Peu rassurant

ÉDITORIAL / Le déraillement de deux wagons de marchandises de la compagnie... (Archives, La Tribune)

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) ÉDITORIAL / Le déraillement de deux wagons de marchandises de la compagnie Saint-Laurent & Atlantique, lundi au centre-ville de Sherbrooke, ne se compare en rien avec la tragédie de Lac-Mégantic, évidemment, puisqu'ils ne transportaient que du bois et des billes de plastique.

Mais il soulève les mêmes questions sur la sécurité ferroviaire et une certaine opacité au sein des entreprises de chemin de fer.

Saint-Laurent & Atlantique a indiqué au Service de protection contre les incendies de Sherbrooke qu'il lui faudra un mois pour compléter l'enquête sur cet incident qui n'a fait aucun blessé ni causé de dommage, un délai sans doute normal, mais qui laisse les élus et la population dans le noir.

L'avenir dira ce qui a causé ce déraillement et il ne faut pas tirer de conclusions hâtives.

L'été dernier, Transports Canada avait toutefois identifié des failles dans l'entretien et la conformité de la voie ferrée utilisée par cette compagnie dans la « subdivision de Sherbrooke », notamment un nombre insuffisant de boulons par endroits, une éclisse rompue (pièce métallique raccordant deux rails consécutifs) et des rails usés « dépassant la limite permise »... comme un écho à ce qu'a dénoncé à maintes reprises un groupe de citoyens de Lac-Mégantic.

Transports Canada avait ensuite estimé que « les mesures prises par Saint-Laurent & Atlantique ont été jugées comme étant satisfaisantes pour atténuer le risque imminent ».

Tout cela soulève des interrogations alors que le Bureau de la sécurité des transports a déploré à plusieurs reprises dans le passé le manque d'entretien des voies ferrées au Canada et la supervision déficiente des entreprises ferroviaires par Transports Canada.

Idem pour le Vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, qui avait constaté en 2013 des failles dans la supervision de la sécurité du secteur ferroviaire, ce qui avait incité Transports Canada à renforcer sa réglementation sur la mise en oeuvre et l'évaluation des Systèmes de gestion de la sécurité, dont la responsabilité est confiée aux compagnies ferroviaires.

L'an dernier, Bruce Campbell, chercheur et ex-directeur du Centre canadien de politiques alternatives, avait estimé que malgré la tragédie de Lac-Mégantic, Ottawa n'avait pas apporté d'améliorations « fondamentales » dans la réglementation ferroviaire.

Sans faire de scénario catastrophe, tout cela n'a rien de rassurant.

Des convois ferroviaires transportant des matières dangereuses, comme du gaz propane, passent quotidiennement par le centre-ville de Sherbrooke, ainsi que dans de nombreuses autres villes québécoises et canadiennes.

Le Service des incendies a certes des protocoles d'intervention et des équipes spécialisées en cas d'accident majeur.

Mais quelles seraient les conséquences du déraillement d'un convoi de matières dangereuses en plein centre-ville, même s'il était d'une ampleur moindre que celui survenu à Lac-Mégantic en juillet 2013 ?

Tout n'est pas noir : Transports Canada a décrété le retrait graduel des wagons-citernes DOT-111 utilisés pour le transport de produits pétroliers, mis en cause dans la tragédie de Lac-Mégantic, et la réduction de la vitesse des convois de matières dangereuses en milieu urbain.

Plus récemment, Ottawa a obligé les compagnies ferroviaires à fournir davantage de données aux municipalités sur les marchandises dangereuses qu'elles transportent pour leur permettre de mieux intervenir lors d'accidents.

De plus, le ministre Marc Garneau vient d'annoncer la création d'un comité pour réviser la Loi sur la sécurité ferroviaire, dont les recommandations sont attendues pour mai 2018... mieux vaut tard que jamais !

Néanmoins, de nombreux doutes subsistent quant à la sécurité ferroviaire et aux effets de l'autoréglementation des entreprises, tant chez les élus municipaux que les citoyens.

Pourquoi Transports Canada ne semble intervenir que lorsque les rails sont dans un état tel que des correctifs urgents s'imposent, au lieu de prévenir les problèmes en effectuant des inspections sur une base régulière ? Manque de ressources ? Carences réglementaires ? Laxisme ?




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