Tuer à petit feu

ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard voudrait tuer à petit feu les organismes... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Spectre Média, Maxime Picard

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard voudrait tuer à petit feu les organismes de défense des droits collectifs qu'il ne s'y prendrait pas mieux : ces groupes n'ont pas vu leurs budgets de fonctionnement être indexés au coût de la vie depuis 2001, donc depuis... 16 ans!

La situation serait telle que leur survie est menacée.

Le gouvernement du Québec reconnaît pourtant le rôle de l'action communautaire dans le développement social et économique.

Il avait même adopté une politique en ce sens, en 2001, où il s'engageait à offrir un soutien financier « en appui à la mission globale ».

Selon les données de Manon Brunelle, coordonnatrice d'Illusion-Emploi, un organisme qui vient en aide aux travailleurs non syndiqués, la vingtaine d'organismes de défense collective des droits en Estrie - il y en a plus de 300 au Québec - doivent fonctionner avec un budget annuel moyen de 47 000 $, un montant qui n'a pas bougé depuis 2001.

Or, le taux d'inflation a augmenté de plus de 30 pour cent durant cette période.

Ces organismes défendent les droits des femmes, des jeunes, des travailleurs et des locataires; ils oeuvrent également en éducation, santé, environnement et défense des droits démocratiques.

Au cours des dernières années, ils ont vu une augmentation importante des demandes d'aide d'une population fragilisée par les compressions budgétaires dans les services publics, eux-mêmes de plus en plus sollicités.

Mais faute de financement suffisant et en raison des difficultés à obtenir du soutien privé, ces groupes ont dû réduire leurs services, mettre du personnel à pied, voire parfois fermer boutique.

Le gouvernement Couillard a déjà fait valoir que le budget des groupes communautaires n'a pas été réduit, ce qui est sans doute vrai.

Mais le fait qu'il n'ait pas été indexé à la hausse du coût de la vie depuis 16 ans, comme le soutiennent les organismes, équivaut à une baisse graduelle de leur financement.

L'inaction du gouvernement Couillard est inacceptable ou à tout le moins incompréhensible puisque ces organismes jouent un rôle majeur dans l'aide directe aux citoyens et contribuent au progrès social, à une fraction du coût des services publics.

Pourquoi un tel désengagement de l'État? Le gouvernement Couillard veut-il éviter de porter l'odieux de « fermer » ces organismes en les obligeant à le faire eux-mêmes? Y a-t-il un problème de reddition de comptes?

Défendre les droits sociaux, donc revendiquer et dénoncer à l'occasion des politiques ou des décisions gouvernementales, ne plaît pas toujours, évidemment.

En démocratie, on aime bien réaffirmer les grands principes de liberté d'expression et de justice sociale.

Malheureusement, ceux-ci se heurtent parfois aux jeux politiques, à la méfiance, voire au mépris des plus démunis et de ceux qui les défendent.

Le Réseau québécois de l'action communautaire autonome réclame un rehaussement de l'aide gouvernementale de 475 millions $ par année, dont 40 millions $ de plus pour les groupes de défense collective des droits.

Selon le réseau, le financement annuel de la « mission globale » des quelque 4000 organismes communautaires (défense des droits, santé, famille, éducation immigration, etc.) de la province est de 500 millions $.

Une hausse de 475 millions $ peut sembler élevée, mais cette demande doit être au moins un point de départ pour des discussions avec le gouvernement.

Québec a dégagé un surplus budgétaire de 1,8 milliard $ pour l'année 2016-2017 et a fait part de son intention de diminuer les impôts des particuliers, une mesure qui va réduire sa marge de manoeuvre financière.

Un tel choix de société doit être débattu après des années de coupes budgétaires qui ont eu un impact sur les plus démunis.

Si les organismes communautaires disparaissent, qui remplira leur mission?




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