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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Après avoir négligé l'éducation au cours des dernières des années au nom de la rigueur budgétaire et ignoré les récriminations des enseignants comme des parents, le gouvernement Couillard a annoncé hier sa très attendue Politique sur la réussite éducative.

Il s'agit d'un changement de cap salutaire de la part des libéraux, mais qui cache peut-être mal une motivation électoraliste à moins de 18 mois du prochain scrutin provincial.

Toutefois, il n'est jamais trop tard pour bien faire : la Politique de réussite éducative 2017-2030 dévoilée hier à la suite d'une vaste consultation entend faire passer le taux de diplomation chez les élèves de moins de 20 ans de 74 pour cent, actuellement, à 85 pour cent d'ici 2030.

Pour ce faire, Québec prévoit investir 1,8 milliard $ sur cinq ans pour embaucher 7000 nouveaux professeurs, professionnels et éducateurs spécialisés, dont 1500 dès la rentrée 2017.

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, dit baser sa stratégie sur un dépistage précoce des problèmes d'apprentissage chez les 0-8 ans, sur la valorisation du rôle des enseignants et des « équipes-écoles », de même que sur l'alphabétisation.

Le ministre mettra également en place un groupe de travail sur l'excellence en éducation, étendra l'accès à la maternelle 4 ans et analysera la possibilité de rendre l'école obligatoire jusqu'à 18 ans, comme en Ontario où le taux de diplomation est passé de 68 % en 2004 à 86 % aujourd'hui.

Il faut saluer ces objectifs après des années de compressions budgétaires dans les services aux élèves, y compris dans l'aide aux devoirs et l'aide alimentaire aux enfants des milieux défavorisés, ce qui avait incité parents et enseignants à faire des chaînes humaines autour des écoles publiques.

Le taux de diplomation s'est certes amélioré depuis une quinzaine d'années au Québec, mais à un rythme très lent, sans parler d'un niveau d'analphabétisme de 19 pour cent chez les 16 à 65 ans, selon des données de l'Organisation de coopération et de développement économique.

En 2015, des chercheurs de HEC Montréal avaient dénoncé l'insuffisance des ressources en éducation pour dépister et aider les élèves en bas âge avec des difficultés d'apprentissage.

Or, à cette époque très récente, le gouvernement Couillard sabrait joyeusement dans les postes d'éducateurs spécialisés, de psychologues et autres spécialistes de l'éducation dont le travail était justement d'aider ces élèves.

Le premier ministre Philippe Couillard dit maintenant que les politiques budgétaires de son gouvernement ont permis de dégager les marges financières nécessaires pour réinvestir en éducation... Pourquoi avoir procédé à un tel saccage pour aujourd'hui devoir réparer les pots cassés?

Mais donnons la chance au coureur et reconnaissons que le ministre Proulx a des idées et un plan pour les réaliser, ce qui tranche nettement avec l'attitude des deux responsables précédents à l'Éducation, Yves Bolduc et François Blais.

Le premier ne voyait rien de mal à ce que les commissions scolaires réduisent leurs achats de livre pour leurs bibliothèques, dans un contexte de restriction budgétaire, et le second rechignait à l'idée d'aller visiter des écoles.

Le ministre Proulx, qui n'est en poste que depuis février 2016, a le mérite de proposer une vision rassembleuse et une stratégie, bien que cela survient sur le tard, à moins de 18 mois des élections générales.

Dans un Québec qui prétend être une société du savoir, il est indécent qu'autant des jeunes de moins de 20 ans quittent l'école secondaire sans diplôme et que 19 pour cent des Québécois âgés de 16 à 65 ans ne puissent lire une posologie ou un manuel d'instruction.

Il est plus que temps de s'attaquer à cet immense gâchis et de revaloriser l'éducation.




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