L'échec du leadership de Donald Trump

Donald Trump... (Associated Press)

Agrandir

Donald Trump

Associated Press

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Gilles Vandal
La Tribune

(Sherbrooke) ANALYSE / La tradition d'évaluer les réalisations d'un président d'après sa performance durant ses 100 premiers jours remonte à 1933. Alors que le système bancaire s'effondrait et que l'économie américaine était au bord du gouffre avec une chute de 46 % du PIB et un taux de 25 % de chômage, le président Roosevelt releva le défi par des actions rapides et audacieuses comprenant l'adoption de 15 lois majeures. En conséquence, le système bancaire fut sauvé, l'économie américaine fut redressée et des millions de travailleurs retrouvèrent un emploi.

Depuis,la performance des présidents lors de leurs 100 premiers jours représente un marqueur important. Par exemple, la capacité de Barack Obama de faire adopter un plan de relance économique de 787 milliards de dollars en février 2009 donna le ton à son administration.

Les présidents ont besoin habituellement d'une législation majeure pour affirmer qu'ils ont réussi leurs premiers 100 jours. Cela est d'autant plus vrai lorsqu'un président, comme Trump, dispose d'un contrôle des deux chambres du Congrès. Or, l'administration Trump n'a jusqu'ici aucune loi majeure à son actif. Une loi permettant de chasser l'ours en hibernation représente sa réalisation législative la plus importante.

Pire encore, la date limite pour éviter une paralysie du gouvernement est fixée au 28 avril. Sans l'adoption d'un nouveau budget, des centaines de milliers de fonctionnaires fédéraux américains seront mis en congé illimité sans solde. L'administration Trump a évité temporairement une telle fermeture du gouvernement par une résolution du Congrès reportant au 5 mai l'adoption d'un éventuel accord sur le budget.

Lors de la campagne présidentielle, Trump a énoncé à plusieurs reprises un plan audacieux pour redonner aux États-Unis leur grandeur dans les 100 premiers jours de son administration.

Ce plan comporte une interdiction totale du droit d'entrée aux États-Unis pour les musulmans de certains pays, la construction d'un mur de 3000 km sur la frontière sud payé par le Mexique, l'abrogation de l'Obamacare, la renégociation de l'ALENA, la déclaration de la Chine comme manipulatrice financière, l'adoption d'un comportement présidentiel en cessant de recourir aux médias sociaux et finalement la promesse de ne pas prendre de vacances avant d'avoir réalisé cet ambitieux agenda. Aucune de ces promesses n'a été tenue.

Les 100 premiers jours de l'administration ont été si difficiles qu'ils ont été caractérisés par différents commentateurs américains comme un fiasco colossal, voire comme un échec pathétique et effrayant. Des historiens américains, dont Douglas Brinkley, considèrent la performance de Trump si désastreuse qu'ils n'hésitent pas à la qualifier de pires 100 premiers jours de tous les présidents.

Cet échec n'a pas échappé aux Américains. Donald Trump reçoit, avec seulement 39 % selon le dernier sondage Gallup, une note d'approbation pire que tout autre président à ce stade de leur administration. En comparaison, Kennedy obtenait 83 %, Eisenhower 73 %, Reagan 68 %, Obama 65 %, Carter 63 %, Nixon 62 %, George W. Bush 62 %, George Bush 56 % et Clinton 55 %.

Ce constat d'échec n'a pas échappé aux conseillers politiques de Trump. Ces derniers ont tenu à la mi-avril une importante réunion visant à faire ressortir les aspects positifs des réalisations de l'administration. La réunion fut extrêmement tendue. Comme la confirmation du juge Neil Gorsuch à la Cour Suprême représente le seul élément positif, de nombreux conseillers anticipent avec appréhension un anniversaire sous le sceau de la catastrophe.

Pour contrecarrer la pauvreté de ses réalisations, Donald Trump n'a pas trouvé mieux que de tweeter le 21 avril sur le caractère ridicule de vouloir juger ses réalisations sur la base de 100 jours. Paradoxalement, il a aussi annoncé un grand rallye pour souligner ses 100 premiers jours.

Par ailleurs, les conseillers du président décelaient des problèmes plus graves derrière l'incapacité de l'administration de réaliser son plan audacieux en 100 jours. L'équipe des communications fut incapable d'articuler le message du président, parce qu'elle ne le comprend pas. Les Américains sont donc très loin d'assister à la formulation d'une doctrine Trump. Plus encore, l'absence d'objectifs clairs a créé un climat vicieux à la Maison-Blanche, transformant celle-ci en un nid de vipères.

Le principal problème réside d'abord et avant tout dans la personnalité du président. Trump est incapable de fixer des objectifs clairs, parce qu'il aborde les problèmes les plus complexes, que cela en politique intérieure ou étrangère, de manière réactive et à partir d'une vision simpliste. De plus, il ne comprend pas le fonctionnement des grandes institutions nationales et internationales. Comment il le notait lui-même candidement après l'échec de l'abrogation de l'Obamacare, il n'avait pas réalisé comment la question de la santé pouvait être aussi compliquée.

Comme l'a noté le milliardaire Mark Cuban, il manque à Donald Trump trois compétences importantes pour un président : « aucune compétence de leadership, pas de compétences de gestion, pas de très bonnes compétences en communication ». Ces lacunes expliqueraient son incapacité à articuler des politiques adaptées à des problèmes complexes. Ses conseillers peuvent bien vouloir l'aider, mais pour recentrer l'administration Trump sur la bonne voie, il faudrait d'abord montrer au président comment gouverner.

Il est encore très tôt dans la présidence Trump. D'autres présidents ont survécu à des départs extrêmement cahoteux. Tout dépendra en fin de compte de la capacité ou non de Donald Trump de rebondir.

Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer