Pragmatisme et sérénité

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Luc Larochelle
Luc Larochelle
La Tribune

On se croirait déjà en août, sur le plateau de l'une des disciplines que l'Université de Sherbrooke accueillera dans le cadre des Jeux du Canada.

Après avoir pris leurs marques en face de leur corridor respectif, les participants ont plongé dans une piscine de chiffres, si profonde que même le plus illustre médaillé olympique en natation, Michael Phelps, risquerait de s'y noyer.

« Ce sont les conditions propres à un débat. C'est ce qu'on voulait, que les gens se mettent à croire à la démarche », s'est quant à lui réjoui le ministre pompier du printemps érable, Pierre Duchesne, persuadé que « le respect est revenu ».

Est-ce qu'on commence par recoudre les bouts de doigts dont les universités doivent s'amputer cette année pour répondre à votre commande budgétaire avant de parler d'argent neuf? À cette question simple, le ministre Pierre Duchesne ne répond pourtant ni par un oui ou par un non.

« Ce sera un difficile arbitrage pour qu'on puisse en sortir sans que personne ne perde la face et sans se handicaper collectivement. On aurait pu s'éviter tout cela », observe à distance l'ancien président du Mouvement Desjardins, Alban D'amours.

Est-ce le triste constat que le Québec tourne en rond?

« Pas nécessairement, c'est un passage obligé. Il eut fallu réunir ces acteurs et tenir des états généraux avant que n'éclate une crise sociale. Cela avait été envisagé, peutêtre aurais-je dû exercer un peu plus de leadership ou manifester un peu plus d'insistance pour que l'exercice se fasse dans un contexte moins tendu ».

Avant de se hisser parmi l'élite québécoise, Alban D'amours a enseigné à l'Université de Sherbrooke et milité comme syndicaliste au sein du corps professoral. Du temps où il a eu charge du plus gros portefeuille d'épargne du Québec, il a aussi été président le conseil d'administration de l'UdeS (2004-2008).

L'homme a une bonne connaissance du milieu.

C'est sous sa gouverne que l'Université de Sherbrooke a érigé un « campus satellite » à Longueuil au coût de 125 M $, investissement immobilier qui, aux yeux de certains, est symbole d'une concurrence devenue malsaine et d'un débordement de la mission fondamentale des universités.

Le printemps érable a fait surgir certains doutes. Il faut les dissiper, mais en examinant les choses en profondeur.» Je serai toujours à l'aise de défendre cette décision qui avait été prise de manière éclairée et avec l'approbation du gouvernement provincial. Un suivi rigoureux a été exercé et notre gestion a été irréprochable. Si l'Université n'avait pas réalisé ces investissements, une autre aurait dû le faire. Le printemps érable a fait surgir certains doutes quant à la gestion des universités et c'est correct. Il faut les dissiper. Mais en examinant les choses en profondeur».

Tout comme le ministre Duchesne, M. D'Amours est réceptif à une révision du mode de financement. Tout, selon lui, doit être mis sur la table.

« Je veux bien que la gratuité scolaire soit examinée, car il est vrai que d'autres sociétés y sont arrivées. Mais pour choisir cette option, il faut identifier et accepter les répercussions sur d'autres missions sociales. Ça prend une approche globale, sans quoi toute décision, peu importe laquelle, sera mauvaise.

« Il faut mettre le dogmatisme et les débats idéologiques de côté et adopter une approche pragmatique. Pour y arriver, il faut prendre du recul et retrouver une certaine sérénité. Il y a assez d'intelligence et de points de vue articulés dans nos universités pour dénouer l'impasse».

Alban D'Amours émet le souhait que la conférence préparatoire de Sherbrooke pave la voie à un « positionnement salutaire».

« Réalisons bien que l'éducation et le développement du savoir sont parmi les rares leviers sur lesquels le Québec exerce un plein contrôle pour se démarquer économiquement. Nous n'avons pas de contrôle sur la monnaie, la globalisation nous impose les règles internationales du commerce, alors notre capacité d'innovation passe par la qualité et la performance de nos institutions universitaires.

« Il ne faut surtout pas sabrer les budgets de recherche en pensant que ceux-ci devraient plutôt être affectés à des dépenses de fonctionnement. Il ne faut pas remettre en question le développement de la pensée au sens large, car notre société est un tout. Il faut retrouver pleine confiance en nos institutions universitaires sur la base de critères d'excellence».

Si j'ai bien saisi M. D'Amours, le défi à la piscine universitaire de Sherbrooke aujourd'hui est de réunir d'excellents nageurs individuels du 100 m libre au sein d'une équipe de nage synchronisée ?

Grosse commande pour une seule journée.

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