Charlottesville : un échec en leadership moral

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Franklin D. Roosevelt fut le premier à se positionner véritablement comme président en tant que leader moral de la société américaine. Depuis, tous les présidents américains ont assumé à leur façon et souvent avec brio cette tâche. Le leadership moral est devenu un critère fondamental pour évaluer la performance d'un président.

Or, Donald Trump vient d'échouer lamentablement dans sa gestion de l'affaire de Charlottesville, qui fit un mort et 19 blessés chez les manifestants antifascistes. (...) De nombreux journaux n'ont pas hésité à titrer que l'incapacité de Trump à condamner clairement les incidents de Charlottesville représente plus qu'une erreur politique, ce fut la preuve d'un échec de leadership moral.

Les propos tenus par Trump reposent sur un faux relativisme moral très dangereux. Son insistance pour blâmer les deux parties dans les incidents violents de Charlottesville équivaut à situer sur le même niveau moral les néonazis et les manifestants antifascistes qui protestaient contre le fanatisme racial. Dans les remarques de Trump, les manifestants de gauche apparaissent aussi intolérants que les suprématistes blancs.

Par sa volonté de justifier moralement des positions indéfendables, Trump a démontré non seulement une incapacité à se positionner en leader moral de la nation américaine, mais il a aussi dévoilé sa vraie nature. (...)

La fausse équivalence morale exprimée par Trump n'est pas une erreur de « tweeting », elle représente son mode de fonctionnement. (...)

En suggérant l'existence d'un équivalent moral entre les suprématistes blancs néonazis et le mouvement du KKK avec les manifestants antifascistes qui se sont affrontés au rassemblement de Charlottesville, Donald Trump se trouve à cautionner la politique violente de l'extrême droite. D'ailleurs, David Duke, ancien grand sorcier de Ku Klux Klan, s'est empressé de remercier le président pour « son honnêteté et son courage » en condamnant la présumée violence des « terroristes de gauche ».

En octobre 2015, Trump affirmait vouloir être un « grand fédérateur pour notre pays ». Près de deux ans plus tard et après six mois dans sa présidence, il a échoué lamentablement. (...)

Non seulement il n'a pas réussi à s'élever au-dessus de la mêlée et à tenir un discours inspirant dans la situation, mais plus grave encore, ses propos sont très dangereux. Ils sapent les bases de la démocratie américaine et minent la fibre morale de la nation, annulant ainsi des décennies de progrès vers un pays plus libre et plus inclusif pour tous les citoyens américains.

Réagissant exactement à l'opposé de ce qu'aurait fait Barack Obama, le président Trump n'a pas cherché à rassembler la société américaine face à cette tragédie horrible. Il a été incapable d'utiliser sa position de président pour faire appel aux meilleurs instincts des Américains, en publiant un message unificateur et en précisant qu'il n'y a pas de place dans la vie américaine moderne pour les suprématistes blancs ou leur idéologie tordue. (...)

Si une majorité de républicains ont eu une réaction mitigée face aux commentaires de Trump, indiquant ainsi une volonté de ne pas fragiliser davantage leur formation politique, les propos du président ont semé la discorde et la controverse dans les échelons les plus élevés du parti. Les dirigeants républicains sont de plus en plus préoccupés sur la façon dont Trump est en train de redéfinir l'image à long terme de leur parti.

De nombreux dirigeants républicains ne reconnaissent plus le parti de Lincoln dans Donald Trump. Ils n'ont pas hésité à dénoncer le fanatisme et le racisme des groupes suprématistes blancs comme n'ayant aucune place et ne devant jamais être tolérés dans la société américaine.

Comme l'a noté John McCain, « il n'y a pas d'équivalence morale entre les racistes et les Américains qui s'opposent à la haine et la bigoterie ». Paul Ryan, le président de la chambre, a déclaré par sa part que le mouvement de suprématie blanche était répugnant et que cette bigoterie était contraire aux valeurs américaines.

Les critiques internationales rejoignirent celles des législateurs fédéraux et commentateurs politiques américains. Un large éventail de personnalités publiques partout dans le monde ont condamné les dernières remarques du président Trump.

(...) Trump a eu recours depuis deux ans à une rhétorique tordue qui incitait délibérément à la haine et la division simplement pour un gain politique. Il vient de récolter ce qu'il a semé.

Son refus de condamner fermement un acte répréhensible risque d'avoir des conséquences durables. Ses propos minent sa base politique en aliénant certains républicains comme les électeurs évangéliques. De plus, ils ont semé la colère et la consternation au sein de la majorité républicaine au Congrès. Leur patience a été étirée à la limite. Cela va être encore plus difficile pour le président de faire avancer son agenda.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'UdeS




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