Le choc des civilisations

Paul Henderson a été le grand héros de... (Archives PC)

Agrandir

Paul Henderson a été le grand héros de cette Série du Siècle.

Archives PC

Partager

(Sherbrooke) Le Canada et l'Union soviétique se sont affrontés, du 2 au 28 septembre 1972, lors d'une série qui visait à déterminer laquelle des deux nations avait la meilleure équipe de hockey. Cette série de huit matchs, quatre furents disputés au Canada et quatre en Union soviétique, a conquis le coeur des amateurs de hockey de partout. Paul Henderson fut le grand héros de cette Série du Siècle, avec son but vainqueur, inscrit à 34 secondes de la fin du huitième match, permettant ainsi au Canada de remporter la série. À coup sûr, l'un des plus grands moments de l'histoire du hockey.

«On Garde Tous Des Souvenirs Personnels Des Grands Événements Comme L'assassinat De Jfk, La Mort D'elvis Ou L'attentat Du World Trade Center. On Se Souvient De Ce Qu'on Faisait Dans Ces Moments-Là. La Série Du Siècle Se Trouve Dans Cette Liste-Là», Croit Marcel Dionne.

L'attaquant drummondvillois a porté les couleurs d'Équipe-Canada lors de cette célèbre confrontation de huit matchs, disputée il y a 40 ans en septembre 1972.

Cette série avait été organisée pour régler la sempiternelle dispute sur la suprématie du hockey mondial.

À l'époque, les Russes et les Tchécoslovaques dominaient la scène amateur. Privé de ses joueurs professionnels et humilié à répétition, le Canada avait décidé en 1970 de bouder le hockey international. Ce boycott est à l'origine de ces matchs.

Cette série est cependant devenue autre chose qu'une simple bataille sportive. L'enjeu a vite débordé largement de la patinoire. «Il faut se remettre dans le contexte de la Guerre froide. C'était une confrontation entre deux systèmes politiques. C'était nous contre les communistes», rappelle Dionne.

Le 2 septembre 1972 au Forum de Montréal, c'est la catastrophe pour Équipe-Canada. À la surprise, les Soviétiques «venus pour apprendre» infligent un revers de 7-3 à «la nation du hockey».

SANS SURPRISE

Charles Thiffault a assisté à cette déconfiture. Âgé de 34 ans, il était professeur à la faculté d'éducation physique et sportive de l'UdeS. Il dirigeait également l'équipe de hockey du Vert & Or. Avec quelques autres intellectuels québécois, il tirait l'alarme depuis quelques années sur la stagnation du hockey nord-américain.

«Je voyais des visages longs dans les gradins du Forum. Les gens étaient décontenancés. Mais moi, je ne pouvais pas m'empêcher d'avoir un sourire en coin. Cette défaite ne me surprenait pas», confie-t-il.

La victoire soviétique était le triomphe du nouveau hockey, pratiqué par des athlètes complets dans un esprit collectif parfait, explique Thiffault. «Leurs cinq joueurs participaient à l'attaque, c'était la même chose en défensive. Alors que leurs attaquants permutaient de position, les nôtres étaient confinés à un jeu de corridors.»

Les Soviétiques étonnaient également par leurs habiletés techniques. Ils démontraient une maîtrise fascinante du patinage et du contrôle de la rondelle. «Nos professionnels, eux, avaient de la difficulté à faire des virages brusques des deux bords», raconte l'ex-entraîneur adjoint des Nordiques et du Canadien dans les années 1980 et 1990.

Le public canadien découvre également un autre style de gardien de but. Il est époustouflé par les prouesses d'un dénommé Vladislav Tretiak. «Il était très fort techniquement. Il établissait les débuts du style papillon», se remémore Charles Thiffault.

RENVERSEMENT

À la suite de ce revers, la presse écrite s'enflamme. Plusieurs chroniqueurs accusent les Canadiens d'avoir bâclé leur préparation, trop confiants de leur supériorité. Marcel rejette ces accusations.

«Nous provenions de différentes équipes. On nous avait choisis pour nos talents individuels. Mais il faut parfois des années pour qu'un trio devienne dominant. Les Russes, eux, étaient en meilleure condition et jouaient ensemble depuis longtemps. C'est bien apparu au premier match», se souvient-il.

La tournée canadienne devient vite une traversée du désert. Au terme des quatre premiers matchs, l'équipe d'Harry Sinden et John Ferguson ne soutire qu'une victoire et une nulle. Une troisième défaite lors du premier match à Moscou la pousse au bord du précipice.

«Il suffisait d'une nulle aux Soviétiques pour remporter la série», souligne Marcel Dionne.

Dans un effort désespéré, les Canadiens renversent cependant la vapeur. Plus robustes et même brutaux, ils signent trois victoires d'affilée malgré un arbitrage contesté. Le but historique de Paul Henderson, à 34 secondes de la fin du dernier match, permet au hockey canadien de sauver son honneur.

Réserviste, Marcel Dionne n'a joué aucun match officiel dans cette série. Ses souvenirs se rapportent surtout à sa découverte du monde communiste. À l'instar des 2500 partisans canadiens, le jeune homme de 21 ans avait ressenti un puissant choc culturel devant l'austérité généralisée et la forte présence militaire.

«L'armée était dans les gradins avec des mitraillettes! Nous n'étions pas habitués à ça!» s'exclame-t-il.

CHANGEMENTS

Bien qu'héroïque, ce triomphe a retardé une révolution nécessaire, croit Charles Thiffault. Rassuré par sa supériorité, le hockey nord-américain s'est enfoncé davantage dans les excès de violence avec les Big Big Bruins et les Broadstreet Bullies avant d'amorcer un virage dans les années 1980.

« Cela prend beaucoup de revers pour convaincre les bonzes de la LNH, tous de la vieille école, de faire des changements», déplore Charles Thiffault, actuellement à la retraite à Sherbrooke après avoir dirigé des équipes professionnelles en Suisse.

Au cours des 15 dernières années, Marcel Dionne est retourné à Moscou à plusieurs reprises à l'invitation de la Fédération russe de hockey sur glace. En février, il a même fait la rencontre du président Vladimir Poutine, un mordu de hockey. Il y retournera encore ce mois-ci avec une vingtaine d'anciens joueurs d'Équipe-Canada.

«Le 40e anniversaire de cette série est une occasion de célébrer pour les Russes», révèle-t-il.

 

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer