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ÉDITORIAL / La célérité du gouvernement Trudeau pour légaliser la marijuana à... (Archives, La Presse canadienne)

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / La célérité du gouvernement Trudeau pour légaliser la marijuana à compter de juillet 2018, malgré les mises en garde des responsables de la santé publique, le manque de consultation avec les provinces et un appui mitigé de la population, s'explique mal.

Est-ce pour faire oublier son double langage sur la question des changements climatiques et son appui aux projets de pipelines ? Pour cacher son inaction dans le dossier du blogueur Raïf Badawi ? Ou encore parce qu'il anticipe de généreuses recettes fiscales pour réduire le déficit fédéral ?

Les libéraux fédéraux avaient annoncé en campagne électorale leur intention de légaliser cette drogue « douce » et ont été élus.

Mais bien des questions demeurent sans réponses, d'autant plus que rien ne garantit que les objectifs du projet de loi fédéral, soit prévenir la consommation chez les moins de 18 ans et contrecarrer le crime organisé, sont réalisables, voire réalistes.

Le « pot » thérapeutique soulage la douleur des personnes atteintes de cancer, dit-on, mais quant à savoir s'il apaise aussi le mal de l'âme ou engendre plutôt des problèmes de santé mentale chez certains consommateurs, c'est une autre histoire.

S'il faut reconnaître que les libéraux fédéraux font preuve d'une certaine audace en voulant remédier à l'échec des lois actuelles sur la prohibition de cette drogue et en rejoignant ainsi les quelques États américains qui l'ont légalisée, notamment la Californie, le Colorado et l'Oregon, il ne faut pas s'attendre à ce que cela soit une solution miracle.

La légalisation de ce produit et l'encadrement de sa production ne le rendront pas inoffensif pour la santé et ne transformeront pas les revendeurs illégaux en paisibles commerçants ou en retraités heureux d'avoir fait avancer la cause.

Selon la criminologue Maria Mourani, les groupes criminels vont pénétrer le marché légal et développer un marché parallèle pour offrir de la marijuana à moindre coût aux mineurs.

La consommation de marijuana, dont la concentration en THC n'a rien à voir avec celle du « pot » des années 70, peut engendrer une dépendance psychologique, des troubles anxieux et même la dépression chez les consommateurs réguliers.

L'Association médicale canadienne souligne à ce propos que les jeunes sont particulièrement sujets aux préjudices liés à cette drogue, car leur cerveau est en plein développement.

Il est vrai que la lutte au trafic de cette drogue coûte des milliards $ par année aux gouvernements, que son commerce illicite enrichit le crime organisé et que les Canadiens sont parmi les plus grands consommateurs de celle-ci au monde.

Alors, autant essayer d'encadrer tout cela.

De plus, la légalisation de cette drogue emblématique de la révolution hippie des années 60 et le fort potentiel de croissance du marché licite font saliver les entreprises productrices et les fonds de placement qui anticipent des milliards $ en revenu.

Même la paisible municipalité de Weedon se réjouit d'un projet de serre de production de marijuana médicinale de 200 millions $.

Bref, les scrupules d'hier s'effacent devant les promesses de retombées économiques, d'emplois et de revenus fiscaux.

Mais tout cela soulève quand même énormément de questions sur l'organisation de la distribution, qui devrait relever des provinces, le taux de concentration en THC (la substance responsable des effets psychoactifs) du futur « pot » légal, les risques liés à la conduite automobile et la santé publique.

Le gouvernement Trudeau s'est placé dans une position difficile : s'il ne fait rien, le marché illégal va continuer de fleurir et sa répression va encore coûter des milliards $ par année en fonds publics.

En revanche, la légalisation risque de banaliser et d'encourager la consommation, avec les problèmes qui s'en suivront.

Il reste l'éducation et la sensibilisation. Mais était-ce une priorité ?




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