Vers la fin du leadership mondial américain ?

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / Un large consensus politique s'était développé après la Deuxième Guerre mondiale sur le rôle des États-Unis entre dirigeants démocrates et républicains sur les responsabilités internationales des États-Unis comme garant de la paix mondiale. Pour ce faire, les différentes administrations qui se sont succédé depuis 1945 ont oeuvré à forger des alliances et à développer des partenariats avec le reste du monde.

C'est ainsi que des alliances militaires comme l'OTAN ont vu le jour. Ce consensus a été aussi à l'origine des grandes institutions internationales comme l'ONU, la Banque mondiale et le FMI. Finalement, la diplomatie américaine, considérant que l'interdépendance économique était la meilleure garantie de paix, a travaillé sans relâche au développement d'un libre-échange mondial. Un nouvel ordre mondial a ainsi vu le jour.

Tout au long de la campagne présidentielle américaine, Donald Trump a réitéré sa volonté comme futur président de libérer les États-Unis de leurs engagements internationaux et de mettre fin à l'ordre mondial de l'après-guerre, dont les États-Unis ont été le principal promoteur.

Critique de l'OTAN et du système d'alliances que les États-Unis ont établi partout dans le monde, Trump a refusé lors du sommet de l'OTAN de mai dernier de s'engager à intervenir en Europe, comme le traité l'exige, si un pays de l'alliance était attaqué. Plus encore, il a vertement sermonné les pays de l'Alliance.

Devenu président, Trump a affirmé vigoureusement son opposition à la politique libre-échangiste qui a été mise en place avec les accords de Bretton Woods de 1944. Concernant l'ALENA, il a demandé une refonte complète de l'accord. Quant au Partenariat transpacifique, conclu entre 12 pays du Pacifique pour contrer l'influence économique croissance de la Chine, Trump a tout simplement déchiré l'accord par un ordre exécutif.

Fidèle à lui-même, Trump n'a pas hésité la semaine dernière à annoncer le retrait américain de l'Accord de Paris sur les changements climatiques, qualifiant même l'accord comme un complot mondial pour voler aux États-Unis leur richesse. Si une majorité des Américains, y compris les 500 plus grandes entreprises américaines, et toute la communauté internationale ont dénoncé cette décision comme étant insensée, Trump qualifia son défi au monde comme une grande victoire politique pour les États-Unis.

Sous la gouvernance de Trump, les États-Unis entreraient dans une ère de désengagement. Considérant à tort que les États-Unis font rire d'eux partout dans le monde avec leur politique d'engagement, Trump préconise un retour à un nationalisme isolationniste radical que l'on n'avait pas vu depuis les années 1930.

Les décisions de Trump en politique étrangère reposent à la fois sur ses instincts politiques, sa vision économique nationaliste et sa vision sombre d'un monde prédateur ayant comme objectif de ruiner les États-Unis. Ces décisions sont conformes à ses promesses populistes et anti-élites de sa campagne présidentielle. Mais en privilégiant une politique centrée uniquement sur une vision à court terme de l'intérêt américain, la présidence de Trump marque la fin de la prépondérance américaine dans le monde.

Donald Trump est incapable de voir le monde comme une opportunité pour le leadership américain, que la grandeur des États-Unis repose sur l'étalement de sa puissance économique et militaire, que la sécurité américaine est grandement améliorée par l'enchevêtrement des accords commerciaux et des alliances militaires. Ainsi, nous assistons aujourd'hui à une confiscation sans précédent du leadership américain à une période où l'humanité en a le plus besoin.

Les opposants de Trump, tant démocrates que républicains, croient que ce dernier isole dangereusement leur pays. D'ailleurs, le monde est déjà plus instable. Le reste du monde n'est plus sûr s'il peut encore vraiment compter sur les alliances militaires américaines. De nombreux pays asiatiques et européens, craignant la résurgence de la Chine, de la Russie ou de l'Allemagne, assistent avec appréhension au retrait américain.

Entre-temps, le retrait américain attise la convoitise des grands rivaux des États-Unis que sont la Chine ou la Russie. En effet, la question est de savoir qui profitera le plus de l'abdication du leadership mondial des États-Unis et qui comblera le vide créé par l'abandon du rôle traditionnel américain comme garant de la stabilité économique et de la paix mondiale.

Si l'Allemagne et la Russie peuvent à leur façon revendiquer un rôle plus important sur la scène mondiale, c'est la Chine à long terme qui peut profiter le plus du retrait américain. D'ailleurs, le sommet de Mar-a-Lago a marqué en février dernier le début d'un transfert de pouvoir des États-Unis vers la Chine.

Le désengagement américain du monde initié par l'administration Trump représente une aubaine pour la Chine. Cette dernière a démontré qu'elle savait tirer les leçons de la rivalité russo-américaine qui a marqué la guerre froide. Pas question pour la Chine de vouloir concurrencer les États-Unis au plan militaire.

La politique chinoise vise plutôt à concurrencer les États-Unis au niveau de la puissance douce, sur le plan de la diplomatie, de l'aide étrangère et des institutions internationales. Alors que l'administration Trump a annoncé une réduction de 33 % du budget du secrétariat d'État et de l'aide étrangère, la Chine a choisi de quadrupler le budget de son ministère des Affaires étrangères au cours de la prochaine décennie.

L'administration Trump, en rompant avec le rôle international traditionnel des États-Unis, signale au monde la fin du siècle américain. L'avenir nous dira si oui ou non l'élection de Trump signifiera aussi la fin de l'hégémonie américaine sur la scène mondiale.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke




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