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Les dessous de la Confédération canadienne : politicailleries et autres tractations

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Je vous invite à remonter dans le temps et à explorer ce passé pas si lointain que fut la mise en place en 1867 de l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique que nous connaissons mieux sous l'appellation de Confédération canadienne.

À cette époque, la Grande-Bretagne possédait cinq colonies en Amérique du Nord, soit celle du Canada-Uni (Québec et Ontario), de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l'Ile-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve.

Des tractations s'effectuèrent de façon plus intensive à partir de 1864 entre les dirigeants de ces colonies afin de les unir en une seule province. Mais pourquoi donc? Le Canada-Uni venait d'apprendre que les États-Unis ne renouvèleraient pas l'entente économique qu'avait été le traité de réciprocité signé en 1854. De plus, les dirigeants de la province du Canada-Uni ainsi que ceux de Grande-Bretagne craignaient toujours une invasion américaine qui aurait eu pour effet d'annexer la province au grand tout américain. Pour solutionner ces problèmes, on avait mis de l'avant un plan qui consisterait à unir toutes les colonies qui étaient sous la juridiction de la Grande-Bretagne, d'y construire un réseau de chemins de fer qui les relierait afin d'y favoriser les échanges commerciaux. Mais comment y arriver? Pour certains, dont le co-premier ministre John A. McDonald du Canada-Uni, il fallait mettre en place un gouvernement central fort qui gèrerait les provinces en leur accordant certains pouvoirs; pour d'autres, dont le co-premier ministre George-Étienne Cartier, aussi du Canada-Uni, ainsi que les autres premiers ministres des autres provinces, il fallait que les provinces détiennent des pouvoirs beaucoup plus importants et ne laisser qu'à l'administration fédérale les pouvoirs reliés à la monnaie, à la défense et à la poste. Et quelle vision du fédéralisme canadien l'a emporté? Ce fut celle de John. A. McDonald! Comment s'y est-il pris pour l'emporter? C'est là qu'entrent en jeu les tractations entreprises par le futur premier ministre du Canada.

1. Il lui fallait l'appui du Québec

Il lui fallait dans un premier temps convaincre son homologue du Canada-Uni, George-Étienne Cartier, qui souhaitait, pour sa part, non seulement protéger les intérêts du Québec francophone dans ce nouvel ensemble à majorité anglophone, mais aussi, faire en sorte que les provinces soient en mesure de gérer le territoire sans devoir obtenir l'approbation du gouvernement central. McDonald fit comprendre à Cartier les bienfaits d'une juste administration qui prendrait en compte les besoins de chacune des provinces et que le fait français serait, bien entendu, protégé au... Québec. Sur ces promesses, Cartier devint un apôtre d'un gouvernement central fort! En devenant une province dans le système confédératif, le Québec voyait son poids démographique chuter à 35 %, le rendant minoritaire et fragilisé. Mais, comment se fait-il que les élites canadiennes-françaises aient accepté le projet de fédération, sachant que leur poids politique allait être encore plus dilué?

2. Il lui fallait l'appui du clergé catholique

Les conservateurs de McDonald et Cartier firent une alliance avec le clergé catholique en lui faisant miroiter de substantiels gains dans la construction du chemin de fer dans lequel il avait investi : les conservateurs soulignaient que si les Libéraux l'emportaient aux élections, l'idée de la construction d'un chemin de fer serait mise au rancart... créant une perte sur les investissements du clergé... Mais l'arme la plus efficace pour convaincre le clergé d'appuyer le Parti conservateur fut la crainte de voir les Libéraux prendre le pouvoir, eux qui se disaient anticléricaux, en faveur de la laïcité, de l'annexion avec les États-Unis, et contre le projet d'union des colonies britanniques de l'Amérique du Nord. Ainsi dépeints, les Libéraux se dirigeaient vers une défaite certaine au Canada-Uni lors de cette élection, quand l'on sait toute l'influence qu'avait le clergé catholique sur les habitants du Québec d'alors.

3. Il lui fallait l'appui des Réformistes du Haut-Canada (Ontario)

Parmi les tractations de McDonald, il y eut également la mise en place d'une alliance un peu contre nature : en effet, il réussit à convaincre le chef du parti des Clear Gritts, George Brown, parti dont les idées politiques rejoignaient celles du Parti libéral du Bas-Canada, mais un pourfendeur des Canadiens-français et un anticatholique notoire.

Cette nouvelle alliance mit les membres du clergé catholique dans l'embarras, mais cela apparaissait moins pire à leurs yeux que l'élection du Parti libéral qui prônait la séparation de l'Église et de l'État! De plus, le secrétaire de l'évêque de Québec était le frère du député Langevin, important porte-parole du Parti conservateur, aussi de Québec, ce qui facilitait les rapports entre les deux groupes en présence. Cette nouvelle alliance choqua les membres du Parti libéral du Canada-Uni qui se voyaient privés d'un allié!

4. De conférences en tractations

Après une première rencontre en 1864, celle de Charlottetown, pour discuter de ce projet d'union des colonies, il y en eut une deuxième, à Québec : le Parti libéral du Canada-Uni ne fut même pas invité par le Parti conservateur à ces discussions sachant qu'il s'y opposait! De plus, les représentants de Terre-Neuve et de l'Ile-du-Prince-Édouard refusèrent de signer l'accord : ils souhaitaient le soumettre à leur législature respective, ce qui leur fut refusé étant donné que les 72 Résolutions devaient être acceptées comme telles par toutes les chambres d'Assemblée des colonies, sans amendements! Les dirigeants du Nouveau-Brunswick qui étaient en faveur du projet confédératif furent battus aux élections. L'opposition libérale du Bas-Canada exigea que le projet soit soumis au vote de la population. Mais comme la victoire anti-confédéraliste l'emporta en 1865 au Nouveau-Brunswick et que les leaders du Parti conservateur du Canada-Uni craignaient qu'une telle victoire se matérialise au Bas-Canada (Québec), la Chambre d'Assemblée du Canada-Uni vota une résolution stipulant que cela n'était pas nécessaire de procéder à un appel au peuple, car les députés, élus par la population, pouvaient prendre cette responsabilité au nom du peuple! Mais ce n'est pas tout. Cartier et McDonald entreprirent une « mission » politique au Nouveau-Brunswick qui consistait à envoyer des évêques dans les paroisses pour convaincre les paroissiens de reconsidérer leur choix effectué lors de cette dernière élection : une somme de 400 $ fut même remise aux évêques pour défrayer les coûts de l'opération séduction! Et de nouvelles élections eurent lieu en 1866 au Nouveau-Brunswick, et devinez quoi? Les partisans de la Confédération reprirent le pouvoir!

Ce qui s'est passé lors de l'élection de 1867 au Canada-Uni n'est pas digne des règles démocratiques : 20 députés conservateurs furent élus par acclamation... les candidats libéraux ayant été soit « achetés », soit enlevés le jour de l'assermentation! De plus, dans 41 comtés sur 65, les victoires conservatrices ne connurent qu'un écart moins de 10 % sur les libéraux... la peur de certains électeurs ou même leur enlèvement ayant profité aux conservateurs!

Luc Guay, Ph.D, didactique de l'histoire

Professeur retraité de l'Université de Sherbrooke




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