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«On n'a pas le droit d'oublier»: L'aïeul de Gabriel Setlakwe a survécu au génocide arménien

Gabriel Setlakwe devant la murale familiale qui trône... (Photo Janick Marois)

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Gabriel Setlakwe devant la murale familiale qui trône bien en vue dans son commerce de meubles. Derrière lui, on aperçoit son grand-père Salim, rescapé du génocide arménien.

Photo Janick Marois

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(Granby) Qui sait où l'homme d'affaires granbyen Gabriel Setlakwe serait aujourd'hui si son ancêtre Aziz ne s'était pas exilé au Québec en 1904 après les massacres de 1894 et 1896 en Turquie. Rescapé de l'horreur, Aziz serait le premier Arménien venu s'établir dans la province, à Disraeli en Estrie. Il a par la suite aidé des membres de sa famille à venir le rejoindre après le génocide arménien. Parmi eux, Salim, le grand-père de Gabriel.

Rencontré hier, jour du 100e anniversaire du génocide de 1915, Gabriel Setlakwe a raconté l'influence qu'a eue son aïeul sur son parcours. «J'ai prénommé mon fils Salim en son honneur. C'était important pour moi...», confie-t-il.

Pour faire revivre l'histoire, le patron de Setlakwe Meubles a fait appel à la mémoire de son père Gaby, qui a relaté au téléphone quelques bribes du parcours de son propre père.

«Salim est arrivé après le génocide, autour en 1918 ou 1919, avec ses deux frères et une soeur. Le reste de sa famille avait été fusillé», dit-il. Aujourd'hui âgé de 78 ans, l'homme se souvient de la maison familiale, pleine de gens, de son père Salim parlant arménien avec les plus vieux. Il sait aussi que son paternel a dû faire face à beaucoup de discrimination. «Se trouver une épouse a été difficile en raison de ses origines.»

Évoquait-il sa jeunesse et le drame qu'il a vécu en Turquie? «Il est décédé à 77 ans. Sur les derniers milles, il pensait à son passé et il en parlait plus. Dans la soixantaine, il était retourné dans son pays et à Mardin [NDLR<saxo:ch value="226 128 137"/>: foyer du génocide]. Il nous avait un peu raconté», rappelle Gaby, qui a lui-même déjà tenté d'aller là-bas, sans pouvoir dépasser Istanbul.

Souvenirs

Tout jeune, lors d'un voyage en Europe, Gabriel a lui aussi fait un arrêt en Turquie. Lors d'une excursion, le garçon avait tout bonnement parlé de l'histoire de son grand-père à un guide touristique turc. «Il a perdu son sourire et s'est fermé. J'ai alors compris que c'était un sujet tabou là-bas.»

Là-dessus, le commerçant reprend des mots qu'il a déjà entendus et qui le touchent. «En faisant semblant que ça n'a pas existé, on continue à tuer ceux qui sont morts. On génocide l'Histoire.»

Selon lui, il faut honorer «le travail et la misère vécue par ces gens». La marche dans le désert de Syrie, la traversée périlleuse de l'Atlantique en bateau, la nécessité de refaire sa vie ailleurs malgré la perte d'êtres chers... Tout cela force l'admiration de Gabriel face à son grand-père. Il a d'ailleurs des souvenirs clairs de lui.

«Dans la maison, il avait un coffre-fort rempli de nourriture, car il lui fallait des réserves, au cas où un drame surviendrait. Je me souviens aussi qu'il ramenait toujours de l'or de ses voyages en Europe, car il savait que c'était une valeur plus sûre que les devises. Toute sa vie, il a cherché à sécuriser sa famille.»

À sa naissance, le premier arrivant, Aziz, était un Sarafian. Ce n'est qu'une fois en Amérique qu'il est devenu un Setlakwe, comme toute sa famille. «Il a fallu qu'il change de nom. C'est fou de penser que notre histoire à nous commence seulement depuis mon grand-père...», confie Gabriel Setlakwe.

Ce pan des annales familiales l'a touché au point de mettre en ligne une page Facebook - «Setlakwe, We Are Family/Nous sommes une grande famille» - pour retrouver tous les Setlakwe qui vivent désormais de ce côté-ci du monde, grâce à Aziz. «Je ne veux pas qu'on oublie d'où on vient. On n'a pas le droit d'oublier.»

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