Oléoduc, choix politiques

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La Voix de l'Est

Face à la demande d'audiences du BAPE sur la question du renversement du flux du pipeline de la Montreal Pipeline, Mme Beauchamp est confrontée à différents intérêts et scénarios, car le paysage énergétique est en pleine mouvance.

Les intérêts financiers en jeu sont puissants quand on pense que le taux de change du Canada est pris en otage par l'industrie pétrolière albertaine et que cela a des conséquences sur l'ensemble de l'économie du Québec et du Canada.

 

Que l'on pense à la demande pour le pétrole albertain de la part des États-Unis qui va aller en croissant si l'on se fie à la dizaine d'oléoducs présentement en chantier qui desserviront les raffineries américaines. Même le président Obama, qui en début de mandat parlait du pétrole sale albertain, se tait aujourd'hui face aux impondérables de la sécurité énergétique américaine (et encore plus aujourd'hui avec la catastrophe du Golfe du Mexique).

La fermeture prochaine de la raffinerie Shell à Montréal, la position claire du gouvernement Charest face à la réduction de la dépendance au pétrole du Québec, les gisements pétroliers potentiels du Saint-Laurent dont la juridiction fédérale peut empêcher l'exploitation, tout cela amène déjà son lot de débats sur la question pétrolière au Québec.

Et encore, la question des subventions fédérales d'aide au développement de centrales nucléaires pour l'exploitation des sables bitumineux, dont logiquement le quart de la facture reviendrait au Québec.

Et ces territoires déjà presque aussi grands que la Floride qui ne sont dorénavant qu'un «no man's land» sans faune et sans flore et qui vont s'accroître à vue d'oeil repoussant une fois de plus des populations autochtones.

Et les objectifs de Kyoto qu'on se vante d'avoir atteints en 2008 au Québec, mais qui par le biais du bilan canadien conséquent à l'exploitation des sables bitumineux nous pénaliseraient, si d'aventure, les pays signataires réussissaient à imposer des sanctions.

Et que dire des gaz à effet de serre qui accéléreront les changements climatiques.

Mais pour les riverains de l'oléoduc, ce ne sont pas nécessairement ces grands enjeux qui sont en question. Pour les maires des municipalités, c'est la sécurité d'approvisionnement en eau potable qui prime. Pour les organismes des bassins versants ou de la réserve du mont Sutton, ce sont particulièrement les milieux fragiles qui sont en cause. Pour les résidents localisés près de la future station de pompage de Dunham, ce sont les nuisances du bruit, d'intégration au milieu rural sur un site situé dans une zone de paysage jugée de haut niveau. Et ce sont les risques d'accident dû à la cavitation parce que le changement de flux n'est pas une entreprise banale, mais bien un changement d'usage de conduits âgés.

Ce qui agace dans tout cela, c'est qu'il existe bien deux poids, deux mesures. Dès que vous faites une modification à un bâtiment et que vous changez l'usage d'un bâtiment, il existe, avec raison, un lot de normes claires, un code du bâtiment rigoureux, des plans à déposer aux municipalités, mais que pour ce changement d'usage, ce renversement, les municipalités n'ont rien à dire, ni probablement le personnel compétent pour juger des travaux. Il faut alors se tourner vers Québec qui a la juridiction en matière de protection du territoire.

Que redoute Mme Beauchamp? Que les audiences du BAPE débouchent sur un débat politique plus large et plus global? Qu'en déclenchant une audience pour ce pipeline, elle déclenche une avalanche de demandes tout aussi légitimes? Politique extérieure, politique intérieure, quel intérêt aurait-elle d'acquiescer à cette demande? Demander une étude du BAPE est-ce faire face à la force d'inertie du gouvernement Charest?

Je peux comprendre qu'«investiguer avant» ne puisse en venir à bout par sa seule force logique d'argumentation. La question fondamentale à laquelle, nous, citoyens, avons à répondre c'est que malgré certains excès bien amplifiés par le désir de controverses des médias à mon avis, nous rallierons-nous à la coalition en présence pour exiger une audience du BAPE peu importe qui la mène?

Dans ce cas précis, comme à Orford où les politiciens ont dû réagir aux inquiétudes des citoyens, seule la volonté populaire pourra ébranler l'inertie du gouvernement.

Estelle Côté

Iron Hill

 

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