Un jour de fin janvier, il y a deux semaines, il fallait se cacher les oreilles et bien serrer son foulard pour marcher sur les plateaux du fjord. «Attache ta tuque!» m'a rappelé en riant un compagnon de randonnée, là où les lignes des barrages électriques Manic-Outardes traversent ce fleuve majestueux.
Sa boutade méritait d'être prise au pied de la lettre.
Les vents de 60 km/h nous fouettaient le visage et nous gelaient les os sous nos pelures de polar et de Gore-Tex. Le paysage glacial était magnifique, mais on ne s'y est attardé que le temps de quelques photos. Vite, vite, on s'est poussé à l'abri dans les arbres... Brrr...
Il faut admettre qu'on n'avait pas abusé des couches de vêtement. Même bien attachée, une tuque légère demeure la meilleure option pour éviter de se liquéfier dans la neige épaisse de Saguenay. Parcourir le sentier hivernal Le Fjord, gratifié d'un dénivelé de 250 mètres, relève plus du défi sportif que de la ballade.
Pendant trois jours, un groupe de cinq journalistes de plein air invités par la Sépaq a testé ce nouveau tracé offert aux raquetteurs. Ce tronçon d'une vingtaine de kilomètres longe le Saguenay dans le secteur d'hiver de La Baie-Sainte-Marguerite, près de Tadoussac.
Jusqu'à l'an dernier, ce sentier n'était pas praticable pendant la saison froide. Primo, l'épais couvert de neige efface toute trace du sentier d'été. Les rares balises se trouvaient complètement enfouies. Deuxio, certains segments escarpés exigeaient le passage par des escaliers incompatibles avec des raquettes.
En partenariat avec le centre de vacances Ferme 5 étoiles, le parc national a donc dessiné un tracé hivernal pour monter plus haut sur les plateaux et contourner les obstacles naturels. Il emprunte de courts tronçons de chemin forestier, de piste de traineau à chien et de motoneige, ainsi qu'un ancien sentier équestre avant de reprendre le sentier d'été.
La journée d'approche est relativement facile. Les six premiers kilomètres, de la route 172 jusqu'à la halte du Béluga, traversent un terrain plat jusqu'aux rives du Saguenay. À l'arrivée au camp rustique de l'Anse à la Barge, le poêle à bois chauffe déjà et les bagages attendent près de la porte.
Partie coriace
Le lendemain, les sacs sont à nouveau transportés en motoneige jusqu'à la Yourte du Faucon Pèlerin. S'y rendre constitue la partie coriace de l'expérience. Comme la tuque, le sac à dos doit donc se faire donc léger. On n'y glisse que diner, collations, gourde d'eau, trousse d'urgence, vêtements secs... et surtout appareil-photo.
Rapidement, le sentier quitte les rives du Saguenay pour prendre de l'altitude. La pente est abrupte, mais l'effort est récompensé à la puissance 10. À cette hauteur, la rivière gelée et engoncée dans ses falaises enneigées se fait grandiose.
Pendant près de cinq heures d'efforts soutenus, on serpente dans une belle forêt de conifères. On descend dans des coulées, on suit des escarpements magnifiques, on observe d'énormes blocs erratiques, mais ce sont les points de vue sur la rivière qui nous laisseront toujours béats.
Comme la veille, un bon feu (et nos bagages) nous attend à la yourte. D'une capacité de sept personnes, elle est équipée de lits superposés, d'un divan, d'une grosse cuisinière de camping et de meubles de cuisine. Les sacs de couchage (-15 C) et des draps d'auberge sont aussi fournis.
La troisième journée est consacrée au retour. Les quatre derniers kilomètres, assez faciles, nous mènent à la ferme 5 étoiles. Ils nous réservent cependant l'un des plus beaux paysages du parcours, une vue plongeante sur l'Anse à Pierrot. On lui tourne le dos à regret avec la seule envie d'y revenir.
3 jours de randonnée (raquette ou ski nordique)
1 nuit en camp rustique
1 nuit en yourte
Transport de bagages pour 3 jours (1 bagage par personne)
À partir de 99 $ par personne (Taxes et tarification d'accès en sus)
Offert jusqu'au 1er avril (selon les conditions d'enneigement)