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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / La proposition de l'homme d'affaires montréalais Mitch Garber que le ministère de l'Éducation verse une bourse de 1000 $ aux diplômés des écoles secondaires publiques pour encourager la persévérance scolaire ne fera pas long feu puisque le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, l'a rejetée sur le champ, jeudi.

M. Proulx, qui a néanmoins salué les préoccupations de l'homme d'affaires pour cette question, fait valoir que cela ne cadre pas avec les plans de son ministère.

Le ministère de l'Éducation a certes ses prérogatives, mais de quels plans parle-t-on au juste? Et, précisément, de quel plan pour contrer le décrochage?

Le monde de l'enseignement attend depuis près de six mois la Politique nationale sur la réussite éducative, qui doit donner suite à la vaste consultation menée l'an dernier par le ministère de l'Éducation, alors que les travaux parlementaires doivent prendre fin dans une semaine à Québec et que la rentrée scolaire est dans trois mois.

En fait, quelle mesure le moindrement innovante ou audacieuse a été proposée par le ministre Proulx, en poste depuis février 2016, pour s'attaquer résolument au problème du décrochage scolaire ou, à tout le moins, le ramener à des proportions moins alarmantes?

Le taux de décrochage scolaire a certes régressé depuis 1999-2000 dans le réseau public, alors qu'il atteignait 21,9 pour cent.

Mais il était tout de même de 16,2 pour cent en 2013-2014, soit 15 ans plus tard, pour l'ensemble de la province.

De plus, il est encore plus élevé dans plusieurs commissions scolaires, notamment celles de la Région-de-Sherbrooke, à 21,2 pour cent, de La Capitale (18,3 pour cent), des Laurentides (18,1 pour cent), de Montréal (21,2 pour cent) et Eastern Townships (29,4 pour cent), selon les données du ministère de l'Éducation.

L'idée de M. Garber, même si elle ne sera visiblement pas retenue, a au moins le mérite de ramener une fois de plus le problème du décrochage scolaire dans l'actualité.

L'homme d'affaires fait valoir par exemple que ce phénomène coûte 1,9 milliard $ par année au Québec et entraîne des problèmes sociaux comme la délinquance, en plus de condamner les individus à une vie d'emplois précaires, de chômage, voire d'aide sociale.

Il est vrai que les 60 millions $ par année que nécessiterait la mesure proposée par M. Garber pourraient être utilisés pour aider directement les élèves à faire leurs études secondaires avec l'embauche, par exemple, de davantage de professionnels en éducation ou la création de classes spécialisées, comme le suggère le député caquiste Jean-François Roberge.

Mais la formule, qualifiée de «simpliste» par le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, a néanmoins été essayée avec un certain succès dans la MRC du Haut-Saint-François, où les municipalités et les caisses populaires versent depuis 2009 une bourse de 200 à 300 $ aux étudiants qui obtiennent leur diplôme d'études secondaires.

Après des années de compressions budgétaires, qui ont atteint plus de 800 millions $ en éducation, selon la Centrale des syndicats du Québec, le ministre Proulx a annoncé ce printemps des réinvestissements en éducation et demandé aux commissions scolaires d'embaucher 1500 nouveaux enseignants, professionnels et éducateurs spécialisés.

Cette mesure est certes la bienvenue, mais donne sans doute une idée de l'ampleur des dégâts causés par des années de ressources insuffisantes.

Combien de jeunes du primaire avec des difficultés d'apprentissage ou des besoins spécifiques ont vu leur parcours scolaire perturbé en raison du manque d'éducateurs spécialisés, de psychologues et d'orthopédagogues, gracieuseté de la «rigueur» budgétaire du gouvernement Couillard?

Tant mieux si le gouvernement veut maintenant réparer les pots cassés.

Mais favoriser la réussite et combattre le décrochage scolaire requiert une mobilisation et un plan... qu'on attend toujours!




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