Euthanasie: attention, fragile

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Jean-Guy Dubuc
La Voix de l'Est

On vient d'apprendre, par le Globe and Mail, que le Collège des médecins du Québec va présenter cet automne un projet de légalisation de l'euthanasie. Le débat va reprendre, et sûrement violemment. Car, comme le croit le groupe d'étude, la société québécoise a suffisamment «évolué» pour recourir à cette pratique défendue par le code criminel du Canada. On sait que le Québec est la province où l'appui à un changement de la loi est le plus élevé. On en a eu un petit exemple, la semaine dernière, par les lettres des lecteurs qui ont accompagné la nouvelle: les positions sont arrêtées et absolues d'un côté comme de l'autre.

Disons tout de suite que les chances que le projet puisse convaincre le Parlement sont minimes. N'oublions pas que la réglementation concernant l'euthanasie est fédérale et que le gouvernement Harper va faire la sourde oreille. La grande majorité des conservateurs est contre l'hypothèse même d'un débat à ce sujet; et ce serait suicidaire de présenter un tel projet de loi au coeur d'une campagne électorale. Voilà pour la dimension politique.

 

Au plan de la philosophie morale, les approches peuvent varier. Les défenseurs du «mourir dans la dignité» tiennent un argument valable. Le respect de la personne peut signifier un sentiment altruiste, tourné essentiellement vers le bien de la personne aux prises avec une souffrance extrême dans une situation irréversible. À quoi sert-il, pour le malade, pour la famille, pour la société, de garder un patient prisonnier d'un état dont tout le monde connaît l'échéance?

Mais on peut considérer une autre vision des derniers moments. Les équipes des soins palliatifs en sont les experts; et la présidente de la Société canadienne des médecins en soins palliatifs a déclaré que ses membres vont se déclarer contre le projet du Collège québécois. Parce que l'amour, la chaleur, la présence des personnes qui entourent les malades en phase définitive expriment une autre façon d'envisager une «mort digne». Toute aussi respectueuse du malade.

On peut aussi considérer la dimension «pratique» de la solution proposée par le Collège. Celui-ci émet trois conditions pour «passer à l'acte»: respecter la volonté du patient, établir des règles pour éviter les abus et inclure le médecin dans le processus de décision. Cependant, tout cela est bien fragile.

Que le médecin soit présent au moment de la décision est valable. Mais il peut lui-même subir diverses influences de l'hôpital, de ses collègues, de la famille amie ou du malade lui-même. Comme on pouvait lire dans une lettre d'un lecteur de La Presse: «Une piqûre et libérons un lit...»

Ensuite: le patient a-t-il la conscience nécessaire pour exprimer sa volonté? Quelle influence extérieure peut-il subir? Et, situation extrême, qui va décider pour lui s'il n'a plus sa conscience et sa liberté? Pour quels motifs, oserait-on dire, sans les énumérer, «les autres» vont-ils interpréter sa volonté de mourir?

Enfin, comment limiter les abus? Une fois qu'on ouvre la porte au «mercy killing», où s'arrête le droit et où commencent les abus? Où placer le suicide assisté? La pitié est bien relative et les maux humains que l'on dit insupportables bien nombreux. Quelles sont les critères de limite? À quel niveau d'une dépression a-t-on le droit à la piqûre?

Pour les croyants, un autre motif est fondamental: l'être humain reçoit une vie qui est sacrée. Elle ne lui appartient pas; elle lui est prêtée avant de se transformer en un demain plus grand et plus beau, car son être est immortel. C'est là l'essentiel de toutes les fois. Qu'ils s'opposent à une législation qui propose l'euthanasie est normal: le geste contredit le sens même de leur vie.

La loi canadienne, telle qu'elle est aujourd'hui, qui rejoint la législation de la grande majorité des pays de la terre, n'a pas à être changée. Ou alors il faudrait revoir le sens que l'on donne à une «société évoluée».

 

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