Obama peut crier victoire, selon le prof Vandal

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Gilles Vandal

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(SHERBROOKE) Établir une stabilité politique en Afghanistan n'a jamais été l'objectif de Barack Obama lorsqu'il a décidé de mener cette guerre. Son but se limitait à éradiquer Al-Qaïda. À ce titre, il peut crier victoire.

Cette thèse est défendue par Gilles Vandal, professeur à l'UdeS et chroniqueur politique à La Tribune, dans son plus récent livre intitulé L'Afghanistan. La guerre d'Obama. Selon M. Vandal, le président sortant est loin d'être un va-t-en-guerre. Il a d'ailleurs longtemps dénoncé la guerre irakienne lancée par George Bush fils. S'il a décidé de tripler les effectifs militaires en 2009 dans le pays de Hamid Karzai, c'est qu'il a jugé ce conflit nécessaire.

« Les idées d'Obama s'inscrivent dans le courant du réalisme chrétien. C'est dans cette vision développée par Reinhold Niebuhr (analyste américain influent du XXe siècle) qu'il s'est retiré de l'Irak pour augmenter ses troupes en Afghanistan avec un objectif clair et limité, c'est-à-dire de détruire Al-Qaïda», explique le docteur en histoire américaine.

Le réalisme chrétien se distingue par l'humilité dans le combat contre le mal. « Ses principes préviennent du danger de se prendre pour Dieu, comme l'a fait par exemple Bush fils. Il a surévalué sa puissance. Il a pensé qu'il pouvait régler tous les problèmes dans le monde», souligne M. Vandal.

Obama ne croit pas pour autant en un pacifisme tous azimuts. Il est convaincu qu'il faut parfois utiliser le mal pour vaincre un mal encore plus grand. C'est pourquoi, hanté par le bourbier vietnamien, il a choisi un combat clair et précis : la destruction des bases d'Al-Qaïda.

« Les médias ont fait grand cas de la mort de Ben Laden. Mais il faut surtout retenir l'élimination de 20 des 30 têtes dirigeantes d'Al-Qaïda et l'anéantissement des infrastructures du réseau en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen», fait remarquer le professeur.

Cet objectif limité n'a pas fait l'unanimité à Washington, raconte M. Vandal. Il consacre d'ailleurs plusieurs chapitres de son livre aux jeux diplomatiques et aux négociations d'Obama pour rallier l'establishment militaire et politique à sa vision morale du monde.

Malgré ces victoires militaires, le président s'est gardé de pavoiser comme le dicte le réalisme chrétien. Le triomphalisme, croit-il, peut se retourner contre le vainqueur. « L'Irak est maintenant aligné sur l'Iran», rappelle l'analyste.

De plus, Obama sait avec pertinence que la guerre contre Al-Qaïda ne sera jamais finie. Le réseau terroriste réapparaît d'ailleurs en Afrique du Nord. Mais cette fois-ci, les États-Unis ne le pourchasseront pas. « Ils se contenteront d'appuyer les pays européens qui veulent s'impliquer dans ce conflit. »

Ce manque de panache ne risque-t-il pas de coûter la présidence à Obama? Gilles Vandal croit plutôt qu'il rassure une partie de l'électorat. « Les Américains savent que leur président ne se comportera pas comme une poule sans tête», dit-il.

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