Trump et l'incertitude économique

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La Tribune

Analyse / La menace nucléaire nord-coréenne, la crainte d'un important ralentissement économique de la Chine et le risque élevé d'un effondrement de la zone euro sont autant d'éléments pouvant perturber gravement l'économie mondiale.

Néanmoins, plusieurs économistes, dont Nouriel Roubini, l'expert qui avait prédit l'éclatement de la crise financière de 2008, considèrent que ce sont les politiques économiques avancées par l'administration Trump qui représentent la plus grande source d'incertitude pour l'économie mondiale.

Ce diagnostic est d'autant plus surprenant que la bourse américaine connait sa deuxième meilleure performance depuis John F. Kennedy. Par ailleurs, le taux de chômage, avec 4,4 %, est à son plus bas niveau en plus de dix ans.

L'euphorie qui s'est emparée de Wall Street depuis l'élection de Donald Trump a été largement suscitée par les promesses du nouveau président de réduire substantiellement les impôts, d'investir massivement dans les infrastructures et de dégraisser la réglementation économique tout en générant une croissance de 3 %.

Robert Shiller, prix Nobel en économie, et Ben Bernanke, ancien président de la Réserve fédérale, partagent les appréhensions de Nouriel Roubini. Tous trois considèrent que les investisseurs américains sont trop optimistes et qu'ils sous-estiment les aspects négatifs des politiques économiques de l'administration Trump.

L'abrogation de l'Obamacare risque à elle seule de faire diminuer de 1,5 % la croissance économique américaine en éliminant pas moins de trois millions d'emplois en plus de nier à 24 millions de personnes l'accès à une assurance médicale et en ajoutant 550 milliards de dollars au déficit fédéral américain.

Les politiques protectionnistes, comprenant la renégociation de l'ALENA, risquent fort de déclencher une guerre commerciale entre les États-Unis et le reste du monde. Un tel scénario aurait des incidences très négatives dans les relations économiques internationales.

Par ailleurs, la volonté de la nouvelle administration américaine de fermer les frontières à l'immigration va avoir une incidence immédiate et importante sur l'économie américaine en rendant plus difficile l'attraction de talents qualifiés d'outre-mer.

L'administration Trump a annoncé un programme d'investissement d'un trillion de dollars pour réparer les routes et les ponts. Si ce programme d'infrastructures est essentiel pour rendre plus efficace l'économie américaine, il va alourdir la dette nationale d'autant. Or cette augmentation de la dette pourrait nuire grandement à la croissance économique américaine.

Donald Trump a fait de sa proposition de réduire les impôts des entreprises de 35 % à 15 % et de faire passer le nombre de tranches d'imposition pour les particuliers de sept à trois (12 %, 25 % et 33 %) le pivot de sa plate-forme économique.

Des analystes indépendants mettent en doute cette proposition de réduction des impôts. Le régime fiscal proposé pourrait faire augmenter considérablement le déficit américain en diminuant les recettes fiscales, de 5,5 à 7 trillions de dollars au cours de la prochaine décennie. Selon les estimations indépendantes, cette proposition de réforme fiscale ferait à elle seule grimper la dette fédérale américaine à 111 % du PIB d'ici 2027.

Ces analystes indépendants notent que l'incapacité du gouvernement fédéral de rembourser sa dette, marquée par une augmentation rapide des taux d'intérêt, entraînerait inévitablement une hausse du dollar. Or un dollar fort a comme effet de rendre les entreprises manufacturières américaines moins compétitives dans le monde.

Par un trait de plume, le président Trump a démantelé la réforme radicale de Dodd-Frank, pour Wall Street, qui avait été mise en place par l'administration Obama dans la foulée de la crise financière de 2008. Le nouvel ordre exécutif de Trump assouplit la réglementation touchant les banques sous prétexte de rendre celles-ci plus compétitives face à la concurrence étrangère.

Plus encore, la politique mise en place par l'administration Trump ramène à la situation prévalant avant la crise financière de 2008. Les banques pourront dorénavant plus facilement accorder des prêts aux entreprises américaines. Par contre, le système bancaire sera moins solide, le gouvernement fédéral ne pouvant plus mettre en place de sauvetages financiers.

Par ailleurs, les républicains au Congrès parrainent un projet de loi visant à éliminer la règle Volker qui interdit aux banques de faire des prêts risqués. Plus encore, le projet élimine l'agence de protection des consommateurs, le chien de garde financier mis en place par l'administration Obama qui supervise les actions des grandes banques.

Durant la campagne présidentielle de 2016, Trump affirmait que ses politiques économiques généreraient une croissance de 4 %. Depuis, il s'est montré plus modeste avec un objectif de 3 %. Néanmoins, même ce dernier objectif est peu réaliste compte tenu du vieillissement de la population, d'une croissance plus lente de la main-d'oeuvre disponible et d'une plus faible productivité.

Tout le plan économique de Trump repose sur l'idée que la croissance économique va générer suffisamment de revenus pour couvrir les baisses d'impôt. Or beaucoup d'économistes remettent en cause cette recette miracle comme étant profondément simpliste. Pour ce faire, ils citent les réductions d'impôt de George W. Bush de 2001 et 2003 qui n'ont bénéficié qu'aux riches et qui n'ont généré qu'une croissance anémique de l'emploi.

Loin de cautionner la « pensée magique » derrière les politiques économiques de Trump, plusieurs critiques envisagent au contraire toutes sortes de scénarios catastrophiques : éclatement de bulles boursières, augmentation du chômage, hyperinflation ou même effondrement du dollar américain. Décidément, ces politiques ont généré un climat élevé d'incertitude économique chez beaucoup d'experts bien informés.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke




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