Le Canada, une nouvelle Silicon Valley?

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / L'arrivée au pouvoir de l'administration Trump n'a pas représenté économiquement parlant une bonne nouvelle pour le Canada. Près de 300 milliards $ de produits canadiens et plus de 30 milliards $ de biens de services passent chaque année du Canada vers les États-Unis. Or, en plus de vouloir renégocier l'ALENA, l'administration Trump propose des modifications importantes dans les taxes frontalières et la mise en place d'une politique de Buy America. Ces différentes politiques ne peuvent qu'avoir des incidences négatives sur l'économie canadienne.

Si plusieurs politiques mises en place par l'administration peuvent affecter négativement le Canada, il y en a une dont le pays peut largement profiter : les nouvelles réglementations américaines touchant l'immigration. En effet, les entreprises américaines de haute technologie se sont montrées très critiques de l'attitude anti-immigration de l'administration Trump.

Le succès technologique des États-Unis dépend largement de la capacité américaine d'attirer des talents du monde entier. La venue d'étudiants et de scientifiques étrangers a permis aux entreprises américaines de se démarquer depuis plus d'un siècle.

Mais la multiplication des formalités administratives depuis près de 20 ans a déjà rendu l'économie américaine moins compétitive. Le secteur de la haute technologie est particulièrement touché par le manque de travailleurs américains qualifiés. Uniquement dans le secteur informatique, les États-Unis créent chaque année plus de 500 000 emplois. Or, seulement 43 000 Américains obtiennent chaque année un diplôme universitaire en informatique.

Ce manque de main-d'oeuvre hautement qualifiée était en partie compensé par la présence de quelque 20 000 étudiants étrangers qui obtiennent chaque année des diplômes d'études supérieures en informatique dans les universités américaines. Ces étudiants étrangers se voyaient offrir un emploi par des entreprises américaines de haute technologie. Le renforcement des règles sur l'immigration ferme potentiellement les portes à ces jeunes ingénieurs et développeurs de logiciels d'origine étrangère.

Par ailleurs, le gouvernement américain accorde aussi 85 000 visas H-1B chaque année pour combler les besoins de compétences que les entreprises américaines ne peuvent trouver dans le pays. Or, les demandes en haute technologie sont depuis une décennie trois fois supérieures au nombre de visas accordés par ce quota.

En dépit du manque criant de travailleurs américains hautement qualifiés, l'administration Trump a introduit une nouvelle politique forçant les entreprises américaines à faire des efforts supplémentaires pour recruter des travailleurs américains.

Ainsi, l'obtention rapide de permis de travail et de visas temporaires pour les étrangers hautement qualifiés est devenue de plus en plus difficile. Dans sa révision du programme de visa

H-1B, l'administration Trump a doublé les frais de gestion et mis fin à tout traitement accéléré de ces demandes. En conséquence, le nombre de demandes a fortement diminué en 2017.

En plus d'être situé en Amérique du Nord, le Canada offre une qualité de vie à bien des égards supérieure à celle des États-Unis. Si les salaires y sont légèrement moins élevés et les impôts plus élevés, les résidents du Canada bénéficient d'un environnement plus sécuritaire, d'un coût moins élevé de logements, de frais de scolarité très inférieurs, de soins universels de santé et de médicaments gratuits, etc. Ces avantages sont attrayants non seulement pour les travailleurs hautement qualifiés d'outre-mer, mais aussi pour les Américains.

Les entreprises technologiques canadiennes n'ont pas la taille ou l'importance de celles de la Silicon Valley. Néanmoins, le Canada a développé dans la région de Vancouver et dans le corridor Waterloo-Toronto deux pôles technologiques qui se démarquent avantageusement au plan mondial.

En ce sens, le Canada représente un endroit très intéressant pour les entreprises américaines en haute technologie. D'ailleurs, plusieurs grandes entreprises américaines comme Google, Facebook, IBM et Amazon ont décidé d'établir des bureaux satellites au Canada.

Profitant de la situation, le Canada a entretemps adopté une politique facilitant l'octroi rapide de visas. Un programme pilote de deux ans, s'adressant particulièrement aux entreprises innovantes, a été mis sur pied réduisant d'un an à seulement deux semaines les délais d'obtention d'un visa de travail et de résidence temporaire pour des travailleurs hautement qualifiés.

Par ailleurs, le Canada et différentes provinces ont assoupli les règles bureaucratiques touchant les politiques de recherche et de développement technologique. De plus, une campagne publicitaire a été lancée et des allégements fiscaux ont été accordés pour attirer à la fois des entreprises et des travailleurs de la Silicon Valley au nord du 49e parallèle.

La politique canadienne ne se limite pas à attirer des talents étrangers ou américains. Le Canada cherche aussi à inciter une partie des 350 000 Canadiens qui travaillent dans la Silicon Valley à revenir au pays. De manière pragmatique et réaliste, la politique mise en place par Ottawa et les provinces offre aux Canadiens talentueux en haute technologie des possibilités d'emplois des plus intéressantes.

La politique d'immigration canadienne contraste ainsi avec celle mise en place aux États-Unis par l'administration Trump. Le Canada ne peut pas manquer une telle opportunité. Le moment est idéal pour inciter les plus grands talents mondiaux dans le secteur de haute technologie à venir s'installer au Canada.

Le Canada pourrait ainsi devenir un pôle mondial majeur dans des domaines aussi variés que les technologiques propres, les super ordinateurs et l'intelligence artificielle. Le Canada a la possibilité de devenir une sorte de nouvelle Silicon Valley. Et pour cela, il doit en grande partie remercier Donald Trump.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'UdeS




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