L'état mental de Donald Trump

Donald Trump... (The New York Times)

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Donald Trump

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / Les deux semaines qui ont précédé la tournée de Donald Trump au Moyen-Orient, marquées par des révélations explosives, ont été pour le moins houleuses. Embourbé dans les controverses entourant l'ingérence présumée des Russes dans l'élection de 2016 et la possibilité d'une collusion de son entourage avec ces derniers, Trump a empiré son cas en renvoyant brutalement James Comey, directeur du FBI, parce que ce dernier refusait de prêter un serment de fidélité et désirait poursuivre son enquête sur la présumée interférence russe.

Cette décision présidentielle fut largement décriée comme un abus de pouvoir et une interférence directe avec le processus judiciaire. L'adjoint du procureur général n'eut pas d'autre choix que de nommer Robert Mueller comme procureur spécial indépendant avec mandat de faire toute la lumière dans le dossier.

Pour bien comprendre la réaction de Donald Trump, il faut remonter à Tony Schwartz, un jeune journaliste new-yorkais qui a publié en 1987, comme écrivain fantôme, une biographie de Trump : The Art of the Deal. Dans la préparation de son livre, Schwartz a côtoyé étroitement Trump pendant 18 mois, l'a regardé en action, a écouté des centaines d'heures d'enregistrement et l'a interviewé des dizaines de fois à propos de sa vie.

Avec plus d'un million de copies vendues, le livre a connu un succès phénoménal. C'est en quelque sorte Schwartz qui a créé Trump en élargissant sa renommée bien au-delà de New York et en le décrivant comme un génie des affaires.

Aujourd'hui, Schwartz regrette profondément d'avoir été en quelque sorte un Dr Frankanstein qui a lancé le mythe de Trump comme un entrepreneur infaillible. Il avoue candidement que si cela était à refaire, il rédigeait un livre très différent avec comme titre The Sociopath. Selon Schwartz, Trump est aussi un narcissique qui passe son temps à vanter ses réalisations, à se percevoir comme victime et à déprécier les autres.

Dans une série d'entrevues qu'il a données il y a deux semaines, Schwartz affirme que les problèmes de personnalité de Trump remontent à sa relation avec son père. Ce dernier était très froid et très exigeant. Bien que le jeune Donald était en adoration devant son père, ce dernier se montrait inflexible. Son frère ainé, totalement dominé par son père, a sombré dans l'alcoolisme et est mort à 42 ans. Donald a réagi de façon différente. Très jeune, il a choisi un jour de résister à son père. À partir de là, plus personne ne pouvait l'intimider.

Dorénavant, Trump « s'est senti obligé d'aller en guerre avec tout le monde ». Il voit le monde dans une perspective binaire. Dans la vie, vous êtes gagnant ou perdant, vous dominez ou vous êtes soumis, vous confrontez vos peurs ou vous succombez à celles-ci. Donald Trump reconnaît lui-même qu'il a adhéré à cette perspective étroite et défensive dès sa petite enfance.

En conséquence, Trump a grandi, selon Schwartz, en se battant pour sa vie et en ne faisant pas de prisonniers. Il considère chaque rencontre, chaque transaction, comme un jeu, comme un concours, qu'il a à gagner. Sa hantise est de perdre, car il perçoit toute défaite comme une forme d'oblitération.

En ce sens, Trump souffre d'un déficit dans l'estime de soi. Dans toutes ses relations, même avec les foules, il cherche uniquement à préserver son estime de soi. C'est là où il est le plus vulnérable. Son obsession avec la publicité découle d'un besoin pressant d'être reconnu, d'être aimé. Ainsi, selon Schwartz, Trump tire son estime de soi dans l'importance de ses conquêtes et de ses réalisations.

En affaires, il n'est pas intéressé en soi par l'argent. Ce qui l'intéresse est la reconnaissance qu'il tire d'être considéré comme un milliardaire et d'être perçu comme un entrepreneur génial. En politique, c'est un peu la même chose, il est intéressé par le pouvoir, parce que ce dernier lui fournit une reconnaissance. Ici encore, Trump veut dominer, il veut être perçu comme un gagnant.

Par ailleurs, Trump, selon Schwartz, n'a pas de croyances idéologiques profondes, ni aucun sentiment sur tout ce qui ne rejoint pas son intérêt immédiat. Partant d'une approche très amorale, il n'est pas intéressé par la vérité. « Le mensonge est une seconde nature pour lui ». Il a une capacité incroyable « de se convaincre que tout ce qu'il dit à un moment donné est vrai, très vrai, ou du moins devrait être vrai ». Cette attitude lui permet de réarranger constamment la vérité à sa perception du moment.

Dans les crises passées qu'il a vécues, comme dans la présente crise qu'il vit comme président, il réagit impulsivement et défensivement, parce qu'il se sent lésé. Lorsqu'il se sent menacé ou contrarié, il se positionne en mode de combat, en mode de survie. Son système limbique est déclenché, ses hormones s'activent et son cortex préfrontal, la partie du cerveau qui nous rend capables de rationalité et de réflexion, cesse de fonctionner. Il devient alors facilement paranoïaque et crée un climat de terreur dans son entourage.

Il est intéressant de noter que plusieurs observateurs américains en sont arrivés à des conclusions similaires à celles de Schwartz pour expliquer l'accumulation de crises et de scandales qui ont marqué les quatre premiers mois de sa présidence. Reste à savoir comment Donald Trump réussira à se sortir du présent bourbier dans lequel il s'est lui-même placé.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.




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