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Coupe Calder en 1985 : «la faute à Paul Pageau»

Les Canadiens de Sherbrooke, vainqueurs de la Coupe... (Fonds Frederick Zakaib, La société d'histoire de Sherbrooke)

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Les Canadiens de Sherbrooke, vainqueurs de la Coupe Calder en 1985. Pour la liste complète des joueurs, voir la fin de l'article.

Fonds Frederick Zakaib, La société d'histoire de Sherbrooke

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(SHERBROOKE) Il est assez rare qu'on attribue une victoire à un joueur qui n'y a pas participé, mais c'est pourtant ce que fait Claude «Rosie» Larose lorsqu'on lui demande d'expliquer la coupe Calder remportée par les Canadiens de Sherbrooke il y a exactement 30 ans dimanche, le 24 mai 1985. «La coupe Calder, c'est la faute à Paul Pageau», fait-il remarquer non sans une pointe d'humour.

En avant 2-1 en demi-finale de division contre l'Express de Fredericton, le Canadien de Sherbrooke compte alors sur deux gardiens d'expérience devant le filet, Greg Moffett et Paul Pageau (l'oncle de l'attaquant des Sénateurs d'Ottawa Jean-Gabriel Pageau), un duo auquel s'était préalablement ajouté un troisième gardien après qu'il eut été clair que son équipe, les Bisons de Granby, n'allait pas participer aux séries dans la LHJMQ : Patrick Roy.

«Patrick Roy était notre troisième gardien de but et il ne devait pas être sur le banc, relate Larose, mais la femme de Paul Pageau devait accoucher et il s'est donc absenté pour le quatrième match, ce qui a conduit Patrick à être notre réserviste.»

«On perdait 3-0 à un certain moment et Moffett a eu un bris d'équipement (une ganse de jambière). Patrick est entré en scène, on a gagné 5-4 et on ne l'a jamais débarqué par la suite. C'est ça le fait saillant et c'est pourquoi c'est la femme de Paul Pageau qui nous a fait gagner la coupe Calder», résume-t-il.

Mené par son gardien de but, le Canadien a éventuellement défait l'Express en six parties avant de faire subir le même sort aux Mariners du Maine et aux Skipjacks de Baltimore, qu'il a défait en six matchs devant près de 6000 personnes en liesse au Palais des sports.

Pour cette raison, Pierre Creamer, qui agissait alors à titre d'entraîneur-chef et de directeur général, refuse l'étiquette de visionnaire en ce qui concerne sa décision qui aura ultimement mené à ce qui s'avère toujours le seul sacre d'une formation québécoise dans la Ligue américaine de hockey (les As de Québec ont été finalistes à trois reprises).

«C'est une combinaison de plusieurs facteurs, explique celui qui a dirigé le Canadien de Sherbrooke pendant trois saisons. Tu parais pour un génie par après, mais ça s'est fait de façon naturelle. Je savais que Moffett avait de la difficulté à garder les buts à Sherbrooke; ça le rendait nerveux. Quand Patrick est entré en scène, il a profité de l'occasion et je l'ai laissé là. François Allaire a joué un grand rôle pour le développer avec Jean Hamel.»

«Un gagnant»

Tous s'entendent sur le fait que malgré ses épaules frêles, le gardien de 18 ans était capable d'en prendre et qu'il est la grande raison de leurs succès.

«Il sortait du junior, il était gros comme un pou, au point où il ne sortait pas dehors quand il ventait, mais il avait une habileté et une vitesse exceptionnelles et il avait tout pour devenir un grand gardien dans la ligue nationale et il l'a démontré. C'est simple, il m'a donné deux bagues en deux ans», rapporte Serge «Beaver» Boisvert, qui a également fait partie de l'édition championne des Canadiens de Montréal l'année suivante.

«C'était déjà un gagnant, insiste Claude Larose. Il sortait de son filet et bavait les joueurs adverses à 18 ans, il faut le faire!»

«C'est phénoménal ce qu'il a fait, atteste Pierre Creamer. Il avait un bon potentiel et on s'attendait à de bonnes performances, mais ça tient du miracle, tout comme l'année suivante à Montréal. Dans une rencontre, on était surclassés complètement et on perdait seulement 2-1. Gaston Gingras a parlé aux gars dans le vestiaire et on a finalement gagné 4-3, mais si Patrick n'était pas là en début de match, on n'y pensait même pas.»

Du renfort

Mais devant le jeune cerbère, il y a aussi l'histoire d'une équipe qui s'est ressaisie à temps, prend soin de noter Georges Guilbault, qui en était le président. Les Canadiens de Sherbrooke connaissaient beaucoup de difficultés en première moitié de saison et devaient gagner quatre de leurs cinq derniers matchs pour accéder au bal du printemps.

«C'est assez formidable, parce qu'à la base, on ne les faisait pas les séries et qu'on était loin de s'imaginer de les gagner. À un certain moment, ces gars-là ont tous décidé de jouer ensemble et de se rendre loin», souligne M. Guilbault.

En plus de la chimie qui s'est installée, une autre recrue s'est ajoutée en fin de parcours pour compléter le redressement du navire, un dénommé Stéphane Richer, auteur de 120 points en 57 parties dans la LHJMQ qui venait de perdre en finale de la coupe du Président avec les Saguenéens de Chicoutimi.

«On avait une bonne équipe avec Brian Skrudland, Murray Eaves, Serge Boisvert, Gaston Gingras et plusieurs autres, mais honnêtement on ne pensait pas aller jusqu'au bout, confie Claude Larose. Mais quand Patrick a commencé à voler des matchs et Stéphane Richer a commencé à marquer des buts, ça a changé; on avait une équipe pour aller loin. Ils étaient dominants et ils ont complété notre équipe.»

À preuve, dans l'ultime match contre les Skipjacks, Patrick Roy n'a accordé qu'un but et le filet vainqueur est venu de la palette de Stéphane Richer, qui inscrivait son sixième en neuf matchs pour concrétiser la victoire sherbrookoise, un gain dont se souviendront toujours Serge Boisvert et Claude Larose.

«Tu ne gagnes pas souvent dans ta carrière et quand tu as la chance de le faire une fois, c'est spécial. Je porte ma bague tous les jours depuis 30 ans et elle n'est pas à vendre», souligne «Rosie».

«Que tu gagnes dans n'importe quelle ligue, c'est toujours extraordinaire», résume Serge Boisvert.

***

Joueurs figurant sur la photo d'équipe

De gauche à droite, en première rangée : Greg Moffett, François Allaire, John Newberry, Georges Guilbault, Jordy Douglas, Brian Skrudland, Claude Larose, Pierre Creamer, Murray Eaves, Jean Hamel et Paul Pageau. En deuxième rangée : Pierre Gervais, Bobby Dollas, Steven Fletcher, Ted Fauss, Stéphane Richer, Rick Nattress, Gaston Gingras, Jeff Teal, Thomas Rundqvist, John Kordic, Patrick Roy et Bruce Marshall. En troisième rangée : Robert Boulanger, Randy Bucyk, Tom Martin, Michel Therrien, Paul Pooley, Gilles Thibodeau, Serge Boisvert, Perry Pooley, Mike Lalor, Rémi Gagné, Alain Héroux et Steve Smith.

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