Aidons-les à mourir

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Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

Éditorial / La contestation devant les tribunaux des lois québécoise et canadienne sur l'aide médicale à mourir était prévisible et inévitable. La semaine dernière, deux malades ont demandé à la Cour supérieure de se pencher sur la constitutionnalité de certains articles. Ceux-ci limitent l'aide médicale à mourir aux seules personnes en fin de vie au Québec et à une mort raisonnablement prévisible au fédéral. Sans présumer de la décision du tribunal, il est déjà acquis que ces articles paraissent bien faibles devant l'arrêt de la Cour suprême.

Dans l'arrêt Carter de février 2015, le plus haut tribunal au pays a précisé les critères d'admissibilité à l'aide médicale à mourir. Pour en profiter, une personne doit être apte à consentir, majeure, éprouver des souffrances que la médecine ne peut soulager et, enfin, le plus important, être atteinte d'une maladie grave et incurable.

En aucun temps, il n'est question de limiter ce droit aux seules personnes en fin de vie ou confrontées à une mort raisonnablement prévisible. Les juges de la Cour suprême se sont appuyés sur la Charte des droits et libertés reconnaissant à tout individu le droit de disposer de sa vie comme il l'entend. L'article 7 stipule que « chacun a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne; il ne peut être porté atteinte à ce droit qu'en conformité avec les principes de justice fondamentale ».

L'aide médicale à mourir connaît une progression fulgurante au Québec, bien au-delà des prévisions. Au cours des six derniers mois, le rapport préliminaire du CIUSSS - CHUS de l'Estrie fait état de 30 demandes formulées. De ce nombre, 21 personnes ont été aidées à mourir, 9 patients étant décédés avant de pouvoir recevoir cet aide, deux autres ayant été jugés non-admissibles. Il y a donc en région des personnes à qui on a refusé l'aide médicale à mourir. Pour tout l'an dernier, de décembre 2015 à 2016, première année d'application de la loi, 35 personnes avaient pu en bénéficier.

La Loi concernant les soins de fin de vie a été adoptée par l'Assemblée nationale en prenant soin d'atteindre le plus large consensus. Cette démarche prudente a porté ses fruits. Elle a non seulement permis une réflexion profonde au sein de la société, mais aussi une évolution remarquable des mentalités au sujet de l'un des plus grands tabous de l'humanité, la mort.

L'application de la loi a aussi fait la démonstration qu'il était possible de gérer les demandes de manière responsable. Les dérapages, toujours à craindre quand les enjeux sont majeurs, ont été jusqu'ici évités. Il appert cependant que l'aide médicale à mourir a été refusée à plusieurs personnes parce que leur mort n'était pas prévisible à court terme.

Ministre de la Santé, Gaétan Barrette avait d'ailleurs demandé à la Commission sur les soins de vie de se pencher sur cet aspect de la question. Il trouve « dommage » que l'appel aux tribunaux soit assumé par des malades, admettant que la démarche fait par ailleurs son affaire.

En tant que législateur, le ministre Barrette avait pourtant le pouvoir de légiférer afin de corriger le tir. Comme bien d'autres, il a préféré s'en remettre à la décision des tribunaux.

Nicole Gladu aimerait mourir chez elle, entourée de ses amis.

Jean Truchon ne veut pas « mourir en martyr » en se laissant mourir de faim comme bien d'autres.

Accordons-leur le droit de partir dans la dignité.




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