L'Estrie devient un laboratoire de chasse

En face de cerfs méfiants et alertes, les... (La Tribune, Luc Larochelle)

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En face de cerfs méfiants et alertes, les chasseurs n'auront pas toujours le temps de faire le décompte des pointes. Dans le doute, ils devront s'abstenir... et espérer revoir la même bête devenue trophée l'année suivante!

La Tribune, Luc Larochelle

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(Sherbrooke) Il n'y a plus d'ambiguïté, les chasseurs fréquentant les zones 6 nord et 6 sud devront se soumettre dès l'automne prochain à des règles spécifiques qui feront de l'Estrie un laboratoire québécois pour tester un nouveau mode de gestion du cerf de Virginie.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, a autorisé la mise en oeuvre du projet expérimental RTLB (pour restriction de la taille légale des bois) qui obligera les chasseurs de ces deux zones à être plus sélectifs et à redoubler de vigilance avant de prendre un mâle pour cible.

Au cours des cinq prochaines années, seuls les mâles avec un panache ayant au moins trois pointes d'un côté pourront être récoltés. La longueur minimale exigée pour chaque pointe est de 2,5 cm (1 pouce). Elle ne doit pas être confondue avec la longueur minimale de 7 cm qui demeure la règle applicable dans les autres zones du Québec pour établir qu'un daguet (spike) peut être abattu en toute légalité.

Pour mieux saisir ces nuances, référez-vous à l'illustration ainsi qu'au résumé des changements accompagnant ce texte, des informations que vous retrouverez également sur le site http://mffp.gouv.qc.ca/nouveau-projet-experimentation-chasse-cerf-virginie/.

En protégeant les jeunes mâles dans les deux zones ciblées, Québec veut rehausser le défi de même que la qualité de la chasse. « Le Québec s'engage dans l'innovation avec l'Estrie, une région dont le cheptel de cerfs de Virginie a une structure d'âge se prêtant à une pareille expérience. Cinq ans dans la vie d'un cheptel, c'est une période suffisante pour observer si les mâles gagneront en âge et en poids, comme cela est anticipé ».

Le ministre Blanchette est conscient que la chasse sélective ne plaira pas à tous. Là où ce mode de gestion a été implanté, la transition a provoqué une chute significative de la récolte - jusqu'à 30 pour cent - au cours des premières années.

« C'est une demande qui émane des chasseurs et nous avions des pressions pour tester le modèle dans d'autres régions du Québec. Notre choix a été de se limiter pour l'instant à un seul endroit afin d'avoir la meilleure lecture possible quand viendra le moment de décider s'il est souhaitable de l'appliquer ailleurs au Québec », répond-il à ce sujet.

Les évaluations biologiques préalables étaient prêtes depuis longtemps. Le long conflit avec les juristes de l'État a compliqué la fin de parcours, a admis le ministre.

« La démarche nécessitait plusieurs modifications et il fallait s'assurer que les nouveaux règlements ne viendraient pas en contradiction avec d'autres », résume-t-il.

Cette expérience aura un coût qui sera en partie défrayé par les participants. Le permis de chasse au chevreuil demeure universel et valide dans toutes les zones de la province. Toutefois, un permis RTLB coûtant 10 $ devient obligatoire en sus du permis régulier pour quiconque voudra chasser le chevreuil dans les zones 6 nord et 6 sud.

Le calendrier des saisons est également modifié. La période de poudre noire est intercalée entre celle de l'arc-arbalète et celle de l'arme à feu. « Cette modification est conforme à nos attentes. Par contre, nous aurions préféré que la période à l'arme à feu soit décalée afin que les mâles matures participent à la période d'accouplement avant de subir une pression de chasse trop forte. On nous a répondu que trop de changements en même temps risquaient de brouiller les résultats. Dans l'ensemble, nous sommes relativement satisfaits. Surtout heureux que le signal de départ soit enfin donné », réagit Michel Dufort, le président de la section estrienne de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs, qui est impliqué dans le dossier depuis plus de dix ans.

Ce dernier rappelle que deux consultations, l'une effectuée en 2009 par la Fédération ainsi qu'un sondage commandé par la suite par le gouvernement, ont révélé que deux chasseurs sur trois étaient favorables à cette transition.

Préparons-nous à la vivre, car elle n'est plus que promesse!

Une pression accrue sur les cerfs sans bois

En même temps que la décision ministérielle d'aller de l'avant avec le projet RTLB, arrivent celles du nombre de permis qui seront émis cette année par tirage au sort pour les cerfs sans bois. Cette récolte sera beaucoup moins libérale qu'elle ne l'était dans les zones 6 nord et 6 sud puisqu'elle devient contingentée durant la saison à l'arme à chargement par la bouche, comme elle l'est depuis plusieurs années pour l'arme à feu.

Les gestionnaires fauniques ont fixé le nombre de permis à 8500 dans la zone 6 nord et à 5000 dans la zone 6 sud.

« C'est une augmentation de 177 % dans la première zone et de 70 % dans la seconde. Le démarrage du projet expérimental n'a été qu'un des facteurs pris en compte. Ces chiffres ont également été déterminés à la lumière des inventaires aériens réalisés ces derniers mois ainsi qu'en tenant compte de la rigueur du dernier hiver », explique la biologiste Sonia de Bellefeuille qui assurera la coordination du projet RTLB.

Un haut taux de mortalité naturelle aurait obligé les scientifiques à se montrer plus prudents. Or, les cerfs de l'Estrie viennent plutôt de vivre un deuxième hiver consécutif plutôt clément, des conditions favorables poussant le cheptel à la hausse.

Cet ajustement du nombre de permis pour les cerfs sans bois ne compensera pas toutefois entièrement la baisse de récolte qui résultera de la protection des jeunes mâles.

Bon an mal an, ceux-ci représentaient près de 70 % des mâles abattus par les chasseurs. De plus, en proportion de la récolte totale enregistrée dans la zone 6 sud, le segment des mâles a compté pour 60 % en 2016.

« Il a toujours été clair qu'il y aurait des répercussions à ce niveau au cours des deux premières années. Dès la troisième année, le nombre de mâles matures devrait toutefois augmenter », rappelle Mme de Bellefeuille.

Les cerfs naissent au printemps. Considérés comme des faons, les mâles de la présente portée devront davantage se méfier des chasseurs l'automne prochain que leurs aînés de la cohorte 2016, âgés d'un an et demi, qui vont bénéficier de la protection réglementaire annoncée.

« Une minorité seulement de mâles développe en seulement 18 mois un panache qui sera légal cette année, comme il est aussi vrai qu'une minorité de mâles de deux ans et demi ne répondra pas à ces critères l'an prochain », précise la biologiste.

Soulignons par ailleurs que 4000 permis seront délivrés dans la zone 4 qui se trouve également en Estrie. Les chasseurs intéressés à participer au tirage au sort ont jusqu'au 31 mai pour s'inscrire auprès de la Sépaq.




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