L'ergothérapie, grande oubliée dans les écoles

Des recherches ont démontré que l'ergothérapie en milieu... (archives la tribune, rené marquis)

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Des recherches ont démontré que l'ergothérapie en milieu scolaire permet d'améliorer les habiletés de tous les élèves, qu'ils aient ou non des difficultés.

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La Tribune

(Sherbrooke) Les annonces du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MÉES) concernant les investissements en éducation sont de bonnes nouvelles, tant pour les familles, les écoles que la société québécoise en général. Soulignons particulièrement l'ajout de ressources en milieu scolaire qui permettra de bonifier les services offerts aux élèves, notamment pour qu'ils puissent « partir du bon pied » leur parcours scolaire.

Cependant, il serait pertinent d'inclure certains services professionnels, comme l'ergothérapie, dans le « plancher de services » des écoles du Québec. Ainsi, les élèves pourraient développer toutes les habiletés nécessaires pour réussir à l'école. Les inégalités interrégionales en termes de services professionnels, dont l'accès à l'ergothérapie en milieu scolaire, seraient également réduites. Des commissions scolaires, principalement à Montréal et dans les environs, embauchent des ergothérapeutes, alors que ces services professionnels sont absents dans certaines régions, malgré les besoins des élèves.

Efficacité de l'ergothérapie en milieu scolaire

Des recherches ont démontré que l'ergothérapie en milieu scolaire permet d'améliorer les habiletés de tous les élèves, qu'ils aient ou non des difficultés. À la maternelle, l'ergothérapie est particulièrement efficace pour développer la motricité fine des élèves, une habileté qui prédit la réussite scolaire future. L'ergothérapeute peut aussi faciliter l'apprentissage de l'écriture manuelle, une compétence requise tout au long de la scolarisation. Par ailleurs, ce professionnel peut accompagner les enseignants-es en les aidant à mieux comprendre les besoins des élèves et en leur proposant de nouvelles stratégies d'intervention. Il peut émettre des recommandations quant aux activités et à l'aménagement scolaires, afin de favoriser la participation et l'apprentissage de tout un chacun. La présence d'un ergothérapeute à l'école facilite également le dépistage des élèves en difficulté et la mise en place d'interventions rapides et adaptées, et ce, dès la maternelle.

Soutien au préscolaire

Considérant que le quart des élèves à la maternelle accusent un retard dans au moins une sphère de développement, rendre disponibles des services d'ergothérapie au préscolaire apparaît essentiel. À Sherbrooke, depuis quatre ans, des services d'ergothérapie sont offerts dans des classes de maternelle en milieu défavorisé, via des stages de l'École de réadaptation de l'Université de Sherbrooke.

Dernièrement, nous avons mené un projet pilote en ergothérapie dans trois écoles en milieu défavorisé, incluant huit classes de maternelle (quatre et cinq ans). Les stagiaires, supervisées à distance par deux ergothérapeutes, ont travaillé durant sept semaines avec les enseignantes et les élèves de maternelle. Avant d'intervenir, elles ont établi des objectifs d'intervention avec les enseignantes en fonction des besoins de chaque groupe-classe. Les objectifs ciblaient principalement l'autorégulation (ex. : être à l'écoute lors de la causerie), la posture assise (au sol ou à la table), la préhension du crayon et le découpage. À la suite des interventions, près de 80 % des objectifs ont été atteints selon le point de vue des enseignantes. De plus, le travail des stagiaires en ergothérapie fut très apprécié par les enseignantes.

Demande des acteurs du terrain

Toujours à Sherbrooke, nous avons lancé une pétition sur change.org pour demander à la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke de créer un poste d'ergothérapeute. Cette pétition s'inscrit dans l'approche du MÉES qui souhaite que les services soient déterminés par les acteurs locaux, étant bien placés pour identifier les besoins des élèves. D'ailleurs, cette pétition faisait suite à une demande des acteurs du terrain, dont des parents d'élèves ayant des besoins particuliers. À ce jour, plus de 500 personnes ont signé cette pétition, incluant des parents, des enseignants et des pédiatres, ce qui témoigne de la nécessité de l'ergothérapie en milieu scolaire.

À la lumière de ces constats, nous invitons le MÉES à inclure l'ergothérapie dans son « plancher de services » en milieu scolaire, s'il souhaite permettre à tous les élèves de « partir du bon pied ». L'ergothérapeute, en collaboration avec les enseignants es, pourrait soutenir le développement, la participation et l'apprentissage des élèves au préscolaire et au primaire, en plus de dépister et d'intervenir rapidement auprès de ceux présentant des difficultés.

Emmanuelle Jasmin,ergothérapeute et professeure agrégée

Caroline Hui, ergothérapeute et chargée de cours de l'Université de Sherbrooke

Annie Carrier, ergothérapeute et stagiaire postdoctorale à la Chaire politiques, Connaissances, Santé de l'Université de Sherbrooke

Nadine Larivière, ergothérapeute et professeure agrégée de l'Université de Sherbrooke




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