombe moins. Je commence par le bord du lac parce que c'est là que les balles tombent le plus. Ensuite, je me promène un peu dans le centre pour ramasser le reste.»

La quantité de balles qu'il peut retrouver est plutôt impressionnante. «Je peux en ramasser 4000 par jour», illustre le plongeur, qui préfère demeurer discret sur les montants ainsi obtenus. À la fin d'une saison, la récolte peut atteindre 500 000 et même 600 000 balles. Lorsqu'il travaille avec deux plongeurs - ce qui n'est pas facile à trouver -, ce nombre fracasse le million.

Et il n'y a pas que des balles qui dorment au fond des lacs. M. Tétrault y a déjà récupéré des cellulaires, des portefeuilles, des bâtons et même un kart de golf!

Comme quoi le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres.

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