Je suis orphelin

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Je signe et je persiste : nager 34 ou 42 km, c'est encore plus exigeant et éreintant qu'un triathlon Ironman.

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(Magog) COMMENTAIRE / Je suis orphelin depuis lundi, tôt en matinée. Orphelin de la Traversée internationale du lac Memphrémagog (TILM) depuis que le sauvetage espéré ne s'est pas concrétisé.

Si vous êtes d'accord, je vais laisser tomber les raisons qui, selon moi, ont causé ce naufrage. Je vais plutôt vous entretenir de ma relation privilégiée, au-delà de ce que mon métier me procurait, que j'ai eu avec ce sport et surtout avec ses principaux acteurs : les athlètes eux-mêmes. Pas seulement moi, mais aussi mon épouse Raymonde et ma fille Marie-Pier.

Nous avons été famille d'accueil, grâce surtout à Raymonde, qui s'assurait que notre nageur ne manque de rien. Les plats qu'elle cuisinait pour notre invité ont fait bien des jaloux dans la confrérie des nageurs. Une année, toute la famille d'un nageur s'était déplacée chez moi pour une semaine. Un beau matin, le seul garçon de la famille a murmuré le mot papa pour la première fois... dans mes bras. On a tous pouffé de rire. Raymonde et moi étions aussi énervés que nos distingués invités. Je me souviens aussi d'une soirée bien arrosée à la maison avec une dizaine de nageurs qui venaient de sortir de l'eau à peine quelques heures plus tôt. Et la liste pourrait s'allonger, croyez-moi.

Ma fille Marie-Pier a été entraîneure et a vécu le marathon de nage d'un bout à l'autre comme bien peu de personnes ont eu la chance de le faire. Assurer les préparatifs à la maison les journées précédant le marathon, comprendre le langage corporel et les signaux du nageur, les mélanges de nourriture et de boisson énergisante à connaître et à préparer dans l'embarcation le jour de la compétition, Marie-Pier vivait le marathon à cent kilomètres heure Et moi qui dévorais ces moments et ces informations autant que Marie-Pier.

En première ligne

Personnellement, en plus d'être attaché à la couverture du volet sportif de la TILM pour le compte de votre quotidien, j'ai aussi contribué à ma façon à l'événement. Relationniste dans les années 80 et à l'animation lors du marathon et du sprint de 2 km dans les quatre ou cinq dernières années, je m'organisais toujours pour être dans l'entourage des nageurs et nageuses.

Dans les faits, et cela n'est pas pour reprocher quoi que ce soit à quiconque, j'étais plus proche des athlètes que les dirigeants de la TILM, qui avaient aussi d'autres chats à fouetter. Moi, j'étais en première ligne. Pas pour rien que les médias me couraient après pour connaître mes impressions, mes prédictions, etc. J'ai toujours collaboré avec tous les médias, ce qui n'était pas sans les surprendre, connaissant qui était mon employeur. Pas compliqué, j'étais d'abord et avant tout un amoureux de la discipline et des nageurs. Je signe et je persiste : nager 34 ou 42 km, c'est encore plus exigeant et éreintant qu'un triathlon Ironman. Vous avez le droit de ne pas partager mon opinion, mais pour avoir déjà suivi quelques marathons à côté des nageurs sur l'eau pendant 42 km, je leur voue un respect sans limites. Et quand je pense aux pauvres bourses qu'on leur accorde partout dans le monde, mon admiration quintuple.

Les spectacles, les feux d'artifice, ça ne me manquera pas pour la simple et unique raison que nous en sommes entourés. Mais la nage longue distance en eau libre avec les meilleurs spécialistes de la discipline provenant de toutes les régions du monde qui venaient nous donner une leçon de courage, de puissance, d'endurance, c'est irremplaçable, tout simplement.

Chers nageurs et nageuses, merci pour ces moments inoubliables que j'ai accumulés depuis 1979, année de la première édition de la TILM.

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