Comment pouvez-vous diriger un parti qui a 200 différents «penseurs»?
On parle souvent des «belles-mères» du PQ. C'est vrai, elles ont toujours leur mot à dire. Parce qu'elles regrettent de ne plus être à la tête de la maison. Parce qu'elles ont toutes leurs idées sur la façon de mener la famille. Et surtout, sur le chemin à prendre pour parvenir à la reconnaissance finale. Jacques Parizeau et Bernard Landry regrettent tous deux d'avoir quitté le foyer sur un coup de tête. Comme de fidèles soldats, ils n'abandonnent pas le fort. En oubliant volontairement et peut-être malgré eux qu'ils n'en sont plus les gardiens.
Mais encore, si c'était le seul problème du PQ... À côté de ces chefs déçus, il y a tous ces militants qui veulent jouer les intellectuels du parti. Et un intellectuel, ça doit défendre ses idées, ordinairement en s'opposant à celles des autres. Chaque idée est un débat en éclosion. Il faut élever la voix pour se faire entendre. Il faut convaincre des disciples pour se poser en maître. Il faut écrire aux journaux pour faire parler de soi. Il faut s'imposer d'une façon ou d'une autre, au risque de mettre le feu à la cabane.
Le PQ, c'est ça. Et ce sera toujours ça. Des indépendantistes, non pas regroupés dans un même parti, mais plutôt séparés par 2000 projets divers et personnels.
La souveraineté semble s'illustrer aujourd'hui par une alternative: un gouvernement qui s'engage dans l'indépendance au lendemain de son élection ou un gouvernement qui attend le moment opportun de faire un référendum sur la séparation. Chaque «penseur» y ajoute ses nuances. Ce qui fait que le projet commun est impossible. Et à voir ce que l'on voit, il sera toujours impossible.
Le PQ trouve ses ennemis beaucoup plus chez les souverainistes que chez les libéraux. Joseph Facal a raison de dire que l'indépendance n'est pas pour demain. François Legault aussi quand il veut prendre ses distances de ces impatients qui s'illusionnent comme des enfants.
Quand 50 jeunes militants ont décidé d'écrire une lettre aux journaux où ils mettaient en doute le leadership de Pauline Marois, ils allumaient une allumette dans la paille de la grange. Ils insinuaient clairement que le chef devra choisir une autre démarche que celle de la «gouvernance souverainiste». Quand Pauline Marois se voit obligée d'y répondre, elle sème le doute sur son leadership. Et quand 156 de ses supporters envoient une autre lettre pour lui manifester une certaine solidarité d'apparat, ils divisent les forces.
Ceux qui refusent au chef péquiste le droit de gouverner pour soutirer d'Ottawa le plus grand nombre d'avantages pour le Québec oublient que le Bloc accomplit cette tâche depuis que Lucien Bouchard l'a mis au monde. Le Bloc choisit cette stratégie, extrême faveur de la démocratie, de défendre les intérêts du Québec à l'intérieur de la fédération canadienne. C'est une collaboration à la réalité actuelle. S'il refuse de jouer ce rôle, qu'il retire ses députés, payés par le gouvernement dont ils veulent se séparer.
Les contradictions sont nombreuses dans le projet souverainiste. C'est pourquoi il est impossible au Parti québécois de faire l'unité nécessaire à la présentation d'un projet commun.
Le Parti libéral n'a pas de «penseurs». Le PQ en a plein, les uns contre les autres.
L'auteur a été président-éditeur de La Voix de l'Est en 1988-89