Matérialisation de la menace nord-coréenne

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En cinq ans et demi au pouvoir, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a effectué plus de tests de missiles que son père et son grand-père combinés, dont celui du 4 juillet qui a démontré la capacité de frapper l'Alaska.

The Associated Press

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / En janvier 2017, Donald Trump affirmait que son administration ne permettrait jamais à la Corée du Nord de se doter d'un missile intercontinental pouvant frapper le continent nord-américain. Ce que Trump n'a jamais réalisé est la détermination de Kim Jong-un d'atteindre rapidement cet objectif.

Depuis six mois, le programme de missiles nord-coréen, en violation des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, a fait d'énormes progrès. Après avoir effectué une série de lancements en février, Pyongyang a récidivé avec deux nouveaux essais en juillet, franchissant ainsi un nouveau seuil.

Le 4 juillet, Pyongyang démontra sa capacité de frapper l'Alaska avec un lancement de 3000 km, testant ainsi pour la première fois un missile intercontinental, le Hwasoing-14. Le continent nord-américain est ainsi devenu à la portée d'une frappe nord-coréenne.

Un deuxième test survint le 28 juillet. Le missile Hwasoing-14 vola pendant 45 minutes, atteignant une hauteur de 3700 km tout en franchissant une distance de 1000 km. Le missile amerrit à 200 kilomètres de Hokkaido, la principale île du Japon.

S'il avait suivi une trajectoire normale, le dernier lancement aurait pu toucher une cible à 10 400 km de distance. Le régime nord-coréen démontrait qu'il était en mesure de frapper des villes comme Los Angeles, Denver ou Chicago. Dans un avenir rapproché des villes comme Boston, New York ou Washington pourraient donc être atteintes.

Décidément, le programme de missiles nord-coréen est plus avancé que les experts avaient jusqu'ici pensé. Aussi, les deux derniers lancements nord-coréens déclenchèrent l'alarme en Asie et à Washington. D'autant plus que le Nord dispose de près d'une vingtaine d'armes nucléaires qui pourront être bientôt placées sur un missile.

En cinq ans et demi, Kim a effectué plus de tests de missiles que son père et son grand-père combinés. Il a affirmé la détermination de son régime de développer coûte que coûte des capacités technologiques en matière de missiles et d'armes nucléaires.

D'ailleurs, les autorités nord-coréennes sont convaincues que l'obtention d'une dissuasion nucléaire est absolument nécessaire. Elles sont peut-être paranoïaques, mais de leur point de vue, elles ont raison de l'être. Elles perçoivent les États-Unis comme leur véritable ennemi. Résister à l'hostilité américaine représente pour le régime une question de survie.

A priori, les États-Unis n'ont aucune raison de craindre Kim. Le régime leur est peut-être hostile, mais il ne veut pas la guerre. Sa rhétorique truculente reflète plus une faiblesse qu'une force. En se dotant d'armes capables de cibler les États-Unis, Pyongyang cherche d'abord à gagner le respect américain.

Kim n'a aucunement l'intention de lancer une attaque préventive sur la côte ouest. Le jeune dirigeant nord-coréen sait pertinemment qu'un tel geste serait suicidaire. Washington, disposant de l'arsenal nucléaire le plus sophistiqué du monde, pourrait rayer de la carte la Corée du Nord en un instant.

Depuis janvier, Donald Trump ne cesse d'affirmer que son administration allait prendre « toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de la patrie américaine et protéger nos alliés dans la région ». D'ailleurs, en réponse aux essais de février 2017, l'administration Trump a déployé en avril le système de défense antimissile THAAD en Corée du Sud.

Néanmoins, les actions de l'administration Trump n'ont pas réussi à ce jour à faire changer le comportement nord-coréen. Plus encore, le président Trump n'a toujours pas articulé une stratégie globale concernant cette problématique. Entre-temps, la capacité nord-coréenne d'atteindre les États-Unis représente une nouvelle donne.

À bout de patience

L'administration Trump déclare que la période de « patience stratégique » envers la Corée du Nord est terminée et que toutes les options étaient sur la table. Toutefois, le commandant américain en Corée du Sud, le général Vincent Brooks, préconise une autre politique, basée sur la patience et la retenue.

Pour l'instant, l'armée américaine s'est limitée à une démonstration de force en effectuant un exercice de tir réel avec l'armée sud-coréenne comme une démonstration de force en réponse aux derniers essais de missiles.

En effet, le régime nord-coréen représente le plus grand défi international pour l'administration Trump. La stratégie de Kim est simple, mais efficace : faire pression sur Trump et ne lui laisser aucun bon choix. Les options confrontant Trump sont à la fois limitées et risquées.

L'administration américaine dispose de six moyens pour contrer la Corée du Nord : sanctions économiques, pressions internationales, dialogue diplomatique, changement de régime, cyberattaques et force militaire. Ces différentes options ont déjà été pour la plupart utilisées sans grand succès.

Le recours à la force militaire est difficilement envisageable. D'une part, le régime de Kim dispose d'un trop grand nombre de missiles pour qu'une frappe puisse se produire sans risque. D'ailleurs, ceux-ci sont cachés dans des grottes et peuvent être redéployés rapidement. D'autre part, Pyongyang pourrait en représailles utiliser son artillerie le long de la zone démilitarisée pour frapper Séoul, une ville de 10 millions d'habitants.

La solution militaire représente donc un risque évident. Les autorités nord-coréennes parient que Trump, en dépit de toutes ses menaces, ne prendrait pas une telle gageure. Néanmoins, la mise au point de missiles intercontinentaux par Pyongyang constitue une menace croissante pour les États-Unis et leurs alliés.

Un dérapage est donc toujours possible. Un énorme risque existe. D'une confrontation classique, les deux parties pourraient facilement s'engager dans un affrontement nucléaire. La communauté internationale a donc raison d'être anxieuse.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'UdeS




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