Une scène banale? Peut-être, si l'on fait abstraction des 87 bougies soufflées sans difficulté l'hiver dernier par cette énergique dame. Avec 25 marathons au compteur, elle n'entretient aucune intention de ralentir. L'un de ses plaisirs, c'est encore de s'acheter des souliers chez Le Coureur.
« Je me paie la traite », glisse-t-elle, tout excitée.
Son mari partage son excitation. À 76 ans, Daniel Fricker cumule 93 marathons dans son livre de course. Dans ce petit cahier se trouvent entre autres ses chronos des 30 dernières éditions du marathon d'Ottawa. On y trouve aussi ces temps officiels à Québec, New York, Boston, Chicago, Rome...
La course est inhérente à la vie de ce couple depuis 30 ans. Sans objectif précis, sans véritable programme d'entraînement, ils partent trotter chacun de leur côté pour revenir quand bon leur semble. Leur programme se borne au petit agenda de Daniel.
« Est-ce que je devrais avoir un entraîneur? », s'interroge Yolande en toute naïveté comme si l'idée ne lui avait jamais effleuré l'esprit. À l'autre bout de la table de cuisine, Daniel hausse les épaules. Il se décrit comme un coureur sans discipline qui, à l'instar de Forrest Gump, ne court que selon l'inspiration du moment.
« Je sors trois ou quatre fois par semaine pour environ 10 km. Un peu plus quand je me prépare pour un marathon. Mais jamais plus que 32 ou 33 km à la fois », dit-il. L'idée d'un entraîneur, avec un programme et des objectifs, ne semble guère l'enchanter. À l'évidence, il préfère courir sans but comme à ses débuts.
« Ceux qui se fixent des objectifs finissent par se blesser, puis ils lâchent», reconnaît le petit bout de femme.