Le cadeau du général

Éditorial / Il y a 50 ans aujourd'hui, le président français Charles de Gaulle... (Archives, La Presse)

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

Éditorial / Il y a 50 ans aujourd'hui, le président français Charles de Gaulle prononçait son célèbre « Vive le Québec libre! ». Ces mots ont véritablement ébranlé le Québec, le Canada et la France. De l'avis de tous, ils constituent un moment historique qui a aidé le Québec à réclamer et à prendre sa place au soleil.

« Ç'a été un tournant dans ma vie politique », admet Maurice Bernier. Ancien député du Bloc québécois, le jeune homme de 20 ans voulait « changer le monde » en 1967. C'est cet enthousiasme, dit-il, qui l'a amené à voter pour Pierre-Elliott Trudeau l'année suivante, marqué par le slogan du candidat à la chefferie libérale « C'est le printemps ». Le sang de Maurice Bernier n'a fait qu'un tour au discours du général.

« C'est ce qui a occasionné mon virage, confie-t-il. De Gaulle était un personnage historique. Quand il a dit que le Québec pouvait devenir un pays, j'y ai cru vraiment. À partir de ce moment-là, j'ai voulu m'y consacrer et j'y crois encore. »

Pour sa part, Réal Rancourt a été vice-président de l'Assemblée nationale du Québec. Il a été élu député de Saint-François en 1976 dans le premier gouvernement de René Lévesque. Il aurait bien aimé se trouver devant l'hôtel de ville de Montréal, même si l'événement n'a pas été déterminant dans son propre cheminement politique. Peut-on parler d'un tournant historique?

« Je pourrais dire que oui, admet-il. C'est quelque chose qui a frappé l'imagination pour quelqu'un qui n'était pas dans cette mouvance à l'époque. Cela a eu une résonnance certaine pour ceux qui étaient convaincus et ceux qui ont continué d'évoluer. Disons que nous sommes présentement dans une période basse, mais le temps n'est pas figé. »

Pour le premier ministre, Philippe Couillard, le Québec est déjà « une société libre », désireux sans doute de minimiser l'espoir indépendantiste. À ses yeux, la déclaration du général a certes mis le Québec sur la carte, lui permettant « de se présenter au monde ». Il reconnaît cependant que le discours du général a provoqué un incident diplomatique majeur.

Le terme n'est pas trop fort. Lors de l'Expo 67, tous les chefs d'État débarquaient à Ottawa par avion. De Gaulle a fait un pied de nez au fédéral en choisissant de traverser l'Atlantique à bord du croiseur Colbert pour arriver à Québec. À la suite de son discours et devant la colère du premier ministre canadien, Lester B. Pearson, il est reparti par avion, sans passer par Ottawa... et sans emporter son cadeau.

Le gouvernement fédéral voulait lui offrir un coffret souvenir, une oeuvre de l'artiste David Chavel devant représenter les traditions et l'avenir du Canada. Le coffret est composé de bois exotiques, d'ivoire d'éléphant (permis à ce moment) et de marbre, le tout cimenté avec de l'argent. À la suite de l'incident, l'oeuvre s'est retrouvée au fond d'un placard du parlement jusqu'en 1975, puis confiée au Musée de l'Homme dans le plus grand secret. Le Musée des civilisations à Gatineau en a par la suite pris possession et a jugé en 1992 qu'il était temps de lever le voile sur l'objet maléfique. Celui-ci a d'ailleurs été exposé de 1994 à 2004. Il est maintenant retourné dans la collection de l'institution, depuis rebaptisée Musée de l'histoire du Canada. Le coffret n'est pas revenu en montre avec la réouverture récente de la Salle de l'histoire canadienne. Au 75e anniversaire peut-être.




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