Pour ou contre un registre?

ÉDITORIAL / Le 10e anniversaire de la disparition tragique de Cédrika... (123RF)

Agrandir

123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Le 10e anniversaire de la disparition tragique de Cédrika Provencher, à la fin de juillet, a ravivé le débat sur la mise en place d'un registre public des prédateurs sexuels, une idée qui ne fait pas l'unanimité, mais sur laquelle le gouvernement Couillard devrait au moins accepter de se pencher, ce qu'il refuse de faire jusqu'ici.

S'il est vrai que la majorité des victimes connaissent l'auteur présumé de leur agression, comme le souligne le Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), il n'en demeure pas moins qu'un certain nombre d'agressions sexuelles sont le fait de prédateurs sexuels qui agissent seuls et parfois de récidivistes.

Il y a bien sûr des pour et des contre, mais pourquoi les policiers et les proches des victimes d'agression sexuelle ne seraient-ils pas mieux informés de la remise en liberté des délinquants dangereux et à risque de récidive, comme cela se fait dans d'autres provinces canadiennes, notamment en Ontario, et dans plusieurs États américains?

Les autorités de cette province publient sur Internet le nom, la photo, l'infraction pour laquelle le délinquant a été reconnu coupable et même son adresse dans son arrondissement.

Il existe à l'heure actuelle un registre national des délinquants sexuels, géré par la GRC, à l'usage exclusif des services policiers du pays.

Mais, souligne le sénateur conservateur et ex-président de l'Association de défense des familles de personnes assassinées ou disparues, Pierre-Hugues Boisvenu, ces données valent pour les criminels issus des pénitenciers fédéraux alors qu'il revient aux provinces de divulguer les informations pour ceux des pénitenciers provinciaux.

D'où sa demande que Québec crée un registre provincial public des prédateurs sexuels qui présentent un risque de récidive.

« Il faut au moins signaler aux policiers qu'un individu est remis en liberté et qu'il est à risque de récidive », plaide-t-il.

Il est inadmissible qu'un délinquant sexuel à risque puisse passer sous le radar.

L'an dernier, la Régie de police Memphrémagog avait pris la décision d'aviser la population du déménagement au centre-ville de Sherbrooke du délinquant sexuel Renald Côté, après une peine de 14 ans de prison pour des agressions sexuelles sur sa fille, jugeant que la sécurité de la population avait préséance sur le droit à l'anonymat de cet individu.

La création d'un registre public des délinquants sexuels est sujet de débat au Québec depuis des années.

Parmi les arguments pour un tel outil : il aurait un effet dissuasif et permettrait aux proches des victimes, tout comme au public, d'être informés de la libération et de la présence d'un délinquant sexuel dans un quartier donné.

En revanche, un registre public peut créer un faux sentiment de sécurité, stigmatiser le délinquant et lui causer de la difficulté à garder un emploi et à se loger, donc nuire à sa réinsertion sociale.

En outre, les données pourraient inciter la victime ou ses proches à se faire justice eux-mêmes.

Le Barreau du Québec ne croit pas souhaitable que le registre soit accessible au public en raison notamment « des risques de conséquences sociales comme l'intervention d'un justicier, la propagation de la peur ou, au contraire, d'un faux sentiment de sécurité », rappelant que l'objectif est de rendre « plus efficientes » les enquêtes policières.

Le CALACS de l'Estrie rappelle pour sa part que la majorité des agresseurs ne figurent pas dans le registre national et que, de plus, entre 5 et 10 pour cent seulement des agressions sont dénoncées à la police.

Devant un sujet aussi controversé, le gouvernement québécois devrait au moins peser le pour et le contre et évaluer l'efficacité d'un tel outil dans les provinces et États où il est implanté.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer