L'influence de James Comey sur les élections de 2016

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James Comey

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / Plusieurs facteurs peuvent expliquer la défaite de Hillary Clinton lors des élections présidentielles américaines de 2016. L'ingérence russe, la misogynie d'un grand nombre d'Américains, les défaillances de la propre campagne de Mme Clinton dans certains États-clés, etc. Mais il y en a une qui ressort plus que toute autre : la décision de James Comey, directeur du FBI, de rouvrir à 11 jours des élections l'enquête sur les courriels de Mme Clinton.

D'ailleurs, au début mai 2017, Hillary Clinton montra du doigt l'ancien directeur du FBI pour expliquer sa défaite. Elle affirma même que si les élections avaient été tenues le 27 octobre, elle serait présidente.

Une nouvelle étude effectuée par un consortium de politologues liés à la maison Gallup et aux universités de Georgetown et du Michigan révèle toute l'importance du problème des courriels de Mme Clinton. Cette étude démontre comment cette question a dominé les conversations des Américains dans les derniers mois de la campagne, et plus spécialement durant les deux dernières semaines précédant l'élection.

Au début de juillet 2016, Comey avait déjà conclu que le FBI ne disposait pas de preuves suffisantes pour porter des accusations contre Mme Clinton concernant les informations classifiées qu'elle recevait par courriel à partir d'un serveur privé. Il ajouta toutefois que celle-ci avait été excessivement négligente.

Aussi, l'annonce de la reprise de l'enquête par Comey le 27 octobre 2016 eut l'effet d'une bombe. La raison évoquée pour justifier la réouverture de l'enquête découlait des milliers de courriels qui avaient été découverts lors d'une enquête séparée sur le portable d'Anthony Wiener. Or ce dernier était l'époux d'Huma Abedin, l'assistante de Mme Clinton.

Deux jours avant les élections, Comey déclara de nouveau qu'il n'avait trouvé aucun nouvel élément permettant de porter des accusations. Le dossier était définitivement clos. Si Mme Clinton a exprimé son soulagement devant cette annonce, il devenait impossible de réparer les dégâts causés par l'intervention de Comey sur sa campagne.

Le mal était fait. Avant l'intervention de Comey, Mme Clinton devançait Trump de 7 à 10 %, selon les sondages. Son avance fut graduellement réduite à 2 % comme le montrent les résultats des élections. Cette chute d'au moins 5 % a permis à Trump, grâce au système du collège électoral, de l'emporter.

Les sondages des deux dernières semaines de la campagne montraient jour après jour un glissement dans l'avance de Mme Clinton. L'intervention de Comey a ainsi permis à Trump de réduire le fossé le séparant de sa rivale à l'échelle nationale et plus spécifiquement dans les principaux États-clés du champ de bataille.

Retour au bercail

Cette intervention a ainsi dynamisé la campagne de Trump. Les républicains qui s'étaient montrés jusqu'alors sceptiques face à leur candidat retournèrent au bercail. Trump devenait ainsi moins répréhensible que Mme Clinton. À la suite de l'intervention de Comey du 27 octobre, les sondages montraient aussi que les femmes indépendantes ou républicaines se mirent à fuir Mme Clinton. Beaucoup décidèrent tout simplement de rester à la maison et de ne pas aller voter.

L'intervention de Comey fut d'autant plus dommageable qu'elle n'aurait jamais dû survenir. Cette intervention, à deux semaines des élections, contrevenait à la loi Hatch, adoptée en 1939, qui défend aux fonctionnaires fédéraux d'intervenir dans une campagne fédérale.

Selon cette loi, le département de la justice, dont le bureau du FBI relève, ne devait pas faire aucune déclaration ou mise en accusation à l'encontre d'un candidat durant les 60 jours précédant une élection fédérale afin de ne pas influencer le vote. Si les différents acteurs et commentateurs politiques n'ont pas remis en cause l'honnêteté de Comey, ils furent très nombreux à s'interroger sur son jugement et même à demander son renvoi.

De récentes fuites démontrent que Comey fut incité à intervenir à partir d'un faux document russe émanant supposément de Debbie Wasserman Schultz, présidente du Comité national du parti démocrate. Dans ce courriel, Mme Schultz aurait affirmé que l'avocate générale interviendrait auprès du FBI pour limiter l'enquête sur la messagerie de Mme Clinton. Comey doutait de l'authenticité du document. Cependant, il ne voulut courir aucun risque. Par la suite, les enquêteurs du FBI confirmèrent que le courriel controversé était un faux.

La récente étude du consortium démontre comment l'intervention de Comey a été cruciale dans les résultats de l'élection. Cette intervention confirmait directement les opinions négatives que les électeurs avaient à l'égard de Mme Clinton. Pour gagner les élections, Trump avait besoin de réduire l'appui à Mme Clinton. L'intervention de Comey produisit exactement cet effet.

Dans mon article du 14 avril 2015 dans La Tribune, j'indiquais clairement l'importance pour Mme Clinton de se montrer transparente et de régler rapidement le dossier. Voyant dans l'enquête une chasse aux sorcières, celle-ci n'a jamais semblé saisir la gravité de la situation. Son incapacité à placer cette histoire derrière elle a érodé une opinion publique déjà fragile à son égard.

L'intervention de Comey fut la surprise d'octobre. Cette intervention fut si dommageable que Mme Clinton a raison d'affirmer que celle-ci est largement responsable de sa défaite. En fin de compte, ce n'est pas Trump qui a gagné l'élection, c'est Clinton qui l'a perdue.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'UdeS.




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