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ÉDITORIAL / Il faut sympathiser avec les victimes des inondations qui affectent... (La Presse, Sarah Mongeau-Birkett)

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La Presse, Sarah Mongeau-Birkett

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Il faut sympathiser avec les victimes des inondations qui affectent plusieurs régions du Québec et saluer le travail inlassable des bénévoles, des employés municipaux et des militaires déployés sur le terrain.

On ne peut rien, ou presque, lorsqu'une conjugaison de facteurs comme la fonte des neiges, des pluies incessantes et des sols gorgés d'eau, engendre des crues spectaculaires.

Toutefois, cette catastrophe d'une ampleur jamais vue résulte également du laxisme et d'une vision à courte vue des politiciens qui permettent la construction ou la reconstruction d'immeubles en zones inondables, cédant aux pressions des élus locaux et des promoteurs immobiliers qui, visiblement, font abstraction des risques d'inondation et de la protection des milieux humides.

Le premier ministre Philippe Couillard et son ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, ont été très présents sur le terrain et ont fait état quotidiennement de l'évolution de la situation. C'est tout à leur honneur.

Et, déjà, ils annoncent leur intention de bonifier les programmes d'aide aux sinistrés qui, pour l'instant, peuvent recevoir jusqu'à 159 000 $ pour la reconstruction de leur maison, en plus de l'aide d'urgence pour les coûts reliés à la mise en place de sacs de sable, l'achat d'équipement ou l'hébergement temporaire.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau et son homologue du Québec disent reconnaître la nécessité de repenser le développement urbain en zone inondable.

Ce n'est peut-être pas un voeu pieux, mais tout cela a un air de déjà vu.

Car, jusqu'ici, le gouvernement québécois a surtout fait preuve de laxisme et plié devant les élus municipaux et les promoteurs immobiliers pour qui la construction résidentielle, en zone riveraine ou pas, est synonyme de revenus importants.

Et lorsque les sinistrés crient à l'aide, à la suite d'une inondation, les villes ont beau jeu de demander au gouvernement québécois de payer pour les dégâts, une facture que doit absorber l'ensemble des contribuables.

À la suite des inondations du printemps 2011 dans la région du Haut-Richelieu, qui avaient fait 3000 sinistrés, le gouvernement Charest avait autorisé et financé la reconstruction en zone inondable de maisons devenues inhabitables, à la condition qu'elles soient érigées sur pilotis ou dotées d'un solage imperméable.

Il avait ainsi contourné sa politique de protection des plaines inondables de 2005 qui stipulait que Québec ne verse aucune compensation aux victimes d'inondations dans les zones 0-20 ans, c'est-à-dire susceptibles d'être inondées au moins une fois tous les 20 ans, et interdisait la reconstruction des maisons devenues inhabitables.

On comprend que le gouvernement ne peut obliger les gens à abandonner leur maison et à se reconstruire ailleurs. De plus, des facteurs historiques entrent en ligne de compte puisque nombre de maisons sont là depuis des décennies.

Mais il est plus que temps que Québec agisse et responsabilise les villes qui tirent des revenus de taxes des résidences construites en zone inondable, quitte à leur faire payer les compensations à l'avenir.

Québec et Ottawa doivent avoir le courage politique d'obliger les villes à réglementer plus sévèrement les projets résidentiels en zone inondable, en exigeant par exemple des constructions sur pilotis, et à carrément les interdire dans les zones vraiment à risque.

De plus, en raison de la répétition de phénomènes météorologiques extrêmes, de nombreux experts pressent les gouvernements de redéfinir la cartographie des zones inondables.

On doit aussi mieux informer les citoyens des risques qu'ils courent : selon un sondage de l'Université de Waterloo, cité dans La Presse, seulement 6 pour cent des propriétaires canadiens qui vivent en zone inondable le savent!

Tout cela démontre qu'au-delà des paroles encourageantes et de l'auto-congratulation des élus, le problème des inondations et des coûts sociaux qu'elles entraînent ne semble guère être pris au sérieux, du moins pas jusqu'ici.




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