Lacunes dans le leadership de Trump

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Les discours populistes, souvent incendiaires, de Donald Trump alimentent les doutes sur l'intégrité des institutions américaines. Son ignorance viscérale de la Constitution et de l'histoire américaine l'amène à critiquer fortement le système judiciaire et la presse, mettant ainsi en danger deux piliers de la démocratie américaine.

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Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / Lors des présidentielles de 2016, Donald Trump a décrit les États-Unis comme étant dans un état politique lamentable. Afin de redonner très rapidement sa grandeur à son pays, il proposait une renégociation de l'ALÉNA, l'expulsion des immigrants sans-papiers, une politique de déréglementation très agressive, l'effacement du crime dans les quartiers défavorisés et une meilleure stratégie de lutte contre l'État islamique.

Selon Trump, aucun problème n'était trop difficile pour lui. Si ces problèmes n'étaient toujours pas résolus, c'est que le pays avait été dirigé jusqu'ici par des leaders ineptes et « stupides ».

Se présentant comme un grand négociateur qui sait comment conclure des transactions, Trump a promis de donner aux États-Unis la plus grande administration de leur histoire. Examinons donc son style de gestion afin d'évaluer sa performance comme président.

Le style de négociation de Trump repose d'abord sur un modèle d'antagonisme partant d'une position très ferme. Ce modèle peut être efficace en affaires, mais il est loin de l'être en politique intérieure ou extérieure. D'ailleurs, ses rapports antagonistes avec l'Australie, le Mexique ou l'Europe montrent bien les limites à long terme de ce modèle. Une approche plus nuancée est nécessaire pour prévenir l'émergence de différends avec des alliés traditionnels.

Comme gestionnaire, Trump aime aussi être en contrôle. Toutefois, il n'a pas anticipé qu'il devait comme président naviguer dans un monde complexe où l'incertitude est la norme. Les tensions mondiales croissantes demandent au président américain de reconnaître la présence de risques inconnus ou imprévus. L'habitude de Trump de fonctionner selon des paramètres prévisibles et sûrs devient son tendon d'Achille.

Durant les trois premiers mois de présidence, Trump s'est montré très énergétique, ouvrant des fronts dans une multitude de directions. Néanmoins, il a été jusqu'ici incapable de canaliser cette énergie vers des objectifs concrets à long terme.

Très narcissique, il croit fortement qu'il est le seul à pouvoir régler les problèmes auxquels les États-Unis sont confrontés. Néanmoins, cette projection d'une confiance sans bornes ne se traduit pas dans une performance réelle, parce qu'elle n'est pas liée à un fort sentiment de responsabilité. D'ailleurs, il tend toujours à blâmer quelqu'un pour l'échec de ses politiques.

Comme gestionnaire, Trump est d'abord et avant tout un micromanager. Or, devenu président, il est appelé à traiter simultanément une multitude de questions. Très impliqué dans les détails, il ne possède pas la vision ou le cadre global pour travailler sur deux questions à la fois. En conséquence, il donne l'impression de changer constamment de positions. Il est incapable de cibler des objectifs clairs affectant simultanément plusieurs questions.

Incapable d'écouter les conseils de hauts fonctionnaires expérimentés dans la gestion du gouvernement, dans les services de renseignement, au Secrétariat d'État ou au Pentagone, il a choisi de ne faire confiance qu'à ceux qui sont les plus proches de lui. En conséquence, il a mis en place l'équipe de gestion la plus inexpérimentée de toute l'histoire de la présidence américaine.

Leader impatient, il réagit vivement à la moindre rumeur. Son manque de discipline l'amène à se montrer très vindicatif et à tweeter à toute heure du jour ou de la nuit. Ses éruptions intempestives ont miné une crédibilité qui était déjà endommagée par une habitude systématique à triturer et à tronquer la vérité. Ses fausses allégations concernant les fraudes électorales, les écoutes de la Trump Tower, le taux de meurtres ou les attaques terroristes fictives ont déteint sur ses principaux collaborateurs.

N'ayant aucune expérience gouvernementale et n'offrant aucun programme de direction détaillé, il a cherché néanmoins à détruire l'héritage de ses prédécesseurs. Particulièrement obsédé par les réalisations de Barack Obama, il n'a pas hésité à accuser ce dernier sans preuve d'inconduite grave, minant ainsi l'institution qu'il représente.

Plus dommageables encore sont ses discours populistes, souvent incendiaires, qui alimentent les doutes sur l'intégrité des institutions américaines. Son ignorance viscérale de la Constitution et de l'histoire américaine l'amène à critiquer fortement le système judiciaire et la presse, mettant ainsi en danger deux piliers de la démocratie américaine.

Une dernière lacune majeure de Trump découle de son incapacité d'apprendre de ses erreurs. Kennedy a subi un revers important lors de l'échec de l'invasion de la Baie des cochons. Clinton a mal géré la controverse entourant la place des homosexuels dans l'armée. George W. Bush n'a pas pris au sérieux la menace terroriste avant le 11 septembre. Néanmoins, tous trois ont su corriger le tir évitant ainsi de répéter la même erreur.

En fin de compte, l'échec de l'administration Trump est colossal. En dépit de ses bravades et de son ignorance parfois délibérée, Donald Trump apparaît aujourd'hui comme un président affaibli et inepte. Pour l'instant, il est très vulnérable, un peu comme un empereur sans vêtements.

Toutefois, il peut encore rebondir. Sa reconnaissance la semaine dernière que le monde était beaucoup plus complexe qu'il avait pensé est déjà un pas dans la bonne direction. Toutefois, il lui reste encore à accepter d'opérer dans un monde réel.

Cela est particulièrement vrai en politique étrangère. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le leadership américain a été la clé de la stabilité mondiale. Il est urgent que Donald Trump reconnaissance cette responsabilité et accepte les conseils des experts ayant une meilleure connaissance géopolitique. Le reste du monde n'attend rien de moins d'un président américain.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke




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