Au secours de l'esturgeon

Il n'y aurait plus d'esturgeons jaunes à la... (Photo, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs)

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Il n'y aurait plus d'esturgeons jaunes à la hauteur de Sherbrooke et le service d'aménagement de la faune, dirigé en région par le biologiste Sylvain Roy, a relevé un préoccupant débalancement des sexes dans la rivière Saint-François entre Windsor et Drummondville. Québec a réagi en imposant aux pêcheurs une remise à l'eau obligatoire de cette espèce captive des barrages.

Photo, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Le poisson géant de 29 kilos (63 lb) capturé en 2007 à proximité de l'usine Kruger est possiblement le dernier esturgeon à avoir vécu dans la rivière Saint-François à une distance aussi éloignée du fleuve Saint-Laurent. L'espèce serait disparue entre Windsor et Sherbrooke.

En réaction à des signes de danger perçus par le service d'aménagement de la faune dans la portion comprise entre Windsor-Drummondville, Québec a imposé le mois dernier la remise à l'eau obligatoire de tous les esturgeons pêchés dans la zone 6.

L'esturgeon jaune est à la faune aquatique ce que l'éléphant est à la faune terrestre. C'est un poisson de grande taille, qui vit longtemps mais dont le cycle de reproduction est lent.

Les mâles ne sont actifs sexuellement qu'aux deux ans, les femelles seulement aux cinq ans et les uns comme les autres ne commencent à participer à la reproduction qu'une fois qu'ils ont atteint l'âge de 25 ans.

Autre particularité, bien que capables de remonter le courant sur de longues distances, les esturgeons sont captifs des barrages.

« Nous n'avons recensé aucun esturgeon lors de nos pêches expérimentales au filet entre Brompton et Windsor depuis les dernières captures rapportées par des pêcheurs sportifs. On ne peut dire de manière catégorique qu'il n'en reste plus un seul, mais il ne faudrait pas s'en étonner car ce tronçon d'une dizaine de kilomètres constitue un habitat faunique restreint et peu propice à leur reproduction », rapporte le biologiste Sylvain Roy, chargé de la faune aquatique pour l'Estrie au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

L'esturgeon pêché à Brompton en 2007 par Samir Mehmedovic - qui avait partagé son aventure mémorable avec les lecteurs de cette chronique - avait été ferré près du barrage Larocque mis en service par la papetière Kruger en 1997. On peut penser que ce poisson était plus vieux que le barrage lui-même car les individus de cette espèce peuvent vivre entre 50 et 80 ans.

Il reste encore des esturgeons en aval du barrage de Windsor, a révélé la pêche expérimentale de l'an dernier. L'équipe dirigée par M. Roy en a pris une centaine dans ses filets en descendant la Saint-François jusqu'à Drummondville. Il s'agit d'un autre tronçon délimité par des barrages empêchant la libre circulation des esturgeons en provenance du Saint-Laurent.

Comme la plupart de ces poissons étaient étiquetés, il a été possible d'établir qu'une vingtaine d'entre eux avaient été capturés plus d'une fois.

« Notre inquiétude tient au débalancement des sexes. Nous avons dénombré 53 mâles et seulement deux femelles. Malgré cela, nous avons bon espoir d'assurer la survie de l'espèce parce que l'une de ces femelles était pleine d'oeufs. Il faut resserrer la vigilance et les moyens de prévention », décrit le biologiste sans toutefois pouvoir expliquer le phénomène.

Des panneaux annonçant la fermeture de la pêche à l'esturgeon ont été installés le long de la Saint-François aux endroits les plus fréquentés par les pêcheurs. Les agents de protection de la faune ont également effectué une tournée de sensibilisation.

Tout pêcheur capturant un esturgeon est prié de contacter la direction régionale de la Faune afin d'ainsi participer à la collecte de données pour les suivis.

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