La gouvernance antidémocratique de Trump

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Le but ultime de Trump est d'utiliser les ressources du gouvernement américain pour servir ses intérêts personnels et créer une atmosphère de munificence personnelle dans laquelle il pourra récompenser ses partisans et punir ses adversaires politiques. Dans le processus, les institutions américaines seront graduellement asservies à son dessein politique.

The New York Times

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / La décision soudaine de l'administration Trump de congédier le directeur du FBI, James Comey, a provoqué une onde de choc politique aux États-Unis dont il n'est pas possible encore de saisir toutes les conséquences. Plusieurs voix, tant démocrates que républicaines, s'élèvent au Congrès pour demander une enquête plus approfondie. Certains émettent même l'idée d'enclencher un processus de destitution.

En limogeant la personne responsable de mener l'enquête sur la collusion potentielle de l'entourage de Donald Trump avec la Russie, le nouveau président a posé un geste qui dépasse largement le sort de James Comey. Il s'est directement ingéré dans une enquête policière dans laquelle il pourrait être personnellement impliqué. C'est clairement un abus de pouvoir.

Ébranlés et choqués par cette décision subite, les différents commentateurs et analystes de la scène politique américaine n'ont pas hésité à comparer ce geste au fameux « massacre du samedi soir » d'octobre 1973. Lors de cette nuit fatidique, Richard Nixon congédiait Archibald Cox, le procureur spécial chargé d'enquêter sur l'implication de son administration dans le scandale du Watergate.

De nombreux parallèles pourraient être dressés entre le présent Russiagate et la crise du Watergate. Néanmoins, mon intention aujourd'hui n'est pas de disséquer l'événement ou de jauger les explications farfelues utilisées par Donald Trump pour justifier sa décision. La portée politique de cette décision va bien au-delà d'un « cover-up » politique sur une potentielle collusion entre l'entourage de Trump et la Russie. Sa signification est au coeur même du mode de gouvernance du nouveau président.

Depuis trois mois, Trump a démontré à maintes reprises le peu de considération qu'il accordait au principe de la séparation des pouvoirs qui est au coeur du système démocratique américain. De même, il a bafoué sans relâche deux piliers de la démocratie américaine que sont la presse et les institutions judiciaires.

Depuis janvier 2017, Donald Trump a mis en place un système de contrôle de loyauté dans chacun des départements fédéraux. James Comey, en décidant de poursuivre l'enquête sur la collusion potentielle existant entre l'entourage de Trump et la Russie, montrait qu'il n'acceptait pas de se soumettre à la volonté du président et qu'il voulait préserver l'indépendance du FBI. Cette volonté d'indépendance était inacceptable pour Trump.

Depuis près d'un siècle, les contacts du personnel de la Maison-Blanche avec le département de la Justice sont soumis à des protocoles stricts. La façon dont Trump a asservi le département de la Justice par l'entremise de Jeff Sessions montre clairement le peu de cas qu'il accorde à ces protocoles et sa détermination à s'ingérer dans le processus judiciaire pour contrer toute tentative d'investigation à son égard.

Bien qu'il soit en apparence soudain et imprévisible, ce limogeage de Comey s'inscrit dans la vision orwellienne du nouveau président. Le contrôle de l'appareil de sécurité représente une nécessité incontournable pour un dirigeant voulant mettre en place un régime autocratique. Or, l'équipe Trump est engagée depuis janvier à épurer les services de renseignement. Le renvoi de Comey représente donc un premier geste pour faire de même avec le FBI. Trump veut avoir des adjoints serviles à la tête des différences agences et corps de polices fédéraux.

Objectif

Toutefois, Donald Trump ne cherche pas à bâtir un ordre politique répressif suivant le modèle des régimes fascistes des années 1920 et 1930. Son objectif vise plutôt à subjuguer le système politique américain de manière s'assurer que ce dernier n'entrave pas le type gouvernance basé sur le népotisme et la corruption qu'il entend instaurer.

Le but ultime de Trump est d'utiliser les ressources du gouvernement américain pour servir ses intérêts personnels et de créer une atmosphère de munificence personnelle dans laquelle il pourra récompenser ses partisans et punir ses adversaires politiques. Dans le processus, les institutions américaines seront graduellement asservies à son dessein politique.

Cette visée politique de Trump s'inscrit dans une approche populiste et illibérale en vogue dans plusieurs pays du monde depuis une quinzaine d'années. Ce nouveau phénomène politique a d'ailleurs été décrit par différents commentateurs politiques comme « l'âge de la démagogie ».

Que ce soit Chavez au Vénézuela, Duterte aux Philippes, Erdogan en Turquie, Kaczynski en Pologne, Modi en Inde, Orbán en Hongrie, Poutine en Russie ou Zuma en Afrique du Sud, ces dirigeants populistes ont tous adhéré à un modèle de gouvernance populiste autocratique.

Leur leadership politique, marqué par un mépris des institutions démocratiques et des garanties constitutionnelles, repose sur un appel direct aux masses à partir de slogans démagogiques. Ils ont pu ainsi reconfigurer le rôle des appareils gouvernementaux dans leur pays pour les mettre au service d'un système d'enrichissement personnel et de corruption contraire aux pratiques d'une démocratie libérale.

Comme tous ces nouveaux dirigeants populistes, Donald Trump est engagé dans un processus d'érosion des principes et des règles guidant la démocratie libérale. Son admiration sans bornes pour Vladimir Poutine ou Recep Erdogan est très significative. Comme ces deux derniers, Trump est motivé par un appétit sans limites pour le pouvoir.

Donald Trump, à l'instar des dirigeants politiques autoritaires ci-haut mentionnés, mise sur l'indifférence ou la complaisance des masses. La question est de savoir si les Américains vont le laisser faire une fois de plus. Les États-Unis sont à une période charnière de leur histoire. C'est l'avenir des institutions démocratiques américaines qui est en jeu.

Gilles Vandal, professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke




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