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Les conséquences de la politique d'immigration de Trump pour le Canada

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Depuis huit mois, les actions et décrets belliqueux de Trump concernant l'immigration ont largement contribué à créer un climat d'hostilité aux États-Unis vis-à-vis les immigrants.

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Gilles Vandal
La Tribune

ANALYSE / Depuis deux ans, le président Trump a préconisé la construction d'un mur à la frontière mexicaine et une application plus sévère des lois sur l'immigration. Durant la campagne présidentielle, Trump a promis d'expulser les immigrants sans papiers, les accusant de réduire les salaires des travailleurs américains. Devenu président, il a passé de la parole aux actes en proposant une réécriture complète du système américain d'immigration.

Depuis huit mois, les actions et décrets belliqueux de Trump concernant l'immigration ont largement contribué à créer un climat d'hostilité aux États-Unis vis-à-vis les immigrants. La profonde inquiétude générée dans les groupes immigrants a amené un nombre grandissant d'entre eux à vouloir construire leur vie ailleurs. Cette préoccupation touchant non seulement les 11 millions de personnes sans papiers qui ont peur d'être expulsées et les personnes ayant des visas de travail qui ont peur de perdre ceux-ci, mais aussi des membres de minorités religieuses ou de la communauté LGBTQ.

La politique d'immigration de Trump a aussi d'importantes conséquences immédiates pour le Canada qui est confronté à un nombre sans précédent de demandeurs d'asile. Depuis deux mois plus de 1000 demandeurs d'asile arrivent chaque semaine pour la seule province de Québec. Pour le moment, plus de 80 % des demandeurs d'asile sont d'origine haïtienne.

Ce nombre croissant de personnes se présentant à la frontière canadienne crée un véritable goulet d'étranglement dans le processus d'admission. Car, venir au Canada pour demander l'asile ne garantit pas une obtention de résidence permanente. Loin d'être automatique, le système est régi par des processus stricts d'examen qui sont rigoureusement appliqués. Par exemple, en 2016, 50 % des Haïtiens qui en ont fait la demande se sont vu refusés.

Les discours de Trump sur la déportation et l'interdiction des immigrants jugés indésirables trahissent directement les valeurs américaines inscrites sur la Statue de la Liberté. Cela est d'autant plus vrai que l'administration Trump parraine un projet de loi visant à réduire de 50 % le nombre d'immigrants admis aux États-Unis. En effet, le projet de loi, présentement étudié par le Congrès, vise à freiner l'entrée des immigrants non anglophones, limiter le nombre d'immigrants dont les conjoints sont moins qualifiés et rétrécir le droit de commanditer un parent.

Bénéfices de l'immigration

La politique proposée repose sur une fausse prémisse : les immigrants sont considérés, non comme un avantage économique, mais comme un fardeau. Ce faisant, le projet de loi commet une erreur fondamentale en ne considérant pas que les immigrants, particulièrement les nouveaux immigrants, sont les travailleurs les plus productifs.

D'ailleurs, il existe un consensus parmi les économistes américains à l'effet que l'économie américaine a besoin de l'immigration pour maintenir sa croissance à court et long terme. Justement, c'est le maintien d'un important niveau d'immigration qui a permis aux États-Unis de ne pas souffrir, comme le Japon ou la Russie, des effets négatifs du vieillissement de sa population.

Le projet proposé par l'administration Trump aurait comme conséquence de réduire de 4,6 millions le nombre d'emplois durant la prochaine décennie. Ce faisant, cette mesure réduirait de 2 % la croissance économique par rapport à ce qu'elle est actuellement.

Ici encore, le Canada pourrait bénéficier des politiques d'immigration mises en place par l'administration. Beaucoup d'immigrants potentiels très qualifiés qui aspiraient à partager le rêve américain sont dorénavant incités à choisir une autre destination. Pour beaucoup, le Canada devient alors un choix privilégié.

Ces avantages ne se limitent pas à l'admission de réfugiés qui entraient auparavant aux États-Unis et qui dorénavant choisiront le Canada pour leur premier choix d'un pays où la sécurité et la paix prévalent. En effet, le Canada se démarque depuis 1945 par sa politique d'ouverture à l'égard des réfugiés non seulement par sa stabilité politique et sa promotion des droits humains, mais aussi en étant un endroit qui se démarque par sa qualité de vie et sa politique inclusive.

Si la politique canadienne d'immigration a montré une grande ouverture à la problématique des réfugiés politiques, elle ignore depuis 1965 les critères de race, d'origines ethniques et de religion dans la sélection des immigrants. Par contre, elle privilégie l'âge, l'éducation et les compétences professionnelles et linguistiques comme pouvant apporter une contribution appréciable à la vie nationale canadienne.

Le Canada peut donc non seulement continuer de capitaliser sur les valeurs fondamentales d'inclusion et de protection des droits humains, mais il peut y trouver son propre avantage. Le rêve canadien pourrait ainsi remplacer le rêve américain dans la psyché des immigrants.

Or, la politique canadienne d'immigration a été développée justement autour de l'idée que les immigrants sont au coeur de notre croissance économique. Les avantages sont multiples : attrait d'un plus grand nombre d'étudiants étrangers brillants, augmentation d'investisseurs étrangers, amélioration du statut international du pays sur la scène mondiale.

En adoptant clairement une politique d'immigration qui fait le contrepoids aux mesures mises en place par l'administration Trump, le Canada rehausse son leadership moral international et démontre comment ses politiques sont régies, non par la bigoterie, mais par un souci d'humanité.

En devenant un phare d'espoir pour les immigrants internationaux et les réfugiés, le Canada risque de s'aliéner en partie l'administration Trump. Mais c'est un risque qui mérite d'être pris.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.




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